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était le partage de l’espèce entière, et s'il ne se trouvait pas joint h une vertu particulière dont l’auteur ne fait nulle mention , ne pourrait point soustraire la société aux maux dont elle est la proie et au sentiment pénible du besoin. A peine, dans le nombre de ces maux physiques et moraux, en trouverait-on un seul que ce nouveau don put écarter.
Je sens qu’on pourra faire contre tous les raisonnements précédents une objection qui se présentera revêtue d’une grande apparence de justice. Argumenter de la sorte, dira-t-on, c’est attaquer à la fois toutes les formes d’assistance, car il est impossible, par la nature même des choses, d'assister individuellement quelques pauvres, sans changer la situation relative où ils se trouvent placés dans l’ordre social , et par conséquent sans abaisser proportionnellement tous les autres. On dira encore que c’est naturellement parmi les hommes chargés de famille, que l’on doit s’attendre à trouver le plus de misère. Mais il est manifeste que ce n'est pas à ceux qui ont que nous devons l’assistance, elle ne peut être exercée qu’envers ceux qui sont dans le besoin. Il faut donc bien, dira-t-on enfin, si nous voulons remplir ce devoir de quelque manière, que nous donnions des secours aux pauvres qui ont des enfants, et que nous encouragions par là même le mariage et la population.
J'ai déjà eu occasion d’observer, et je me sens obligé de répéter ici, que les principes généraux, en ces sortes de matières, ne doivent pas être poussés au-delà des justes bornes, quoiqu’il soit toujours nécessaire de ne point les perdre de vue. Il peut y avoir bien des cas, daus lesquels le bien attaché au soulagement d’un individu l'emporte sur le mal qui peut en résulter par une conséquence éloignée.
De ce nombre sont manifestement tous les cas où celui qu'on assiste ne s’est point attiré son malheur par des habitudes de paresse et d’imprévoyance. En général, il n’y a qu’une manière d'assistance de laquelle on puisse dire qu’elle viole les principes généraux de manière que les suites qu’elle entraîne sont clairement pires que le mal particulier auquel elle remédie. Cette assistance , décidément vicieuse , est celle qui se répand d'une manière systématique, qui offre des secours certains et déterminés tels que le pauvre , quelle que soit sa conduite , puisse y compter avec une pleine confiance.
Indépendamment de l’assistance faite avec choix et d'une manière occasionnelle, «font j’ai parlé au chapitre précédent, et dont j'ai reconnu les heureux effets, j’ai remarqué ci-dessus que l’on pouvait faire beaucoup de bien en établissant un système d’éducation meilleur et plus général , j’ai insisté sur ce point et je me suis efforcé d'établir solidement cette vérité. Tout ce qu'on fait à cet égard a un avantage particu-
NÉCESSITÉ DES PRINCIPES GÉNÉRAUX, lier. V éducation cit un de cet biens que tant le monde peut partager, non-seulement sans rien faire perdre aux antres, mais même en leur procurant de nouveaux moyens d'avancement. Je suppose qu’un homme, en vertu de la bonne éducation qu'il a reçue, ail contracté cette espèce de noble orgueil, celte manière de penser juste et honnête, qui l'empêche de charger la société du fardeau d'une famille , lorsqu'il se sent privé des moyens de l'entretenir; sa conduite servira d’exemple à ses compagnons de travail, et contribuera, autant que peut le faire un modèle individuel, h améliorer leur état. Une conduite contraire, suggérée par la mauvaise éducation et l'ignorance , tendrait évidemment à l'empirer.
Je ne puis m’empêcher de croire, en outre, que l'on pourrait contribuer h améliorer l'état des pauvres par une réforme dans l'établissement des cabanes ou cottages. Il serait à désirer que ces cabanes ne fussent point assez grandes pour y loger deux familles , et qu’il n’y en eût pas plus que ne comporte la demande de bras ou de travail. Un des obstacles les plus salutaires et les moins pernicieux à la précocité des mariages en Angleterre est la difficulté de se procurer une cabane ou cottage , ainsi que les habitudes louables qui engagent un ouvrier à s'abstenir quelques années du mariage, et à attendre qu’une place vienne à vaquer, plutôt que de se contenter d’une misérable cabane de boue, comme font les Irlandais *.
