CHAPITRE, II
doute offrir quelque consolation tirée du principe de population à ceux qui auraient conçu de telles alarmes. Mais comme jamais, que je sache, on n’a fondé sur de telles craintes la nécessité d'abolir la traite, c’est sans raison que ses défenseurs ont eu recours pour la justifier aux lois qui règlent l’accroissement de notre espèce.
L’abolition du commerce des esclaves se fonde sur deux arguments principaux, savoir:
1° Que le commerce à la côte d’Afrique pour en extraire des esclaves, joint au traitement subséquent de ces mêmes esclaves aux Indes-Occidentales, est une cause de maux cruels pour nos semblables; et qu’eu conséquence, la continuation d’un tel commerce est une honte pour les hommes et pour les chrétiens qui l'autorisent.
2° Que la culture des îles pourrait se faire avec le même avantage et avec plus de sécurité si l’on cessait d’y importer des esclaves.
Quant au premier argument; d’après Y Essai sur le principe de population, la tendance du genre humain h s’accroître est telle que, dans aucun pays, la population moyenne ne peut rester d'une manière permanente au-dessous des moyens de subsistance , à moins d’être arrêtée par quelque cause, physique ou morale, dont l’intensité soità la fois excèssiveet inaccoutumée. Aux iles des Indes-Occidentales, on a bcsoiu d’une constante recrue d’ouvriers nègres; on en peut conclure que les causes qui y arrêtent immédiatement la population agissent avec une force excessive et inusitée. Tous les obstacles h la population ont paru se résoudre en ces trois, la contrainte morale, le vice et la misère. Dans l’état d’esclavage, la contrainte morale ne peut pas avoir beaucoup d’in- Ûuence; et dans aucun état, cette cause ne peut continuer à diminuer la population d’une manière permanente. Il faut donc en ce cas attribuer en entier l’effet observé à l’action excessive du vice et de la misère. Ainsi , d’après les faits établis dans VEssai sur le principe de population, on peut se tenir pour assuré que la condition des esclaves aux Indes-Occidentales, pris en masse, est très misérable; et que ce qu'en disent les partisans de l’abolition ne peut guères être exagéré.
On dira que la raison principale de la constante diminution des esclaves aux Indes-Occidentales est que les sexes n’y sont pas en nombre égal, vu que celui des mâles importés est beaucoup plus considérable. Mais cela même atteste la cruelle situation où ils se trouvent placés, et il ne peut manquer d’en résulter une grande dégradation morale.
On dira peut-être encore qu’il y a bien des villes qui ne peuvent pas à maintenir leur propre population, et contre lesquelles cependant ou n'élève jias la même objection. Mais ces deux cas ne sont pas coiftpa-