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instruits par l’expérience ou séduits par l'ambition. Dans cet état de désappointement habituel, il ne sera que trop disposé à soupçonner des motifs coupables, et peut-être aussi h désespérer de toute espèce d’amélioration. Jugeant ainsi de l’ensemble par quelques cas particuliers, s’il n’est doué de beaucoup de douceur et de bienveillance naturelles, il tombera dans celte espèce de mélancolie qui produit le dégoût, le découragement, la faiblesse, et qui marque trop souvent la fin d’une carrière ainsi commencée.
Celui qui embrasse l’opinion contraire n’éprouve pas de mécompte, parce qu’il ne se livre pas h de vaines espérances. La comparaison des divers états de la société lui montre que les meilleurs sont susceptibles d’amélioration, et encourage ses efforts. Mais il prévoit les difficultés; il sait que le désir d’un amendement a souvent fait perdre d’un côté quelque avantage; que la société est rarement progressive à la fois dans tous les sens; il se tient donc toujours prêt h voir ses meilleurs projets échouer. Loin d’en concevoir du désespoir, il profite des nouvelles lumières que lui offre cette opposition ; son ardeur n’en est pas ralentie, mais elle apprend h se mieux diriger. L’idée qu’il s’est faite de l’homme en société est fondée sur une base large et solide; aucun choc ne peut l’ébranler. Jusqucs dans le déclin de l’âge, il croit à l’empire de la vertu, comme a l’existence du vice, et ne cesse jamais d’espérer pour l’avenir des améliorations sociales que garantit l’histoire des temps passés, bien qu’elle soit mêlée de tant d'évènements funestes.
Si c’est un bien d’ignorer, il ne faut pas chercher â s'instruire. Mais si l’ignorance est, comme en ce cas, dangereuse; si les fausses vues relatives à l’ordre social, non-seulement arrêtent tout progrès, mais trompent durement nos espérances, il me semble que les sentiments et la perspective que donne une juste estimation de l’avenir sont une source de consolations; que ceux qui s’y livrent sont plus heureux et contribuent plus au perfectionnement et au bonheur social que s'ils fermaient les yeux à la vérité.
Pendant que la dernière feuille de cet appendice était à l’impression (1807), j’appris avec étonnement que l’on avait tiré du Principe de population un argument en faveur du commerce des esclaves. Comme ce principe me parait mener directement â la conséquence contraire , je ne peux m’empêcher dédire un mot h ce sujet.
Si le seul argument â faire valoir contre le commerce des esclaves était la crainte de voir l’Afrique se dépeupler par suite de la mortalité qu’il eugeudre, ou d’anéantir ainsi la race humaine, on aurait pu sans