Il n'y aurait même aucune objection k élever contre le système de la distribution des vaches, si on le suivait dans un plan fort restreint Lorsqu'on en fait un établissement qui doit remplacer celui de la taxe sur les pauvres; lorsqu’on veut que chaque ouvrier ait droit de se faire donner du terrain et des vaches en proportion de l’étendue de sa famille, ou lorsqu'on veut employer ce système à détourner le peuple de se nourrir de froment, et l'engager à substituer à cet aliment le lait et les pommes de terre, je crois un te) plan contraire au but pour lequel on prétend l'établir. Mais si celte institution était uniquement destinée à procurer une situation agréable aux ouvriers les plus estimables et les plus laborieux , et à satisfaire en même temps à un des plus pressants
’ Souvent peut-être la crainte qu’a la paroisse de voir augmenter le nombre de ses pauvres ne laisse pas l'ouvrier libre dans sou choix à l’égird de I habitation. Les lois anglaises sur les pauvres agissent de plusieurs manières pour contre. halancer la tendance qu'elles ont évidemment à accroître la population. La circonstance dont je parle en olTre un exemple. C'est parces causes réprimantes sans doute, que ce système s'est si lougtemps maintenu, et que le sort du pauvre en a moins soulier! qu'on n'aurait naturellement drt s'y attendre. { Soit de l'auteur.)
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bcsoius «tes pauvres, au besoin d'avoir du lail pour leurs enfants, je crois qu’elle pourrait faire beaucoup de bien, et qu’elle pourrait devenir un moyen d’encourager fortement l’habitude du travail, de l’économie et de la prudence. Mais il est manifeste que, pour obtenir cette fin, il ne faudrait comprendre dans un tel plan de secours qu’un certain nombre d'ouvriers, choisis parmi ceux de diverses paroisses; il faudrait dans ce choix avoir égard à la bonne conduite et non uniquement b la pauvreté; il ne faudrait pas que le nombre des enfants fil trop aisément pencher la balance; il faudrait enfin que l'ouvrier économe , qui aurait su par ses épargnes se procurer de quoi acheter une vache, jouit de plus de faveur que celui qui en solliciterait une de sa paroisse '.
Le désir de posséder une portion de terre, et l’attachement que l'on contracte pour ce genre de propriété, sont des motifs au travail et b l’économie qu’on aurait tort sans doute de ne pas mettre en usage autant qu’il est possible de le faire. Mais il ne faut pas oublier que l'utile influence de ces motifs dépend en grande partie des elforts qu’on a faits pour acquérir ou conserver. Lorsque ces efforts manquent, l’inlluence n’est point aussi constamment la même. Si un paresseux chargé de famille était sûr d’obtenir, sur sa première demande, une vache et une portion de terrain , je présume que l’une et l’autre de ces propriétés seraient souvent traitées avec beaucoup de négligence.
On a cru remarquer que les coitagers qui ont des vaches, sont plus laborieux et mènent une vie plus régulière que ceux qui n’en ont point. Il est probable que la chose est ainsi, et l'on devait naturellement s’y attendre. Mais la conséquence qu’on en tire, que le moyen de rendre les ouvriers laborieux est de leur donner des vaches, n’a pas b beaucoup près la même certitude. La plupart de ceux qui ont des vaches b présent les ont achetées du fruit de leur travail. 11 est donc plus exact de dire que c’est leur travail qui leur a donné les vaches, qu’il ne l’est de dire que ce sont les vaches qui leur ont donné le goût du travail. En faisant cette remarque, toutefois, je ne prétends point nier que la possession subite d’une propriété foncière n’ait pu faire naître quelquefois des habitudes laborieuses.
Les bons effets qu’on a vu résulter de l’usage , adopté par quelques
1 J.'acte d klisabelli <|iii défendait de bâtir des cabanes rustiques ou cottager», sans y attacher quatre acres de terrain, est probablement inexécutable dans un pays de manufactures tel que l’Angleterre. Mais en le supposant en vigueur, la plus grande partie des pauvres posséderait quelque portion de terre, parce que la difficulté de se procurer de tels cottages, agirait comme un puissant obstacle à la