‹ Essai sur le principe de populationChapitre 324 sur 368 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

tances. Cette cause est tout-a-fait distincte de la précédente et doit être envisagée h part. Elle dépend de l'impétuosité des passions humaines, soit qu'elles ne soient assujéties h aucun frein, ou qu'elles ne soient qu’imparfaitement contenues. Mais je m’abstiens de revenir sur un sujet que j’ai si pleinement discuté.

CHAPITRE II. — BU DROIT DES PAUVRES A ÊTRE NOURRIS. — RÉPUTATION DE A. YOl'NG.

La seconde grande objection que j’ai entendu faire contre mes principes est tirée de ce que je nie que les pauvres aient droit d’élrc entretenus par le public.

Ceux qui font cette objection sont tenus de prouver que les deux différents rapports, ou taux d’accroissements de la population et des subsistances, admis dans mon ouvrage, sont faux ; car s’ils sont vrais, l’assertion qu’ils attaquent est incontestable. Ces deux rapports étant admis, il s'ensuit que si chacun se marie dès que son goût l’y porte, tout le travail de l’homme ne peut nourrir tout ce qui naît. D'où il suit inévitablement que le droit d’être nourri ne peut appartenir h tous. Supposons un instant que l’on fasse dans un pays quelconque une égale répartition de toute la propriété territoriale. Si, dans cette situation des choses, une moitié des habitants, usant de prudence, évitaient de multiplier au-delà des moyens de subsistance que leur fournirait le progrès de la culture, ils jouiraient constamment du même état d'aisance avec lequel ils auraient commencé leur établissement. Si, au contraire, l'autre moitié avait adopté l’usage de se marier dès l’âge de puberté , dès cet âge où naissent les passions et où elles agissent avec le plus de force, il est très évident que celte moitié serait tombée dans la plus déplorable misère. Maintenant, sur quel prétexte de justice ou d’équité cette partie de la société fonderait-elle son droit à réclamer de l’autre, en vertu de sa pauvreté, la moindre portion des biens que celle-ci aurait conservés par sa prudente retenue ? La pauvreté qu’elle étale est l’effet de son ignorance ou de son imprudence. Et la manière même dont ce lléau a fondu sur elle prouve que si l’on admettait ses prétentions, et si on ne laissait pas peser sur elle seule les maux qu’elle s’est attirés, bientôt la société entière serait entraînée dans la même ruine. Des assistances volontaires et occasionnelles de la part des membres les plus riches de la société, n'empêcheraient point les pauvres de profiter des leçons sévères de la nature, et auraient l'avantage d’être faites avec quelque choix. Mais

LIVllE V. — APPENDICE.

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quant au droit, il est absolument insoutenable tant qu'on ne détruit point les prémisses sur lesquelles nos conséquences reposent, tant qu’on ne déclare point que l'accroissement de la population en Amérique est un miracle indépendant de la facilité d’y trouver des moyens de subsistance *.

Au fait, quoi qu’on puisse dire en se livrant sur ce sujet à de stériles déclamations, notre conduite suppose toujours que ce prétendu droit n’existe point Si les pauvres avaient droit à être nourris et entretenus, nul homme ne pourrait sans injustice porter un habit de bon drap, et manger de la viande à sa faim. Ceux qui soutiennent que ce droit existe, et qui cependant vont en voiture, vivent dans l'abondance, nourrissent même des chevaux sur un sol qui pourrait nourrir des hommes , me semblent mal d’accord avec leurs propres principes. Prenons un exemple, sans égard aux conséquences qui pourront en résulter, et nous trouverons qu’à cet égard M. Godwin raisonne d’une manière beaucoup plus conséquente. Ce morceau de mouton qui doit faire mon diner ne serait-il pas plus utilement placé sur la table du pauvre ouvrier, qui de toute la semaine n’a pu goûter de la viande? ou sur celle d’une famille qui n’a pas de moyens d’apaiser sa faim? Si ces besoins n'étaient pas de nature à se reproduire à mesure qu'on les satisfait, il serait sang contredit très utile de les satisfaire, et je n’hésiterais point à reconnaître le droit de ceux qui les éprouvent. Mais comme l’expérience et la théorie démontrent invinciblement que la concession d’un tel droit ferait croître les besoins au-delà de tonte espèce de fouibilité de les satisfaire, et comme le simple essai d’une telle entreprise aurait inévitablement l’efTet de plonger la race humaine dans la plus affreuse misère, il est clair que notre conduite, qui nie tacitement l’existence du droit dont il s'agit, est

1 On > dit que j’ai écrit un volume in-quarto pour prouver que la population croit en raison géométrique et la nourriture en raison arithmétique. Cette aasertiaa n’est pas exacte. De ces (leux propositions, la première m'a paru prouvée, dé» que l’accroissement de la population américaine a été bien constaté ; et la seconde , aussitôt qu’elle a été énoncée. L'objet principal que je m'étais proposé dans cet ouvrage, étailde rechercher les effets que ces lois, établies dès les premières pages, avaient dO naturellement produire et avaient réellement produits dans la société humaine ; sujet qu’il n’est pas facile d’épuiser. Les détails dans lesquels je suis entre ont le défaut de u’étre pas assez particuliers. Mais é cet égard, il m'a été impossible de mieux faire. Il serait très intéressant sans doute, pour un esprit philosophique, de connaître avec précision l'influence de chacun des obstacles par lesquels la population est arrêtée dans son accroissement ; mais, dans l’état actuel de nos connaissances, je ne vois aucun moyen d’arriver à eette détermination rigoureuse. ( Note de l'auteur.)

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