‹ Essai sur le principe de populationChapitre 341 sur 368 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

à y apporter d'utiles modifications et b en régler mieux l'exécution.

J’ai encore une difficulté à lever. Mais à vrai dire c’est moins un raisonnement à discuter, qu’un sentiment à prévenir. Plusieurs personnes, qui ne règlent point leurs opinions sur leurs goûts, ont déclaré que les principes exposés dans cet Essai leur paraissaient incontestables, mais elles ont paru s'allligerde voir ainsi. Il leur a semblé que cette doctrine répandait sur la nature un voile lugubre et fermait la porte aux espérances, h ces espérances d’amélioration et de perfectionnement qui embellissent la vie humaine. Je ne puis, je l'avoue, partager ce sentiment. Si le spectacle du passé m’autorisait b envisager une amélioration essentielle dans l'état social, non-seulement comme possible, mais comme très vraisemblable, je m'ailligerais sans doute de voir mes espérances déçues.

Mais si au contraire l’expérience du passé ne me permet pas de compter sur une telle amélioration, c'est sans chagrin que j'envisage une difficulté intimement liée à notre nature, contre laquelle nous avons une lutte constante à soutenir; lutte propre à exciter l’activité de l’homme, à développer ses facultés, à donner h son âme plus de vigueur, b l’améliorer sous plusieurs rapports, et qui semble en un mot singulièrement assortie b un état d’épreuve. Je préfère décidément cet aspect de ma position b celui qui s’ofTre b moi, quand je me persuade que tous les maux de la vie pourraient facilement disparaitre , si la perversité de ceux qui influent sur les institutions sociales ne prévenaient toute utile entreprise1.

Celui qui adopte cette dernière opinion , doit nécessairement vivre dan3 un état de mécontentement et d’irritation. Les ardentes espérances qu’il a conçues, dès l’entrée de la vie, ne peuvent manquer d’éprouver les plus cruelles contrariétés. Le progrès régulier de la société dans les circonstances même les plus favorables, lui paraîtra lent et insuffisant; son œil prévenu n'y verra le plus souvent qu’un mouvement rétrograde et des revers décourageants ; les changements qu’il avait envisagés d’avance avec le plus de plaisir lui paraîtront liésb une multitude de maux; les amis qui lui avaient inspiré le plus de confiance déserteront sa cause.

’ Le vice et la misère, provenant de ce que la population tend trop fortement à passer la limite des subsistances, et d'autre part, le vice et la misère qui naissent du libertinage, sont, dans la vie humaine, deux écueils , tels que Carybde et Scylla. Que chaque individu puisse les éviter, c'est une vérité que je me suis efforcé d'établir. Mais nul homme, suffisamment éclairé, ne peut prétendre que ces deux écueils ne présentent une difficulté tout-à-fait indépendante des institutions humaines. fNote de l'auteur.)

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