‹ Essai sur le principe de populationChapitre 326 sur 368 · LIVRE V. — APPENDICE · texte numérisé non relu

LIVRE V. — APPENDICE

il substituerait à l'abondance le besoin, et les Triches stériles aux terres cultivées et productives.

Mais si la bienveillance 11e peut être envisagée, dans l'état présent des choses humaines, comme le grand principe moteur de nos actions, elle n’en est pas moins essentielle à notre bonheur, comme tendant à adoucir les maux que Tait naitre une passion plus forte. La bienveillance est la consolation et le charme de la vie, la source des plus nobles efforts en faveur de la vertu , des plaisirs les plus purs et les plus doux. Dans le système des lois générales qui parait , à peu d’exceptions près, suivi par l’Étre-Suprême, une passion aussi générale et aussi forte que l’amour de nous-mêmes ne pouvait manquer d’enlrainer bien des maux partiels. L'office de la bienveillance est d’empêcher cette passion de dégénérer en égoïsme1, de nous faire sympathiser avec les peines et les plaisirs de nos semblables , de les ressentir comme eux , quoique ce ne soit pas au même degré; de nous placer dans la situation où ils se trouvent, pour démêler leurs besoins et pour les soulager autant qu'il dépend de nous; de nous rappeler sans cesse que ce n’est pas pour notre avantage personnel que nous devons être animés du désir de vivre dans l’abondance, mais pour concourir par nos efforts à procurer l’abondance commune. Dans toutes les situations de la vie, un vaste champ est ouvert h l’exercice de celte vertu. Et plus un homme s’élève dans l'ordre social, ou dans la sphère des lumières et des vertus, plus aussi sa faculté de faire du bien s’étend, en même temps que ses propres besoins diminuent, en sorte que la bienveillance prend insensiblement chez lui la place du sentiment personnel dans plusieurs actions habituelles. Dans les plus hauts rangs, dans les places qui donnent une grande inlluence, ce noble principe d'action doit acquérir plus d’inlluencc, et il doit être le premier mobile de toutes les institutions publiques. Quoiqu'il soiL souvent h craindre que la bienfaisance ne prenne pas la direction la plus utile h la société, il n'y a jamais lieu de redouter la propagation de celte vertu. La passion qui veille h notre propre conservation a de si profondes racines, qu’aucun système ne peut la détruire. Il est donc à propos d’employer les exhortations et les préceptes

1 II faut absolument distinguer l'égoïsme de l’amour de soi. Celui-ci est une passion qui, contenue dans de justes bornes, est le principe de toute espèce de travail honnête, cl par-là mém;, la source de tons les biens que le travail procure, de tous les divers moyens de pourvoir aux besoins de la vie cl d'en accroître les jouissances. Poussée au-delà des bornes, cette même passion devient inutile et n’inspire que du dégnrtt. C’est dès lors une passion vicieuse. (.Vote de l'auteur .)

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