‹ Essai sur le principe de populationChapitre 304 sur 368 · NÉCESSITÉ DES PRINCIPES GÉNÉRAUX. 5GI · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DES PRINCIPES GÉNÉRAUX. 5GI

Hère une conséquence générale, savoir, que si l’on pouvait mettre tous les ouvriers dans la même position, ils y seraient également heureux et indépendants des secours de leurs paroisses. Mais celte conséquence n’est point légitime. L'avantage que l’entretien des vaches procure maintenant ît quelques cottagers dépend en grande partie de ce que cet usage est particulier et propre it certains districts. Cet avantage serait fort diminué, si l'usage devenait général.

Un fermier ou un propriétaire aura , je suppose, un certain nombre de collages sur sa ferme. Si c’est un homme d’un caractère libéral et qui se plaise h s'entourer d’heureux, il attachera h chaque cottage une portion de terrain sullisante pour entretenir une ou deux vaches, et en outre il payera de forts salaires. Kn conséquence, scs ouvriers vivront dans l’al>ondance, et seront en état d’élever de nombreuses familles. Mais sa ferme peut-être n’a pas besoin d’un aussi grand nombre de bras. Et quoique cet homme généreux prenne plaisir h bien payer ceux qu’il emploie, il est probable qu’il ne se souciera pas d’avoir sur sa terre plus d’ouvriers qu’il n’en peut employer. En conséquence, il ne bâtira plus pour eux de nouvelles habitations, et les enfants des ouvriers qu’il emploie seront manifestement forcés d’émigrer pour aller s'établir ailleurs. Tant que ce système se borne à quelques familles ou à un petit nombre de districts, les émigrants trouvent aisément de l’ouvrage en quelque autre endroit. Du reste, on ne peut nier que les ouvriers qui travaillent dans les fermes où ce système est suivi ne soient dans une situation digne d’envie, et telle que chacun voudrait que fût la situation de tous les ouvriers. Mais il est trop évident qu’il n’est pas dans la nature des choses qu’un système pareil conservât ses avantages s'il devenait général; car en ce cas il n’y aurait plus de lieux où les enfants de ces heureux ouvriers pussent en émigrant espérer de trouver de l’ouvrage. La population croîtrait manifestement au-delà des demandes des villes ou manufactures, et le prix du travail baisserait partout.

Observons encore une cause particulière qui contribue au bien-être des ouvriers, lorsque, dans l’état actuel, ils entretiennent quelques vaches : c’est le profit qu'ils retirent du lait, en vendant celui qn’ils ne consomment pas. Cet avantage serait fort diminué, si tout le monde Élisait comme eux. Quoique, dans les dernières disettes, ils aient pu lutter contre les circonstances avec moins de secours que leurs voisins, parce qu’ils avaient des ressources indépendantes de la disette de grains, fl n’v a point de raison de croire que, si le même svstèine était univer-

sellement adopté, la disette de fourrage, ou la mortalité des bestiaux ', ne les réduisit à la même détresse qu’ont éprouvée leurs voisins par la disette de froment. On ne saurait donc se tenir trop en garde contre ces sortes d’apparences, ni trop éviter en cette matière de tirer une conséquence générale d’une expérience partielle.

Il existe une société dont l’objet est de procurer aux pauvres quelque bien-être et d’améliorer leur état. Le principe fondamental quelle a adopté est sans doute excellent. Mettre en activité le désir d’améliorer son état* (désir qu’on peut envisager comme le grand ressort de l’industrie), est bien la vraie manière de travailler au bien-être des classes inférieures. On doit accorder à M. Bernard ce qu’il aüirme, dans une de ses intéressantes préfaces, que tout ce qui encourage et favorise les habitudes de travail, de prudence, de prévoyance, de vertu, de propreté, chez les pauvres, est utile h eux et à leur pays; que réciproquement tout ce qui diminue les motifs à ces bonnes dispositions est également nuisible au public et à l’individu*.

En général M. Bernard parait connaître pleinement les diflicultésque la société est appelée à vaincre. Il semble cependant qu’il n’a pas su se mettre entièrement ’a l’abri du danger de former des résultats généraux d’après quelques expériences particulières et insullisanles. Je ne m’arrêterai pas à discuter les plans proposés par diverses personnes, où il est question de fournir des aliments à bas prix et d’établir des magasins ou ateliers de paroisses. Les bons effets de ces sortes de fondations résultent entièrement de ce qu’elles sont particulières et réservées à quelques familles on à quelques paroisses. Dès qu’on voudrait les rendre universelles, tous ces bons effets disparaîtraient, parce qu’ils feraient baisser les salaires. Je m’arrête à une seule observation, qui a un objet plus étendu cl qui se trouve dans la préface du second volume des comptes-rendus de la société dont je parle. L’expérience de la société parait prouver, dit l’auteur de cette préface, que la meilleure manière de venir au secours des pauvres est de leur donner l’assistance dans

• Dans l’état actuel, lorsqu'un pauvre cultivateur perd une vache, on y porte remède par une pétition et une souscription en sa faveur. Comme c’est pour un ouvrier une perte considérable, il arrive d'ordinaire qu'on a égard à ce genre de pétitions. Mais si le système des vaches devenait universel, les pertes de cctlc nature seraient si frequentes, qu'on ne pourrait plus les réparer par de tels moyens. Eu sorte que plusieurs familles tomberaient de l'aisance dans l'indigence. {Noir de l'nulrur.)

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1 Préface du vol. lit des Complrt-rcndus. {Angl.)

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