‹ Essai sur le principe de populationChapitre 333 sur 368 · LIVRE V. — APPENDICE · texte numérisé non relu

LIVRE V. — APPENDICE

il convient d'insister, est que celui qui se marie ait une raisonnable espérance de suffire k l'entretien de sa famille. Si la possession d’une des cabanes que M. Young destine k chaque ouvrier parait suffisante k l’ouvrier pour pourvoir k cet entretien, il fera fort bien de se marier quand il aura pu l’obtenir. Mais s’il en juge autrement, ou s’il ne peut obtenir qu’une place ou une occupation qui fournisse au plus k l'entretion de deux enfants, comment M. Young pourrait-il lui conseiller le mariage ' ?

M. Young a dit que la plus parfaite chasteté dans le célibat était une condition indispensable au succès de mon plan. Mais il a mal représenté mon opinion, l/a plus parfaite vertu est sans contredit nécessaire pour mettre l’homme en étal d’éviter tous les maux moraux et physiques qui «|

dépendent de sa propre conduite. Mais qui a jamais espéré de voir sur la terre régner une vertu parfaite ? J’ai dit , et je crois rigoureusement vrai, que notre devoir est de différer de nous marier jusqu’à l’époqueoù il nous sera possible de nourrir nos enfants, et qu'il est également de notre devoir de ne point nous livrer k des passions vicieuses. Mais je n’ai dit nulle part que je m’attendais k voir ou l’un ou l’autre de ces devoirs exactement remplis; bien moins encore, l’un et l’autre à la fois.

En ce cas, comme en nombre d’autres, il peut arriver que la violation d'ut) devoir facilite l’observation de l'autre. Mais si ce sont réellement deux devoirs qui nous soient prescrits et que nous puissions observer sans en sacrifier aucun, il n’y a sur la terre aucune puissance qui ait droit d’absoudre celui qui les viole. Ce droit appartient k Dieu, qui pèsera dans sa sagesse la tentation et le péché, et qui tempérera scs justes jugements par son infinie miséricorde. Le moraliste ne peut, sous aucun prétexte, se dispenser de recommander la pratique de l’un et l’autre de ces devoirs : chaque individu doit être ensuite laissé k lui-même, pour agir, sous l’influence des tentations auxquelles il est exposé, selon ce que lui dicte sa conscience. Dans tout ce que j’ai dit, en traçant un tableau d'imagination propre k l'air# voir, par forme d’exemple, comment j’entendais qu# mes principes devinssent applicables, j’ai pris l'homme tel qu'il est, chargé de toutes ses imperfections. En l'envisageant soas cet aspect , sûr d’ailleurs que de manière ou d’autre la population doit être arrêtée par quelque obstacle réprimant , je n'hésite nullement k dire que la prudence , qui s'oppose aux mariages inconsidérés , est un

' Pour qn'tm homme en se mariant soit exempt de reproches , le moins qu’il doive avoir, le plus petit revenu sur lequel il doit pouvoir compter, est un salaire tel, en état de santé, qu’il puisse suffire à nourrir, au prix moyen du blé, le nombre moyen des enfants produits par un mariage. [Note de l'auteur .)

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