‹ Essai sur le principe de populationChapitre 353 sur 368 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

semblé plus juste que d’attribuer les variations à un changement mystérieux dans la force, lorsque d’ailleurs tout est semblable dans l’appareil.

Je laisse h M. Weyland à décider lequel de ces deux raisonnements il adopterait lorsqu'il serait question de la résistance des projectiles. II ne me parait pas que, dans les questions de morale et de politique, un philosophe doive suivre des principes opposés à ceux qu’il aurait suivis dans des questions d’un autre genre.

Tels sont cependant les seuls arguments de M. Weyland contre la tendance naturelle de la race humaine à s'accroître plus rapidement que ses moyens de subsistance. Ce sont des comparaisons mal appliquées; et tout en faisant cette attaque, il ne laisse pas de reconnaître que des pays, placés dans des circonstances diverses et à divers périodes du progrès social, suivent, dans leur population, des taux d’accroissement fort différents.

Sans donc s’arrêter à ces similitudes, on remarquera, relativement aux différents taux d’accroissement de la population en différents pays, qu’aussi longtemps que l’homme aura besoin de nourriture pour vivre, les différences en question auront nécessairement lieu en raison de l’épuisement des ressources alimentaires. Inférer de ces différents taux d’accroissement, que « la population a une tendance naturelle b se contenir dans les bornes des moyens de subsistance que le sol peut lui fournir à toutes les époques de l’existence sociale, » c’est raisonner comme on pourrait faire en disant d’un homme enfermé entre quatre murailles, qu’il a une tendance naturelle h demeurer en prison; ou que les pins des épaisses forêts de la Norwège n'ont point de tendance naturelle à étendre leurs rameaux, là où ils sont comprimés de toutes parts. Voilà cependant la première, la grande proposition sur laquelle tout l’ouvrage de M. Weyland repose!

Mais bien que M. Weyland n’ait pas prouvé que la tendance naturelle de la population à s’accroitre soit assujétie à quelques limites, bien qu’il n’ait pas donné une seule raison pour établir comme probable qu’une population de mille millions ne doublerait pas en vingt-cinq ans aussi aisément qu’une de mille âmes seulement, si dans l’une et dans l'autre la contrainte morale, le vice, et la misère étaient sans inl1uence,il n’en est pas moins vrai qu’une partie de l’argument qu’il nous oppose acquerrait en certaines circonstances de la force; et qu’en ce cas, sans attaquer nos prémisses, il altérerait nos conclusions.

L’argument peut être présenté ainsi : La division naturelle du travail résultant des progrès de la civilisation, surtout dans des pays où le sol est fertile et où l’agriculture est fort améliorée, pourrait rejeter dans

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