CHAPITRE III
avoir lieu dans certaines circonstances particulières, d'avoir désigné toute cause qui arrête un tel accroissement comme un obstacle h la tendance naturelle et spontanée; digues insuflisantes pour contenir le torrent. C’est comme si, pour avoir la mesure naturelle de la taille humaine, on choisissait celle d’un géant, et qu’on envisageât comme des obstacles les raisons qui s'opposent chez la plupart des hommes à atteindre cette hauteur
M. Weyland a mal choisi son exemple. Pour représenter les divers taux d’accroissement de la population par les diverses hauteurs de la stature, il aurait pu tourner ainsi sa comparaison :
Si, dans un certain pays, on avait observé que tous les individus portaient un poids sur leur tête; que chacun d’eux était grand ou petit selon que son poids était léger ou pesant; qu’en diminuant le poids on faisait croître la taille, et que le petit nombre de ceux qui ne portaient rien surpassaient en hauteur tous les autres, ne pourrait-on pas en inférer que le fardeau qui pesait sur les autres était la cause de leur petite taille , et que la haute stature de ceux que rien ne gênait était le véritable étalon de la grandeur naturelle !a laquelle parviendrait la généralité de ces hommes, si rien ne s’y opposait?
Qu’est-ce en effet qui nous frappe dans l’accroissement de population que l’on observe en différents pays? Ne voyons-nous pas que, dans tous les casque nous pouvons suivre avec attention, la tendance naturelle à l’accroissement est réprimée par la difficulté qu’éprouve le peuple de pourvoir à ses premiers besoins, difficulté qui se présente immédiatement sous l'une de ces trois formes ; la contrainte morale, le vice, ou la misère? que l’accroissement est lent ou rapide selon que la masse de ces lourds fardeaux est pesante ou légère? qu’en conséquence l’Espagne a un taux d’accroissement , la France un autre, l’Angleterre un troisième, l’Irlande un quatrième, quelques parties de la Hussie un cinquième, quelques parties de l’Amérique espagnole un sixième , les États-Unis d’Amérique un septième? Ne voyons-nous pas une population stationnaire ou faiblement progressive, prendre tout-à-coup l'essor, lorsqu'une demande soudaine de travail met les classes inférieures en état de se procurer avec plus de facilité des moyens de subsistance ? Ne voyons-nous pas enfin que dans le petit nombre de pays, de cantons, de districts, où la difficulté de vivre est presque nulle, où en conséquence il y a peu d’obstacles aux mariages précoces, où l’on peut aisément en-
1 l’rinc. de la pop., p. i7.