CHAPITRE
cuter on commettrait une iniquité Comparons ce plan qu'il décrie avec celui que d’autres et M. Yonng lui-méme ont proposé, et qui consisterait Il fixer une somme pour la taxe des pauvres, qu'on ne pût augmenter sons aucun prétexte. Sous cette nouvelle loi , si la détresse des pauvres venait à être décuplée, soit par l'accroissement de leur nombre, soit par le retour de la disette, on n’appliquerait à leur soulagement que la même somme déterminée en ce moment. En supposant que le statut actuel, qui donne aux pauvres un droit à l'assistance, restât en vigueur, h la cruauté de les laisser mourir de faim , on joindrait l’injustice de faire profession de les nourrir. En supposant au contraire que le statut fût révoqué, on abolirait réellement, quoique tacitement, ce prétendu droit d'étre nourri ; ou, par une interprétation absurde, on le convertirait en un autre droit fort différent, savoir, celui de se répartir enlr’eux une somme fixe et tout-h-fait insuffisante. Il est remarquable que M. Young ait précisément relevé la même absurdité dans quelques délibérations relatives h un pays étranger h l’Angleterre '.
Quel que fût enfin le parti que l’on prit dans le plan que je discute, soit qu’on révoquât ou qu’on ne révoquât pas l'ancien statut, les pauvres auraient beaucoup h souffrir, et le passage d’un état h l’autre serait bien plus durement senti que dans le plan que j'ai proposé.
Dans ce dernier plan , tous ceux qui sont actuellement mariés , tous ceux même qui se détermineraient, peut-être en vertu de quelque enga-
' Mallhus, qui est un vrai modèle d'impartialité , a parlé avec méuagement du travail de son compatriote. Voyez livre IV, chapitre XI. 'Jph . G.)
1 L’Assemblée nationale de France, tout en désapprouvant les lois anglaises sur les pauvres, ne laissa pas d'adopter le principe sur lequel ces lois reposent ; savoir, que les pauvres ont droit à une assistance pécuniaire ; que cette Assemblée devait considérer comme un de ses premiers devoirs et comme l’un des plus sacrés, de faire la réserve nécessaire pour cet emploi ; et qu'en conséquence, il convenait d'y appliquer annuellement une somme de 30 millions. Sur quoi XI. Young observe avec raison qu'il ne lui est pas possible de concevoir comment une dc|>cnso de 30 raillions appliquée à cet objet a pu paraître un devoir sacré, et comment on n’a pas porté cette somme à 100 millions, si la nécessité l'exige, ou à 200 , ou à 300, ou au-delà, conformément à celle déplorable progression qu'un avait suivie en Angleterre pour le même objet ( Travelt in France , p. Z39). Je serais le dernier A relever cette contradiction, s'il me paraissait que M. Young se fût détourné du chemin de l'erreur pour rentrer dans celui de la vérité. Mais comme il parait au contraire quitter la vérité pour l’errcuré, je suis excusable, je pense, de lui rappeler ici ses premières opinions. Il est permis de rap|>eler à uu homme vicieux son ancienne conduite vertueuse , quoiqu'il fût sans doute inutile et peu délicat de rappeler à un homme vertueux ses anciens égarements. (Noie de l'auteur.)
S9fi