LIVRE V. — APPENDICE
en proie au besoin, et de l'imputer, non à soi-même ou à l’action des lois générales, mais il l’avarice et k l'injustice de ceux qui occupent les premiers rangs dans le monde. Or, on sait assez que les lois sur les pauvres et la profusion de la bienfaisance n’empéchent pas qu’en Angleterre on ne ressente souvent le besoin de la manière la plus pénible.
Au contraire , si je suis fermement convaincu que les lois de la nature, c’est-à-dire, les lois de Dieu, ne me donnent aucun droit k l’assistance ; je me sentirai d’abord fortement tenu de mener une vie frugale et laborieuse. Mais si, malgré toute ma prudence, j’étais en proie au besoin, j’envisagerais ce malheur du même œil dont on envisage la maladie, comme une suite de l’état présent des choses, comme une épreuve qu’il est de mon devoir de supporter avec courage et résignation, lorsque je n’ai pas pu réussir k l'éviter. Je n’ignorerais pas que le meilleur titre k l’assistance que je paisse faire valoir auprès des hommes charitables et bienveillants , est de n’avoir pas mérité mon sort par ma paresse ou ma folie. Les bienfaits que je recevrais m’inspireraient les sentiments les plus favorables envers leB classes supérieures de la société. Lors même qu’au moyen de cette assistance, je n’aurais pas les jouissances auxquelles j’étais accoutumé, je ne croirais point qu’on me fait tort , je me regarderais au contraire comme ayant contracté des obligations de reconnaissance envers ceux de qui je l’aurais reçue. Sachant très bien que je n’ai k cet égard aucun droit k faire valoir, rien ne pourrait justifier k mes yeux la résistance, si ce n’est peut-être la crainte de mourir de faim , qui surmonte tous les obstacles et trouble tous les principes.
Si les pauvres en Angleterre étaient bien convaincus qu’ils n’ont aucun droit k être entretenus, et qu’en temps de disette ou d’urgente détresse on vint libéralement k leur secours, comme je crois qu'on le ferait, je ne puis m’empêcher de croire que les liens d’union entre le riche et le pauvre seraient plus étroitement serrés qu’ils ne le sont actuellement, et que les classes inférieures de la société, avant moins de motifs réels d'irritation eide mécontentement, seraient beaucoup moins livrées k ces pénibles mouvements.
Au nombre de ceux qui se sont élevés contre l’opinion que je professe au sujet du prétendu droit des pauvres d'être nourris et entretenus, est M. Young, qui, usant d’une expression déplacée dans la bouche d’un ami sincère de la vérité, a dit que mon plan d'abolition des bis sur les pauvres était un horrible plan , et que si on venait kl’exé-