‹ Essai sur le principe de populationChapitre 34 sur 368 · LIVRE I. —CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. —CHAPITRE V

l'imputation trop générale qu’on leur fait de mener une vie licencieuse, reconnaît néanmoins que le nombre de celles qui vivent d'une manière déréglée y est plus grand qu’ailleurs. El à cette occasion il fait une remarque décisive ; c’est que les femmes qui se conduisent mal, n’y perdent point leur rang dans la société, et vivent avec les femmes vertueuses sans aucune espèce de flétrissure

D’ordinaire les mariages se fontàOlabili sans aucune autre cérémonie, qu’un présent offert par l’époux aux parents de l’épouse. C'est, de la part de ceux-ci une espèce de marché, par lequel ils accordent la permission de commencer une liaison avec leurs lilles, bien plus qu’un véritable contrat de mariage. Si le père croit que sa fille n’a pas été assez payée, il ne fait aucun scrupule de lui faire quitter son premier époux, pourla livrer à un autre plus magnifique. L'époux lui-même a toute liberté de faire un nouveau choix. Si sa femme devient mère, il peut faire périr l’enfant, et continuer de vivre avec elle, ou la quitter à volonté. O n’est que lorsqu’il a adopté l’enfant et qu’il a consenti à le laisser vivre, que les parties contractantes sont envisagées comme liées par les nœuds du mariage. Et même après cette' époque, le mari peut prendre une seconde é[»ouse, plus jeune que la première. Cependant il est plus commun de se séparer ou de changer de femme ; et c'est un événement qui, chez eux, est si ordinaire, qu’il ne fait aucune sensation >. Le libertinage avant le mariage ne nuit point à un établissement de ce genre.

De telles mœurs sembleraient être seules un obstacle à la population suffisant pour compenser l’effet du climat le plus délicieux et du sol le plus fertile. Mais il y a d’autres obstacles encore. La guerre règne fréquemment entre les habitants des différentes îles ; souvent même il y a des discordes civiles dans chacune d’elles. Les unes et les autres sont fort destructives *. Outre les morts qui ont lieu sur le champ de bataille, il faut compter les ravages qu’exerce le vainqueur sur le territoire de son ennemi. Il y pille les cochons et la volaille, et enlève tous les moyens de

’ Voici des détails concluants sur la cour de la reine régnante, extraits de l’ouvrage que nous venons de citer; « veuve à dix-neuf ans (de Pômare), la reine a épousé un jeune homme de quinze ans, et réunit autour d'elle tout ce que Taïli renferme d'hommes diffamés et de femmes perdues. Les danses les plus libres, les rérémonies les plus licencieuses , les chants les plus voluptueux ont successivement reparu. » Tout cela se passe, bien que Plie soit devenue chrétienne cl qu’elle soit sous l'influence des missionnaires luthériens. (Jph. G.)

‘ Cook, sec. voy., t. I, p. 187. — * Trois, voy ., t. Il, p. 137.

5 Bougainville, Voy. autour du monde, cil . III, p. 217. — Couk,pr. voy., t. Il, p. 244. — Mission ., voy. p. 224.

OBSTACLES k LA l 'OPILATION DANS LES ILES DF. LA MLK DU SUD. SI subsistance. En 17(17 et 1768, l’ile d’Otahiti abondait en cochons et en volaille; en 1773, ces animaux y étaient si rares, qu’on ne savait comment s’y prendre pour déterminer ceux qui en possédaient à les vendre. Cook attribue cette rareté aux guerres qui, depuis la première époque, avaient désolé le pays1. Lorsque Vancouver revint il ütaliiti en 1791, plusieurs de ses amis, qu’il avait quittés en 1777, étaient morts. Il était survenu plusieurs guerres dans cet intervalle ; les chefs des districts de l'Ouest s’étaient joints il l’ennemi; le roi avait été complètement défait et ses états avaient été entièrement ravagés. La plupart des animaux, des plantes, des herbages, que le capitaine Cook y avait laissés, avaient été détruits dans le cours de ces déprédations \

Les sacrifices humains , en usage à Otahiti , marquent fortement l’état de barbarie, mais probablement n’y sont jamais assez nombreux pour diminuer sensiblement la population*. Les maladies auxquelles ces peuples étaient sujets, avant que les Européens les eussent visités, avaient un caractère général de bénignité; et même depuis que le commerce des Européens les a livrés à des maux plus cruels, cette cause de destruction ne parait pas avoir agi d’une manière bien violente*.

Les principaux obstacles, qui arrêtent parmi eux l’accroissement de la population, sont, h ce qu’il parait, les vices de la prostitution, l’infanticide et la guerre; et chacun de ces obstacles agit avec une force irrésistible. Cependant , quelle que soit l’énergie de ces causes pour prévenir la population ou la détruire, elles n’ont pu suffire pour la maintenir au-dessous du niveau des subsistances. < Malgré la fertilité de cette île’, dit M. Anderson, souvent il y survient une famine, qui, h ce qu’on assure , fait périr beaucoup de monde. Est-ce l’effet des guerres, des mauvaises saisons, ou d’un excès de population, qui parait être inévitable ? c’est ce que je n’ai pu déterminer. Mais la vérité du fait est attestée par l'épargne dont ces peuples usent à l’égard des • aliments, même en temps d’abondance*. » Après un dîner avec le chef d’Ulictea, Cook observa qu’à l’instant où les convives se levèrent, beau-

1 Cook, dtux. voy., t. I, p. IS2.

* Voy. de Vancouver , vol. 1, 1. 1, c. B, p. 98, in-4°, angl.

* Les missionaires sont sans doute parvenus it proscrire l'infanticide et les sacrifices humains, car ils sont devenus puissants depuis 1814. (Jpl t. G.)

* Cook, Trois fvoy., t. H, p. 148.

9 Le l’andanusou arbre à pain y forme des forêts immenses, et l'on dit queson fruit est un des plus délicieux à manger. F.n outre la végétation de l’Ilc est à la fnik riche et spontanée. (Jph. G.)

* Trois, voy. de Cook, t. Il, p. 153.

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