‹ Essai sur le principe de populationChapitre 327 sur 368 · SIS · texte numérisé non relu

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à fortifier le sentiment le plus faible, pourvu que nous soyons toujours en garde contre l’abus qu’on en peut faire.

La loi d’Angleterre qui autorise les pauvres à se faire nourrir est certainement différente de la pleine reconnaissance d'un droit acquis par la nature. Cette différence et l’action de plusieurs causes, qui dépendent du mode d’exécution de la loi , en ont prévenu en partie les fâcheuses suites. C'est néanmoins une espèce de reconnaissance de ce droit, et en celte qualité elle a fait beaucoup de mal, tant par les habitudes qu’elle a fait naître chez les pauvres que par le caractère général qu’elle leur a imprimé. J'ai proposé en conséquence un plan d’abolition graduelle de la taxe des pauvres, qui, comme je devais m’y attendre, n’a pas été reçu de tout le monde avec la même faveur. Je comprends aisément les objections qu’on peut y faire et qui se fondent sur ce que le droit des pauvres étant dès longtemps reconnu, la révocation de ce droit pourrait exciter d'abord du mécontentement. Je me joins en conséquence à ceux qui pensent qu’on ne saurait user de trop de précautions pour parer à cet inconvénient et pour ne point heurter l'opinion. Mais ce que je ne puis comprendre, et que j'ai pourtant entendu soutenir, c’est que si les pauvres étaient une fois bien convaincus qu'ils n’ont aucun droit à exiger qu'on les assiste, ils deviendraient plus mécontents et plus séditieux. Je ne puis juger du sentiment qu’ils éprouveraient qu’en me mettant à leur place par la pensée, afin de voir ce que j'éprouverais moi-même eu ce cas. Si l'on me disait que, par les lois de la nature, et par celles qui sont en vigueur dans le lieu où je vis, les riches sont tenus de m’assister et de me nourrir, premièrement, je n'aurais pas une bien grande reconnaissance des secours que je recevrais; et en second lieu, si l’on me donnait une nourriture d’une qualité inférieure h celle h laquelle je suis accoutumé, sans qu’il me fût possible de voir très clairement la nécessité d'un tel changement , je croirais avoir raison de me plaindre. Or, il est bon de remarquer que très probablement je n’apercevrais point la nécessité de cette réduction faite sur ma dépense. Je croirais donc que les lois ont été violées à mon égard, que j’éprouve une injustice, que l’on empiète sur mes droits. Dans une telle situation , je pourrais sans doute être contenu par une force supérieure, qui m'empêcherait de me livrer à mon ressentiment et de faire des actes ouverts de résistance. Mais je croirais de tels actes pleinement justifiés, s’ils devenaient jamais possibles; et le tort que, dans mon opinion, j'aurais enduré, me mettrait, à l’égard des classes supérieures de la société, dans les dispositions les plus défavorables. Je ne puis en effet rien imaginer de plus propre à aigrir le cœur que d’être

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