‹ Essai sur le principe de populationChapitre 296 sur 368 · S30 LIVRE IV. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

S30 LIVRE IV. — CHAPITRE XII

connu la nature du problème qu’il avait 11 résoudre. Ce problème est celui-ci : Pourvoir à l'entretien de ceux qui sont dans le besoin , de manière à prévenir l’accroissement continuel de leur nombre , et du rapport de ce nombre à toute la population. Or, on ne peut disconvenir que le plan de M. Owen ne soit tout-à-l'ait étranger à la solution de ce problème, et qu’il ne tende même directement a une tin contraire, je veux dire à accroitre le nombre des pauvres.

Si les établissements qu’il recommande pouvaient en effet être dirigés conformément aux intentions qu’il manifeste, l’ordre de la nature et les leçons de la Providence seraient renversés, les paresseux et les dissipateurs seraient dans une situation que les hommes laborieux et vertueux ne pourraient qu’envier. L’ouvrier de la campagne ou l’artisan, qui aujourd'hui est mal logé et inal vêtu, qui travaille douze heures par jour pour nourrir sa famille, n’aurait plus de motifs de déployer son activité, lorsque la récompense du relâchement et du recours à la paroisse serait un bon logement, de bons vêtements, l’entretien et l’éducation de tous ses enfants, et le droit acquis d’échanger douze heures d’un travail dur contre quatre ou cinq heures d’un doux travail agricole sur une agréable ferme. Sous l’empire de pareilles tentations, le nombre de ceux qui déserteraient leurs fermes et leurs ateliers pour tomber à la charge des nouveaux établissements, joint au rapide accroissement de la population par ces établissements eux-mêmes, rendrait bientôt tout-à-l'ait insullisant â leur entretien les premiers achats de terres. Il faudrait en acheter d’autres pour de nouveaux établissements ; et si les classes supérieures de la société étaient tenues de suivre le système, en se conformant à son esprit et à son but, nul doute qu’en peu de temps la nation entière ne fût transformée en une nation de pauvres, dont les biens seraient en commun.

Ce résultat peut-être ne serait pas, pour M. Owen, un sujet d'alarme. Il n’est pas absolument impossible qu'il l’ait eu en vue et qu’il l'ait envisagé comme le meilleur moyen d’introduire sans secousse celte communauté de biens, qu’il croit indispensable pour le perfectionnement de la vertu et du bonheur. Mais ceux qui ne pensent pas comme lui, ceux qui diffèrent du tout au tout de son opinion sur les effets de la communauté des biens, ceux qui, dans son grand principe, distinguent le présent de l’avenir, qui croient qu'à la vérité, dans notre état actuel, un homme peut produire plus qu’il ne consomme, mais que cela cesserait d’être vrai si la culture franchissait les bornes que lui assigne la propriété, ceux-là, dis-je, ne peuvent manquer de cousidérer tous les pas que l’on ferait vers l’exécution d’un tel plan, comme conduisant

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EXAMEN DE DIVERS PLANS. «31

à lin système d'indolence universelle , de pauvreté et de malheur.

Telle est, d'après l'action naturelle et nécessaire du principe de population, l'issue du plan de M. Owen, en supposant que l'exécution en soit possible et que les sociétés de pauvres répandues dans tout le pays eussent tout le succès que l'auteur eu peut attendre.

Mais il est probable que, dès le début, uue autre grande objection, qui s'élève contre tous les systèmes de propriété commune, déconcerterait l’expérience tentée par M. Owen et détruirait le bonheur auquel il aspire. Daus la société de Lanark, il y a deux stimulants à l’industrie et à la bonne conduite , qui manqueraient totalement dans les sociétés proposées. À Lanark, tout homme possède en propre la totalité de ses gains. La faculté dont il jouit de pourvoir à son entretien et à celui de sa femme et de scs enfants, d'une manière décente et au seiu de l'aisance, est dans un rapport exact avec son activité laborieuse, sa sobriété, son économie. A Lanark encore, si un ouvrier persévère dans l'habitude de l'indolence et de la négligence, s’il s’enivre et gâte l’ouvrage , ou si à tout autre égard il se conduit essentiellement mal , nonseulement il éprouve la peine naturelle d'une diminution de gain, mais il peut en tout temps être mis dehors, et la société se trouve par là délivrée de l'influence et de l'exemple d'un membre corrompu et dangereux. Dans les établissements proposés, au contraire, l'activité, la sobriété, la bonne conduite de chaque individu seraient très faiblement liées à la faculté de vivre dans l’aisance, pour lui et sa famille ; et dans le casoù il persévérerait dans la paresse ou le désordre, au lieu du remède, simple et ellicace , du congé donné, il faudrait avoir recours à un système de châtiments directs d’une espèce quelconque , déterminés et exécutés sous les ordres de l'autorité supérieure ; procédé toujours pénible et affligeant, et généralement ineflkace.

L’expérience faite avec le succès le plus décidé , dans un établissement tel que celui de Lanark, ne donne aucun droit d’espérer quelque perfectionnement social par des établissements dont les produits seraient versés dans un fonds commun et d'où, par la nature et l'objet de l'institution, personne ne pourrait être écarté. Si, malgré tous ces désavantages, on supposait possible d'administrer de semblables établissements, quelle force de jugement, quelle fermeté, quelle patience seraient requises pour y réussir! Mais où trouver la réunion de tant de rares qualités pour suffire à gouverner un ou deux millions d’hommes

' L'essai tenté par M. Owen à New-Harmony, dans le district d’Iandana , a pleinement confirmé les prévisions de Malthus. ( Jph . G.)

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