‹ Essai sur le principe de populationChapitre 297 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE XII

En tout, on peut être assuré que le plan de M. Oweu rencontrerait des obstacles, tels que, même au début, ils paraissent devoir être insurmontables ; et qu'en supposant qu’ils fussent surmontés de manière k faire pleinement réussir l’entreprise , un tel système (si l'on ne s’opposait au progrès de la population par des lois injustes et contraires h la nature) ne pourrait manquer de conduire h la pauvreté et au malheur universels, k un état dans lequel tous les riches k la vérité pourraient bien être rendus pauvres, mais où aucun pauvre ne pourrait être enrichi, pas même au point d’atteindre k la fortune actuelle du simple manouvrier.

Le plan publié par M. Curwen pour améliorer le sort des classes ouvrières est présenté comme une simple esquisse, mais ce ne sont pas les détails, ce sont les principes qui, dans ce moment, nous occupent. Or, les principes sur lesquels cet auteur voudrait fonder les opérations projetées sont énoncés assez clairement dans l'exposition qu’il fait des grands objets qu’il a en vue : 1" Améliorer l’état déplorable auquel les classes inférieures du peuple se trouvent réduites; 2° égaliser, par une nouvelle taxe, la taxe actuelle des pauvres, qui doit être imposée [tour leur soulagement; 5“ donner k tous ceux qui trouveront k propos d’en jouir, droit de suffrage dans l'administration et la distribution du fonds destiné k leur entretien. La première de ces propositions est ou doit être évidemment le but de tout plan proposé. Les deux suivantes doivent être considérées comme les moyens par lesquels on se flatte de l’atteindre.

Mais il est facile de voir que ces deux propositions, quelque désirables qu’elles puissent être k d’autres égards, ne touchent point au grand problème proposé et même n’ont pas ce problème en vue. Nous souhaitons d’arrêter l’accroissement du rapport des pauvres k toute la population, de diminuer ce rapport, afin de donner k la masse des ouvriers plus de richesse, de bonheur et d’indépendance ; mais égaliser la taxe des pauvres est une opération qui , considérée en elle-même, aurait une forte tendance k accroître, plutôt qu’a diminuer, le nombre des pauvres assujétis k la dépendance. La taxe paroissiale, dans son état actuel, pèse si lourdement sur une espèce particulière de propriété, que ceux qui en font la distribution ont en général un grand intérêt k la maintenir au taux le plus bas ; mais si elle pesait également sur toutes les propriétés, et en particulier si on la percevait sur des districts étendus , ou sur des provinces, les distributeurs n’auraient plus qu’un faible intérêt k la réduire ; et ou peut s’attendre qu’entre leurs mains, elle prendrait un rapide accroissement.

EXAMEN DE DIVEIIS PLANS

11 faut convenir, toutefois, que le poids d’une telle taxe, imposée exclusivement aux terres, est essentiellement contraire à l’équité. Il est singulièrement dur pour quelques paroisses où, par l'émigration aux villes et aux manufactures, les naissances excèdent beaucoup les morts, de voir ces émigrants, quelles que soient les circonstances du moment, leur être renvoyés lorsqu’ils sont devenus vieux ou hors d’état de travailler, ou lorsqu’ils sont sans ouvrage. Ces paroisses peuvent manquer totalement des moyens de fournir du travail à ceux qui y sont nés et de pourvoir à leur entretien. Au fait , sans ces émigrations , il n’y serait pas né le même nombre d'enfants. 11 est donc certainement dur, dans ces circonstances, de contraindre de telles paroisses à recevoir et entretenir tous ceux qui y sont nés et qui leur sont renvoyés dans nn état de détresse. Cependant, dans l’état actuel du pays, le mal le plus pressant n’est pas le fardeau imposé aux terres, mais bien le rapport croissant de la population pauvre. Puis donc que l’égalisation de la taxe tendrait k augmenter ce rapport, je verrais avec peine tenter une telle mesure, si même elle était aisément praticable, k moins qu’on ne posât en même temps une borne inviolable et décisive k l'accroissement de la taxe ainsi égalisée.

L’autre proposition de M. Curwen n’offre pas plus de sûreté contre l’accroissement du nombre des pauvres. On sait assez que les fonds des sociétés amicales ', dans leur forme actuelle, bien qu’administrés par ceux memes qui y versent leurs contributions, sont rarement distribués avec l’économie nécessaire pour donner de la permanence k leurs répartitions; mais comme dans les sociétés nationales que l’auteur propose, une partie considérable des fonds proviendrait de la taxe des pauvres, on peut facilement prévoir que dans tous les cas où les contribuables exerceraient quelque influence , on suivrait des principes encore plus indulgents et moins economiques.

Il y a donc lieu de douter qu’il puisse jamais convenir de mêler des fonds appartenant au public et provenant d’une taxe avec les souscriptions des ouvriers; car si les fonds venaient k manquer, ouparquelque erreur de compte ou par de trop libérales distributions, il est bien probable que le déficit serait pris sur la taxe. Tout règlement, fait en vue de poser une limite k cet égard , ne serait qu’une faible barrière contre des prétentions fondées sur un plan mis en avant par les classes supérieures de la société.

* Celles des ouvriers qui mettent en commun certaines réserves annuelles. (Note des traducteurs.)

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