‹ Essai sur le principe de populationChapitre 336 sur 368 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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procurer à peu près sa portion accoutumée, quelque chétive qu'elle soit, de la récolte générale. En Suède , où les fermiers ouvriers sont payés principalement en terre, et ont souvent deux ou trois vaches, il n'est pas rare de voir les paysans d'un district mourants de faim, tandis qu’à peu de distance on en trouve d'autres qui vivent dans une sorte d’abondance. En général , dans presque tous les pays qui sont fort sujets aux disettes et aux famines, on remarque que les fermes sont très petites ou que les ouvriers sont principalement payés en terre. La Chine, l’Indostan et la ilautc-Ëcosse, dans son ancien état, peuvent ici nous servir d’exemple. M. Young lui-même, dans son Voyage en France , remarque, à propos des petites propriétés qu’offre ce pays-là, que le moindre déficit dans la récolte y cause une grande détresse , et qu’un accident de cette nature , qui en Angleterre serait à peine remarqué , devient en France une vraie calamité1.

Si donc on adoptait un plan d'assistance par lequel on donnât des terres aux pauvres, il serait essentiel que ces terres ne fussent pas leur seule ni même leur principale ressource. On pourrait probablement atteindre le but, en ne perdant jamais de vue les deux règles suivantes : La division des terres ne doit jamais être poussée au point d’interrompre le cottager dans son travail habituel , et l’on doit arrêter la distribution de la terre et des collages dès que le prix du travail, indépendamment de toute assistance en terre, ne peut plus, au prix moyen du blé, suffire à l’entretien de deux enfants tout au moins. S'il était possible de faire un arrangement par lequel l’ouvrier, en travaillant pour les autres, put gagner de quoi acheter constamment la même quantité de subsistances qu’auparavant, la possession de quelque partie du terrain ferait aux pauvres beaucoup de bien, sans aucun mal que je puisse prévoir. Mais si l’on n’avait pas égard aux règles que je viens d’indiquer, il y aurait lieu de craindre qu’une telle opération n’aggravât le sort des pauvres et ne les fit ressembler bientôt à ceux de Suède et d’Irlande. Du reste, je ne crois pas qu’aucune des expériences partielles, qui ont été faites jusqu’ici, prouve la moindre chose en faveur de l'opinion contraire. Le résultat de ces expériences est tel qu'on pouvait l’attendre. N’est-il pas très évident que si, sans baisser le prix du travail et sans enlever l’ouvrier à ses occupations ordinaires, on lui donnait le produit d’un ou deux arpents de terre et le bénéfice d’une vache , on améliore-

1 Transit in France, vol. I, p. -409. Le pays le moins exposé aux disettes doit être naturellement celui où l'agriculture est la manufacture la plus florissante. (Note de l'auteur.)

ou

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