‹ Essai sur le principe de populationChapitre 348 sur 368 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

me croirai autorisé à ne faire aucune attention à l'imputation et il ceux qui se plairont h la renouveler'.

Si je m'étais borné à dire que la tendance de l'espèce humaine à s’accroître plus rapidement que les moyens de subsistance (‘lait main* tenue au niveau de ces moyens par l’une quelconque des formes que revêtent le vice et la misère; que ces maux étaient inévitables , qu'aucun effort humain ne pouvait les diminuer, encore ne pourrait-on nullement m'accuser, avec aucune ombre de justice, de considérer le vice et la misère comme des remèdes à ces maux , tandis que ce sont la les maux eux-mêmes. On pourrait, h aussi bon droit, m’accuser, comme fait M. Grahame,de considérer la famine et la maladie provenant du manque de vivres, comme un remède bienfaisant pour les maux qu'occasionne la disette.

Mais ce n’est pas b ces termes que je m’en suis tenu. Je n’ai pas considéré le vice et la misère qu’engendre une population excessive comme des maux inévitables et qu’on ne peut diminuer. J'ai indiqué au contraire un moyen de les prévenir, ou de les adoucir, en travaillant sur la cause même qui les produit. J’ai tâché de faire voir que l’on peut y réussir sans porter atteinte au bonheur et à la vertu. Jamais je n’ai envisagé un accroissement possible de population comme un mal , si ce n'est au point où il accroît la quantité proportionnelle du vice et de la misère. Le vice et la misère sont les seuls maux que j’ai eu en vue de combattre. J’ai expressément proposé la contrainte morale comme le seul remède efficace et que la raison approuve. Que ce remède soit bon ou mauvais, efficace ou iuefficace, il suflit que je l’aie proposé et que j’en aie fortement recommandé l'usage, pour que l’on ne puisse pas m’attribuer d’avoir considéré le vice et la misère comme des remèdes. Non-seulement l’ensemble de mon ouvrage, et l’objet spécial de sa dernière partie, prouvent que je ne mérite pas cette imputation : mais divers passages qui s'y trouvent répandus expriment si clairement ma pensée, que l’on ne peut s’y méprendre sans fermer les yeux à la vérité.

On ne peut concevoir qu’un homme qui se respecte hasarde de telles imputations, et il faut convenir qu’on ne peut les expliquer que par un degré d’ignorance ou de mauvaise foi incompatibles avec les qualités requises d'un écrivain dans un sujet de cette nature.

Mais les faux exposés de M. Grahame ne sont pas renfermés dans le

* tes mêmes objections se reproduisant, les gens compétents doivent se borner à répondre : l isez .Malthns. — Mais nous l'avons lu ! — Itclisez-Ie ; vous ne l'avez pas compris. [Jph. S.)

LIVHE V. — APPENDICE.

seul passage que je viens de citer. Il observe, dans son introduction, que pour contenir une population excédante, dont je considère les fâcheux effets de plus près que n’a fait M. Wallace, «je recommande d'avoir un recours immédiat aux efforts humains et aux moyens réprimants prescrits par Condorcet, pour guérir ou adoucir de tels maux. » Cette assertion est dénuée de tout fondement. Je n’ai jamais fait mention des moyens de répression suggérés par Condorcet, sans une expression marquée de désapprobation. Je repousserai toujours tout moyen artificiel et hors des lois de la nature, que l’on voudrait employer pour contenir la population, et comme étant un moyen immoral et comme tendant à supprimer un stimulaut nécessaire pour exciter au travail. Si, dans chaque mariage, le nombre des enfants était assujéli à une limitation volontaire, il y aurait lieu de craindre un accroissement d’indolence; et il pourrait arriver que ni les diverses contrées prises individuellement, ni la terre entière envisagée d’une manière collective, n’arrivassent au degré de population qu’elles doivent atteindre. Les gènes que j’ai recommandées sont d’une tout autre nature. Non-seulement elles sont indiquées par la raison et sanctionnées par la religion, mais elles tendent de la manière la plus marquée à animer le travail et l’industrie. Il n’est pas aisé de concevoir un plus puissant encouragement au travail et à la bonne conduite, qued’avoir en perspective le mariage comme l’état auquel on aspire, mais dont on ne peut jouir qu’en acquérant des habitudes de travail , de prudence et d’économie. Et c’est sous cet aspect que j’ai constamment voulu le présenter ’.

En parlant des lois anglaises sur les pauvres et de la tendance qu’elles ont (surtout d’après la manière dont on les a exécutées dans ces derniers temps) à détruire chez les paysans tout esprit d’indépendance, j’ai dit : « C'est dans les cas particuliers une dure maxime; mais enfin il faut que l’assistance ne soit point exemple de honte. » J’ai voulu dire par là , comme il est facile de le voir, qu’un certain degré de fierté qui engage un ouvrier à faire, comme en Ecosse, de généreux efforts pour éviter de tomber, lui ou ses parents, à l’assistance de la paroisse, est un sentiment désirable et propre à accroître le bonheur des classes inférieures de la société. L’interprétalion de ce passage par M. Grahame, est « que le riche doit tellement aigrir les maux de l’indigence par l’aiguillon de l'opprobre, que les hommes soient forcés, par orgueil, à préférer le dernier refuge du désespoir à la dépendance ' ! » — Curieux exemple de fadsificalion et d’exagération.

1 Liv, IV, ch. I. — * Recherche du principe de population, page 336

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