‹ Essai sur le principe de populationChapitre 323 sur 368 · LIVRE V. — APPENDICE · texte numérisé non relu

LIVRE V. — APPENDICE

pouvaient croître sans mesure ce qui est certainement aller au-delà de la vérité. N’est-il pas singulier, après cela, que l’on continue à m’objecter que ce pays pourrait doubler ou tripier le nombre de ses habitants? N’est-il pas plus singulier encore, que les mêmes personnes qui m’accordent les différents taux d'accroissement sur lesquels se fondent tous mes résultats, ne laissent pas d’affirmer que l’accroissement de la population ne peut avoir aucune fâcheuse suite jusqu’à l’époque où la terre refuserait d’accroitre ses produils? Je ne sais si l’on trouverait ailleurs un exemple aussi frappant d’absence de raisonnement. C’est précisément comme si un fermier disait : Ma ferme bien ménagée peut me donner chaque année de quoi ajouter à mes troupeaux quatre bétes. donc il ne peut y avoir d'inconvénient à en ajouter chaque année quarante.

La faculté productive de la terre n’est certainement pas illimitée, mais elle est, dans le sens rigoureux du mot, indéGnie; je veux dire qu’elle n’a pas de limites connues et bien déGnies. Il est probable qu’il n’arrivera point un temps où le travail et les inventions ingénieuses deviennent entièrement incapables de rien ajouter aux produits de l’agriculture. Mais la faculté d'obtenir insensiblement quelque surplus de nourriture, par un travail dirigé avec intelligence, ne ressemble point à la faculté d’obtenir toute la nourriture nécessaire à une population qui croit sans gène. Les connaissances et l'industrie, qui pourraient mettre les habitants de la Nouvelle-Hollande en état de faire usage de toutes les ressources que leur pays bien cultivé leur offrirait, sont de nature à pouvoir être acquises à la longue, d’une manière lente et graduelle. Eu supposant toutes ces connaissances, toute cette industrie acquises, elles seraient encore absolument insuffisantes, ainsi que je l’ai abondamment démontré, pour produire de quoi nourrir une population dont l’accroissement serait illimité. Au contraire, les passions d’où dépend cet accroissement sont partout et en tout temps en pleine activité; elles ont leur plein et entier effet au sein des plus profondes ténèbres de l’ignorance et de la barbarie. On accordera aisément que si la Nouvelle-Hollande n’est pas peuplée comme la Chine, c’est parce qu’on y manque de ces heureuses institutions qui protègent la propriété et encouragent l’industrie. Mais la misère et le vice prévalent presque également dans l’une et l’autre contrée, et cela ne peut tenir qu’à l’accroissement de la population, qui est trop rapide pour être atteint par celui des subsis-

' Voyez livre I, chapitre I, p. tu.

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