LIVRE V. — APPENDICE
treleuir une lamillc nombreuse, le taux d'accroissement de la population surpasse constamment celui des autres?
Lorsqu'à la suite de ces faits frappants et multipliés, on vient à réfléchir que ni la théorie ni l’expérience n’indiquent que le progrès de la société éteigne les passions ou altère la fécondité ; que dans un climat tel que celui des États-Unis, qui n’est pas d’une salubrité remarquable, la population est plus rapide qu'ailleurs et les moyens de subsistance mieux distribués, n’eu peut-on pas inférer, par une induction légitime, que la charge plus ou moins onéreuse d’entretenir une famille et l'effet produit par la difficulté de la supporter, c’est-à-dire, la contrainte morale, le vice et la misère, sont les vraies causes de la diversité des taux d'accroissement que l’on observe en divers pays; et que, loin d’être fondés à envisager celui des États-Unis comme singulier, peu naturel et gigantesque, nous ne pourrions, d’après les règles de l’induction et de l’analogie, citer peut-être un seul pays en Eu rope où l'accroissement ne fût autant ou plus rapide, si l’on s’y mariait aussi jeune, si les moyens d’entretenir une famille étaient aussi abondants, et si les travaux de la classe ouvrière étaient aussi favorables à la santé.
Voici une autre comparaison dont use M. Weyland, par voie d’éclaircissement. — Il prétend que la tendance physique d’un peuplemarchand et manufacturier à doubler en vingt-cinq ans, « est absolument détruite, comme celle d’une fève à élever sa tige cesse quand elle a achevé sa croissance » ; que poser en principe la durée d’une telle tendance, c’est prendre une vaine ombre pour fondement d’une théorie, «qui ne peut soutenir l’épreuve de l’expérience et se trouve en contradiction directe avec les faits ; qu’on ne peut pas plus s’y fier qu’à celle d’un général qui, partant de la supposition d'un canon à double portée, calculerait la destruction de la ligne ennemie à une distance inaccessible1. »
Je ne sais qui de nous deux s’est mépris sur la portée du canon, c’està-dire sur le progrès réel de la population en diverses contrées, et je cherche vainement à m’appliquer la méprise du général. Je dirai doDC, en usant de la même comparaison , qu’ayant observé la portée de diverses pièces de même charge et calibre, et voyant qu’elle variait beaucoup, j’en ai recherché la cause; qu'ayant remarqué des obstacles sur la route des boulets, j'ai vu que les portées étaient d’autant plus grandes que les obstacles étaient moindres, et que j’ai cru pouvoir en conclure, par expérience et par théorie, que la tendance naturelle, ou la force , était la meme, mais que la portée variait par la résistance. Cela m’a
1 Princ. de la pop., p. 126.