CHAPITRE If. S
mieux assortie aux lois de notre nature que ne le sont les stériles déclamations par lesquelles nous prétendons le faire valoir*.
L’auteur de la nature , par une suite de cette admirable sagesse qui brille dans toutes ses œuvres, n'a pas voulu que cet important principe restât livré à la froide discussion des conséquences raisonnées et spéculatives. Il a mis en nous une passion plus forte encore que la simple bienveillance; l’amour de soi prescrit k chacun, d’une manière impérieuse et irrésistible, la roule qu’il doit suivre ; et cette route est la seule qui assure la conservation et le bonheur de l’espèce. Si tout ce qui naît pouvait toujours être nourri , ne doutons pas que cet être bienfaisant n’eût élevé le désir de secourir autrui au même degré de force et de vivacité que le désir de soutenir notre propre existence. Mais notre état présent comportait que chacun eût pour premier objet de satisfaire k ses propres besoins. Et il est intéressant d’observer que le désir de pourvoir k ceux des autres devient plus actif k mesure que se resserre davantage la sphère dont nous sommes le centre, c’est-à-dire, k mesure que nos assistances peuvent être plus utiles et mieux distribuées. A l’égard des enfants, qui ont un droit incontestable k être nourris et protégés par leurs parents , il est facile de voir que l’affection , qui porte ceux-ci k remplir ce devoir sacré, est presque au niveau de l’alfection qu’ils se portent k eux-mêmes. Et l’on peut bien affirmer, qu’k l’exception de quelques cas fort rares, le dernier morceau sera toujours partagé entr’eux en parties égales.
Par cet heureux instinct, les hommes les plus ignorants sont conduits k travailler au bonheur général, objet qui n’aurait pas été atteint si le premier mobile de leurs actions eût été la bienveillance*. Pour que la bienveillance fût le grand et perpétuel mobile de nos actions, et pour que ce principe pût leur servir constamment de règle, il faudrait que nous eussions une connaissance pleine des causes et des effets. Par celte raison, un tel principe ne convient qu'a la divinité. Un être borné, tel que l’homme, s’égarerait en s’y livrant d'une manière exclusive, et changerait bientôt en confusion l’ordre qui règne autour de lui; bientôt
• M'oublions pas que Malthus désire autant que qui que ce soit que l'on travaille sans relâche à une distribution équitable de la richesse. (Jph . O.)
• En m'exprimant ainsi, je prie qu’on ne croie pas que je donne le moindre appui au système moral de l’auteur de la Fable de» Abeille». Je considère ce système comme absolument taux et comme directement contraire h la vraie définition de la vertu. I.e grand art du docteur Mandevitle consiste à abuser des mots. (Noie de l'auteur.)