LIVRE V. — APPENDICE
nente la sauté et le bonheur de la masse du peuple; si cette diminution est en même temps le seul moyen de maintenir la partie de la population qui se compose d'adultes et qui promet à la société le plus de ressources de tout genre; si par-là même ce moyen est le seul qui puisse produire un accroissement constant de population vraiment utile, il est sans doute très important que de telles vérités soient connues, afin que, s'il faut s’abstenir de favoriser directement cette diminution, nous ne fassions rien du moins qui puisse la prévenir *. Et si l'on ne croit pas à propos d'abolir les lois anglaises sur les pauvres, on ne saurait douter au moins qu'il ne soit bon de connaître les principes généraux qui ont fait échouer les efforts de ceux qu’un sentiment d'humanité a engagés à les établir. Car celle connaissance peut servir
solde. C'est en effet ec qui a eu lieu en Angleterre et en Écosse pendant ces quarante dernières années (Noie de l'auteur.)
1 II faut se rappeler que tout pays peut éprouver une sorte de disette d'hommes, ou par l'effet de quelques grandes pertes ou par une suite de demandes inusitées ; ce qui ne peut en aucune façon attaquer le principe général que nous avons pose. Quelle que soit la tendance qu’a la population à s'accroître, il est de toute évidence qu'un nombre extraordinaire d'hommes ne peut être produit en six mois, ni eu six ans; mais même lorsqu'il s’agit d’obtenir un tel produit, les causes qui tendent a diminuer la mortalité ont un effet non-seulement plus sûr, mais plus rapide, que les encouragements directs au mariage. Un accroissement de naissances peut avoir lieu, et a souvent lieu en effet, sans que la population effective croisse; mais en supposant les naissances toujours les mêmes, il est impossible que la mortalité diminuant n'accroisse pas cette même population.
On est facilement trompé dans ce sujet, par la demande constante de travail qui a lieu dans un pays qui prospère ; mais il faut observer que, dans ceux qui peuvent simp'ement maintenir leur population, le prix du travail doit suffire à l entretieu d'une famille d'un nombre déterminé d'individus; l'ouvrier célibataire y a donc quelque superflu, et le travail doit y être constamment demandé an prix qui suffit à la subsistance d’un seul individu. Il n'est pas douteux qu'en Angleterre on ne pût employer très vite tin nombre double d'ouvriers, si l'on pouvait les y obtenir aux prix courants actuels, parce que l'offre produit la demande, comme la demande produit l'offre. La grande extension actuelle du commerce de coton ne provient pas d'un accroissement extraordinaire de demandes au prix ancien, mais d’un accroissement d'offres à des prix fort inférieurs, qui ont inévitablement produit une demande plus étendue. Or, comme il est impossible, par aucun perfectionnement industriel , d’obtenir des hommes à douze sous par jour, il faut nous soumettre aux conditions indispensables pour les obtenir. Et tout homme , sensible au bonheur de scs semblables, ou qui seulement a «les vues sages en politique, préférera sans doute obtenir la population requise parmi prix du travail qui, joint aux habitudes, diminue la mortalité, plutôt que par un accroissement «le naissances et nue multiplication d'enfants dont le plus petit nombre atteignent l'âge d'hommes faits. {Note de l'auleur.)