‹ Essai sur le principe de populationChapitre 35 sur 368 · LIVRE T. — CH \PITHE V · texte numérisé non relu

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coup de personnes du peuple se précipitèrent pour ramasser les miettes qui étaient tombées à terre et qu'ils cherchaient dans les feuilles avec le plus grand soin. Il arrivait journellement des hommes surles vaisseaux, qui offraient aux bouchers leurs services, pour obtenir d’eux les entrailles des cochons tués. Et en général, il parait qu’ils ne faisaient guères de meilleurs repas. « Il faut convenir, ajoute Cook, qu’ils prennent un soin particulier de toute es[>èce de provision de bouche; et qu’ils ne laissent rien perdre de ce qui peut servir à la nourriture de l'homme, surtout quand c’est de la chair ou du poisson'. »

Il parait, par la relation de M. Anderson, que la classe inférieure du peuple mange fort peu de nourriture animale, encore n’est-ce guères que du poisson, des œufs marins et quelques autres productions de l’Océan ; car pour le porc, ils en font bien rarement usage. Il n’y a guères que le roi, ou le chef principal de l’ile, qui puisse en faire servir tous les jours sur sa table: c’est un véritable luxe. Les chefs inférieurs, selon leur richesse, en mangent une fois par semaine, ou une fois en quinze jours, ou une fois le mois*. Lorsque les cochons et la volaille sont rares, par suite de la guerre, ou par l’effet d’une trop grande consommation , on défend de faire usage de ces aliments. Cette prohibition dure quelques mois, quelquefois même un ou deux ans, et pendant ce temps ces animaux multiplient et redeviennent abondants*. La nourriture ordinaire, même des Earees, c'est-à-dire des principaux de l’ile, est, selon M. Anderson, végétale pour les neuf dixièmes \ Or, comme la distinction des rangs est fortement prononcée, et que la vie et la propriété des classes inférieures sont au pouvoir des chefs, on peut aisément comprendre, que souvent ces chefs sont dans l'abondance, taudis que leurs vassaux sont dans le besoin.

D’après les rapports les plus récents sur Otahiti , contenus dans le Voyage des Missionnaires , il parait que, depuis le dernier voyage de Cook, les causes de dépopulation, énumérées ci-dessus, ont agi avec une force extraordinaire. Vancouver, qui a visité cette ile à une époque intermédiaire, parle d’une rapide succession de guerres destructives*. Les missionnaires ont observé que le nombre des femmes est très petit*, en sorte qu’il y a lieu de croire qu’on a détruit plus d'enfants de ce sexe qu’on n’avait coutume de faire auparavant. Celte circonstance n’a

' Cook, sec. voy., 1. 1, p. 13t. — * Trois, voy., t. 11. p. 133. — 5 p. 133.

* Ibid., p. 138.

* Voyage de Vancouver, Vol. I, i. I, ch. 7, p. 137.

* Mission., voy. p. 192ct3S3.

0I1STACLES V LA POI'UL VHQS DANS LES ILES DE LA MEK DU SUD. 33 pu qu’augmenter la prostitution , qui , jointe aux ravages des maladies d’Europe, a attaqué la population dans sa source

Il est probable que Cook a porté trop liant le nombre des habitants, et que les missionnaires l’ont évalué trop bas *. Mais je ne doute pas qu’il n’y ait eu une diminution réelle et considérable entre ces deux époques d’observation. Ce qui le prouve , c’est la différence qu’on remarque dans les habitudes de ces peuples relativement à l’économie des comestibles. Cook et Anderson s’accordent à les représenter comme usant d’une sévère économie pour les vivres de toute espèce ? et M. Anderson, qui parait avoir fait beaucoup de recherches, sur ce sujet, nous parle de retours fréquents de lamines. Au contraire les missionnaires, qui ont été très frappés de la détresse qu’éprouvent à cet égard les îles des Amis et les Marquises, parlent d’Otahiti comme jouissant de la plus graude abondance : ils remarquent que, malgré l’horrible profusion des festins et toute celle qu’entraîne la société des Earces, le besoin se fait rarement sentir dans cette île*.

On peut conclure de là, qu’à l’époque actuelle, la population d’Otahiti est contenue au-dessous du niveau des subsistances. Mais on aurait tort de croire qu’elle doive longtemps rester au même point. Leschaugemenls que Cook a observés dans cette île , aux différentes visites qu’il y a faites, prouvent que sa prospérité et sa population y sont sujettes à des oscillations très marquées *. Et c’est précisément ce que la théorie devait nous faire attendre. A aucune époque la population de ces iles n’a dû être stationnaire ou croître lentement d’une manière régulière. Elle a toujours dû subir de grandes oscillations. En tout temps, l’excès de population alimente, cher les sauvages, le goût de la guerre. Les aggressions suscitent les haines, d’où naissent les dévastations, qui durent et se propagent longtemps après qu’a cessé la première cause qui les avait produites1 * 3. La détresse causée par une ou deux mauvaises récoltes , agissant sur une population entassée et déjà réduite à une économie excessive, faisant sentir durement le plus intolérable besoin, dans un état imparfait de société, a dû porter à l’infanticide et à la prostitution*. Et ces causes de dépopulation ont dû agir encore avec

1 Mission., Appendice, p. 347. — 1 Ibid., chap. XIII, p. 212.

* Ibid., voy. p. 193. Appendice, p. 385.

4 Cook, sec. voy., t. I, p. 182 et 34» » . — 4 Mission., YOV. p. 223.

* l orsque j'indique les causes qui ont pu naturellement mettre des bornes à une population excédante, on ne se méprendra pas sans doute sur mes intentions, et on ne supposera pas que je prétende justifier le moins du monde de telles actions, parce que je fais remarquer leurs effets. Une cause peut prévenir un mal particu-

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