LIVRE V. — APPENDICE
sèment destinée à produire reflet que j'ai eu constamment en vue. J'ai dit, il est vrai, et je continue de croire fermement, que si les ressources du pays ne permettaient pas un accroissement rapide de population (chose fort indépendante de la vaccine'), il arriverait nécessairement de deux choses l’une, ou une augmentation de mortalité par quelqu’autre cause, ou une diminution dans le nombre proportionnel des naissances. Mais j’ai dit en même temps que j’étais persuadé que ce dernier efTet aurait lieu; et en conséquence, par une suite des principes que j’ai toujours professés, je dois être, et je suis en effet, un des plus zélés partisans de la vaccination. En faisant tout ce qui dépend de moi pour augmenter le bien-être des pauvres et diminuer parmi eux la mortalité, j’agis rigoureusement d'après mes principes. C’est h ceux qui fout profession d’avoir le même objet en vue, et qui néanmoins prennent le nombre des mariages et des naissances pour mesure du bonheur national, d’examiner s'ils sont bien d’accord avec eux-mêmes.
1 It faut cependant remarquer qu’une personne conservée par la vacciue pourra vraisemblablement travailler plus tôt à produire de nouveaux moyens de subsistance, que ne pourrait taire un enfant naissaut. La mort d'un enfant est une grande perle de travail et de nourriture. Et en général il est certain qu'un article quelconque est d’autant moins cher qu'il manque plus rarement. [Note de l'auteur.)
dés-lors manquer de Taire des comparaisons entre le prix de leurs baux à ferme et celui des baux ordinaires sur les terres de même râleur ; ils s'aperçurent que ces prix étaient fort bsts et pouvaient aisé ment être haussés. »
La suite de ce nouvel ordre de choses Tut un mécontentement général de la part des fermiers , qui apres quelques plaintes inutiles, comprirent enfin qu'il fallait se soumettre i de nouveaux travaux. Ils s'y trouvèrent peu propres. Quelques-uns cependant se rangèrent insensiblement dans la clasae des ouvriers. Plusieurs cherchèrent dans la Basse-Ecosse des moyens de gain qui leur manquaient dans leur patrie. Un grand nombre, attachés A leurs anciennes coutumes, eurent recours à l’émigration, et se transportèrent en Amérique, où ils purent se vouer aux travaux de l'agriculture et conserver le rang de fermier ou même de propriétaire.
« En conséquence, à peu d’exceptions prés, les montagnards d'Ecosse n'ont été arrêtés qoe par la difficulté de trouver les fonds nécessaires pour leur passage en Amérique. Et ceux qui, par pauvreté, se sont vus réduits à travailler dans les manufactures de la Basse -Écosse , ne l'ont fait pour la plupart qu'en vue de se procurer les fonds qui leur manquaient pour exécuter la traversée. »
Telle est la cause de cette tendance générale à l'émigration que l'on a observée dans la Haute- Écosse. Lord Sclkirk fait remarquer quelques conséquences politiques de celle disposition. ■ Au nombre des suites qu entraîne l'émigration, celle qui a été le plus généralement et le plus péniblement sentie est la perte d une race de soldats, plus regrettable en ce temps qu'en aucun autre. Mais le remède n'est pas facile. C’est ici un de ces cas si fréquents en économie politique, où en voulant guérir le mal par une opposition directe, on ne fait que l'aggraver- ■
L'auteur prouve que l'esprit militaire des montagnards d’Ecosse tenait à leur ancien genre de vie et au système féodal; en sorte qu indépendamment même de l'émigration, il ne faut plus s'attendre à trouver chex eux, comme autrefois, une pépinière de vaillants soldats.
« S'il y a quelque moyen de retenir dans leurs foyers ces hommes, que le oouvel éial de choses force i en sortir , ce ne peut être que l'introduction de quelque nouvelle branche d'industrie , où ceux qui soûl dépossédés de leurs fermes puissent trouver, de manière ou d'autre, leur subsistance. Si I on y réusait, ces fermiers prendront le genre de vie et les habitudes des ouvriers de fabriques. Us pourront comme d'autres, fournir quelques recrues; mais ils ne ressembleront plus à leurs ancêtres. (Pierre Preiou,.
— Oiçiti
Hyy-Coegle
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Quelques personnes ont observé que les obstacles naturels à la population suffiront toujours à la contenir dans de justes bornes, sans qu'il soit besoin d’en chercher d’autres. Un ingénieux écrivain a même pris la peine de remarquer que je n’ai pas allégué un seul fait ni une seule observation pour montrer l'insuffisance de ces obstacles qui sont actuellement en activité *. Assurément, je n’ai rien à opposer à de semblables assertions. Ce sont des vérités de même genre que celle-ci : on ne peut vivre sans manger. Car aussi longtemps que durera cette loi de la nature, les obstacles que l’on se plait b nommer naturels ne pourront manquer d'étre efficaces. Ceux qui me font cette attaque répètent inutilement des vérités évidentes. Mais de plus ils supposent que l’objet final de mon ouvrage est d’arrêter la population, tandis que, selon moi, rien n’est plus désirable qu’un rapide accroissement de population , pourvu qu’il n’entraine pas le vice et le malheur. C’est donc la diminution du vice et du malheur qui est le dernier objet de tout mon travail ; et les obstacles à la population dont j'ai parlé ne doivent être envisagés que comme des moyens pour obtenir cette fin. Aux yeux d’un être raisonnable, l’obstacle à la population qui dépend de la prudence n’est pas moins naturel que la pauvreté et la mort prématurée , auxquelles les auteurs de l'objection semblent donner la préférence. Et le lecteur intelligent voit aisément, sans aucune explication ultérieure, que l’on peut substituer un obstacle à un autre, non-seulement sans diminuer la population, mais même en lui donnant perpétuellement nn accroissement progressif».
Je me suis exprimé sur la possibilité d’accroître la population avec plus d’espérance peut-être que l’expérience n’en doit iuspirer. J’ai dit que dans le cours de quelques siècles, il pourrait se faire que l'Angleterre contînt deux ou trois fois le nombre de ses habitants actuels , et que tous néanmoins fussent mieux nourris et mieux vêtus qu’ils ne le sont à présent’. Et au commencement de cet Essai, en comparant le taux d'accroissement de la population et des subsistances, j’ai supposé, afin de prévenir toute dispute sur les faits , que les produits de la terre
' Je voudrais bien savoir quelle espèce de faits cet auteur a en vue. Si j’en avais produit de tels, il faut avouer qu’ils auraient paru vraiment nouveaux. (Noie de fauteur.)
* La Norwége et la Suisse , où l'obstacle privatif a le plus de force , ont une population qui crott assez rapidement , et eu égard à leurs moyens de subsistance, ces deux pays peuvent mettre sur pied un plus grand nombre d'hommes d'ige militaire qu’aucune autre contrée de l’Europe. (Noie de fauteur.)
* Voyez livre IV, chapitre IV, p. J88.