‹ Essai sur le principe de populationChapitre 338 sur 368 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

à pourvoir à l’entretien de ses propres pauvres est sujette à plusieurs objections. Elle force les inspecteurs et les gardes préposés à cet effet’ d’être toujours en activité pour empêcher que de nouveaux venus ne s'établissent sur leurs terres. Elle met chaque paroisse en guerre avec toutes les autres. Elle s’oppose par conséquent à la libre circulation du travail, et fait qu’il se paye h des prix fort inégaux en différentes parties du royaume. Elle dispose les propriétaires de terres à détruire les cottages qu’ils trouvent bâtis dans leurs domaines, plutôt que d'en bâtir de nouveaux. Cette rareté d’habitations dans les campagnes rejette dans les villes un nombre d’hommes qui sans cela ne s'y seraient pas établis, et décourage par-la même l’agriculture au profit des manufactures. Ce sont là sans doute de grands maux; mais si l’on venait h en détruire la cause, sans changer d'ailleurs les lois actuelles, on produirait des maux bien plus grands. Je pense, comme M. Young, qu’à peine, dans tout le royaume, y a-t-il une paroisse, où en bâtissant de nouvelles cabanes et les offrant pour un fermage modéré, on ne put à l’instant attirer de nouveaux ménages. J'accorde même à cet auteur qu’en quelques endroits ce défaut d’habitations agit avec trop de force pour prévenir les mariages. Mais je suis pleinement convaincu que, tout considéré, ce système, dans l’état actuel des choses, est très convenable et produit un effet fort heureux. Je suis pleinement convaincu que c’est presque uniquement à celte cause que nous devons d’avoir pu, pendant un si long temps, continuer d’exister avec nos lois sur les pauvres. Si tout homme était maître de bâtir une chaumière sur la grande route ou sur les terres en friche, sans que personne vint l’inquiéter, et si eu même temps il était assuré que la paroisse lui fournirait du travail et de la nourriture pour lui et pour sa famille, dès qu’il en manquerait, je crois qu’on ne tarderait pas à reconnaître l'impossibilité physique d’exécuter la loi dans sa teneur littérale. Il importe donc de bien remarquer que si l'Angleterre a pu soutenir le système qu'elle a adopté relativement aux pauvres , ce n’est pas que ce pays ou aucun autre soit en étal d’entretenir tout ce qui naît; mais c’est que l’action indirecte de ce système, mal comprise au temps de son établissement et souvent contrariée depuis cette époque, a limité le nombre des naissances, et l’a enlin réduit au point auquel il devait l’être pour qu'il fût possible d’y suffire.

La tendance directe des lois anglaises sur les pauvres est manifestement d’encourager le mariage. Mais lorsqu’on examine avec attention les effets indirects de ces lois, on peut douter que cette tendance ait été

1 Church tcardens (gardes d'église).

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