‹ Essai sur le principe de populationChapitre 298 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE XII

Une autre forte objection à cette espèce de réunion des contributions paroissiales cl privées , est que les membres des sociétés fondées sur ce principe ne pourraient pas envisager leur situation comme indépendante. Si la paroisse fournissait la moitié ou le tiers des fonds, ceux qui y auraient part seraient dans une position bien différente de celle des membres des sociétés de bénéfice1. Quand ils recevraient les distributions auxquelles l’âge ou la maladie leur donnerait droit, comme elles proviendraient en très grande partie des fonds de la taxe , ils seraient disposés à envisager le nouveau plan sous son vrai point de vue, c’est-àdire, comme une nouvelle forme de l’établissement de la taxe des pauvres. Si ce système était généralement adopté, les contributions des classes ouvrières auraient à peu près les effets d’une taxe sur le travail. Or, une taxe de celte nature a été généralement considérée comme plus défavorable à l’industrie et à la production que la plupart des autres taxes.

La meilleure partie du plan de M. Curwen est celle qui ouvre un crédit à chaque contribuable en proportion du montant de ses contributions, cl qui fait dépendre de là les secours à recevoir dans la maladie et l'annuité pour la vieillesse. Mais c’est un point facile à régler, sans y joindre ce qui donne lieu à de graves objections. C’est encore avec beaucoup de raison que cet auteur dit : < Le manque d'ouvrage ne peut fonder aucune réclamation contre la société; car, si l’on admettait celte excuse, elle aurait probablement les plus pernicieuses conséquences. » Ll toutefois il ajoute d’une manière un peu légère , qu’il faut trouver de l’ouvrage pour tous ceux qui sont eu état de travailler. Et ailleurs il dit encore, que les sociétés qu’il propose devraient donner des assistances temporaires sans aucune dégradation dans tous les cas où, pour un temps, le travail se trouverait suspendu.

En dernier résultat, si l’on réfléchit que, dans les sociétés proposées, il serait souscrit une somme considérable et probablement croissante du produit de la taxe des pauvres; qu’en conséquence leurs membres pourraient diflicileinent être considérés comme indépendants de l'assistance paroissiale, et que les produits accoutumés de la taxe des pauvres continueraient d’être appliqués comme ils le sont actuellement, sans qu’il soit à cet égard proposé aucune espèce de limite, on sentira que le plan de M. Curwen offre peu d’espérance de diminution dans la

1 Ces sociétés, également destinées à conserver aux ouvriers qui les composent les Imits de leurs épargnes |Kiur les eas factieux, lie différent pas essentiellement des sociétés amicales. {Sole des (raduclcurt.)

EXAMEN I)E DIVEJtS PLANS.

(axe des pauvres cl dans le nombre relatif de ceux qui vivent dans la pauvreté.

11 y a deux erreurs dans ce qui concerne l’administration des pauvres, auxquelles en ce moment le public parait enclin k se livrer. La première est d'attacher trop d’importance aux effets des souscriptions laites par les pauvres eux-mêmes, sans faire attention au mode de distribution; tandis que ce dernier point est de beaucoup le plus important. Si la distribution est essentiellement mauvaise, il est assez indifférent que les souscriptions se fassent de telle ou telle manière , qu’elles viennent des pauvres même ou de toute autre part. Si tous les membres des classes ouvrières , sans exception , contribuaient d’une portion de leurs gains , qui au premier coup-d’ocil pourrait paraître considérable, dans l'espérance d’obtenir les secours qu’exigent la maladie et la vieillesse , qui deviennent nécessaires dans les moments où l’ouvrage manque, ceux enfin qu'ils réclameraient lorsque leur famille excéderait le nombre de deux enfants, il est parfaitement sur que les fonds viendraient k manquer. Une telle forme de distribution suppose le pouvoir d’entretenir une population rapidement croissante et illimitée sur un lerritoire limité, et ne peut manquer par conséquent d’aboutir ii une aggravation de pauvreté. Les sociétés amicales, les sociétés de bénéfice, n’ont en vue qu’un objet limité, susceptible de calcul ; et toutefois plusieurs ont fait faillite et un plus grand nombre encore seront, k ce qu’on croit, réduites k la meme extrémité, k cause de i’insudisancc de leurs fonds. Si quelque société tentait de donner k ses membres des assistances plus étendues, si elle s’efforçait d’imiter ce que les lois des pauvres n’effectuent que d’une manière partielle, ou de faire ce que Condorcet estimait pouvoir être réalisé d’après d'exacts calculs; quelque grands que fussent ses fonds, de quelque source qu'ils dérivassent , il serait absolument impossible qu’ils ne vinssent pas k manquer. F.ti un mol, on ne saurait trop répéter ni trop fortement inculquer, au moment surtout où l'on traite la question de l’amélioration du sort des pauvres, que ni les lumières ni le génie, ni tous les efforts des pauvres, ou des riches, ou de ces deux classes k la fois, sous forme de contribution ou sous toute autre, ne peuvent mettre la généralité des classes ouvrières en état de se marier, dans un pays ancien et pleinement peuplé, au même âge auquel ils peuvent se marier en toute sécurité et avec avantage dans un pays nouveau.

L'autre erreur, k laquelle en ce moment le public parait enclin, consiste adonner trop d'importance k l’emploi des pauvres. Il semble établi dans l'opinion qu’une des principales causes qui a fait manquer lesys-

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