‹ Essai sur le principe de populationChapitre 312 sur 368 · LIVIIE IV. — CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVIIE IV. — CHAPITRE XIV

rendre pire, n’a point cessé de diriger les hommes dans la droite route qui leur est tracée par la nature, en dépit de toutes les vaines déclamations qui tendaient h les égarer. Ce principe puissant de force et de santé politique, qui n’est autre chose que le sentiment irrésistible des lois de la nature et le pressentiment des suites qu’entraîne leur violation, a donné, dans toute l'Europe, beaucoup d’influence aux motifs que la prudence peut opposer au mariage. Il n’est pas déraisonnable de croire que cette influence peut croître et s’étendre. Si elle croit en effet, sans que les vices contraires à la chasteté deviennent plus dominants, il en résultera une augmentation de bonheur. Et quant au danger de voir croître ces mêmes vices, il est du moins consolant de penser que les pays de l’Europe où les mariages sont le moins fréquents ne sont pas ceux où de tels vices sont le plus multipliés. Il parait que la Norvège, la Suisse, l’Angleterre et l'Ecosse, sont au rang des États où prévaut le plus l’obstacle privatif. Je ne prétends pas insister sur les habitudes vertueuses qui régnent dans ces pays-là. Mais aussi je ne pense pas que personne les cite comme des exemples d’une excessive corruption. Je serais plutôt porté (d’après le peu que je connais du continent! à les envisager comme des exemples contraires, à croire que peut-être les femmes s’y respectent davantage, et que par conséquent les hommes y sont moins vicieux. L’expérience semble donc nous apprendre qu’il est possible que des causes physiques et morales contrebalancent l’effet malheureux qu’on serait naturellement disposé à attendre d’une augmentation dans l’action des obstacles que la prudence oppose au mariage. Mais admettons que cet effet malheureux ait lieu, comme il est probable que cela doit être, je dis encore que la diminution des vices provenant de la pauvreté sera une compensation suffisante au mal qu’on a droit de prévoir: dès-lors l’avantage d’une moindre mortalité et d’une plus grande aisance générale (suite infaillible de l’action croissante de l’obstacle privatif) sera un gain pur, fait du côté du bonheur et de la vertu.

nature. • EUm. de phil. de V reprit humain, 1. 1, p. 369 de ma traduction; à Genève, riiez .t. J. l’aschoud, isos. M Say use de la même comparaison. « Les nations, dit-il, ressemblent au corps humain : il existe en nous un principe de vie qui rétablit sans cesse notre santé, que nos excès altèrent sans cesse. La nature cicatrise les blessures et guérit les maux que nous attirent notre maladresse et notre intempérance. Ainsi les États marchent, souvent même prospèrent, en dépit des plaies de tout genre qu'ils ont a supporter de la part de leurs amis et de leurs ennemis. Remarquez que ce sont les États naturellement le mieux constitués qui peu vent le mieux supporter ces outrages. Il est vrai qu'on ne les épargné pas. » Traité d'rem. polit., t. I, p. 278, I" édit., i,H05. (Pierre Prévost.)

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