‹ Essai sur le principe de populationChapitre 354 sur 368 · LIVRE V. — APPENDICE · texte numérisé non relu

LIVRE V. — APPENDICE

les villes et livrer à des occupations malsaines une portion si considérable du peuple, que les obstacles à la population devinssent trop puissants pour céder à l'abondance de la nourriture. Ce cas n'est pas impossible, et je l'ai eu en vue dans l'énoncé de la secoude proposition de mon Essai.

Ainsi la seule question pratique digne de quelque attention, dans la discussion élevée entre M. Weyland et moi , est celle-ci : Les cas tels que celui dont je viens de parler doivent-ils être envisages comme des exceptions rares, ainsi que je l'ai fait, ou doit-on, ainsi que le veut M. Weyland , les considérer comme un état de choses naturel , qui a lieu à tous les périodes successifs de l'existence sociale? Dans l’une et l'autre supposition, la population doit être contenue par quelqu’une des formes sous lesquelles agissent la contrainte morale, le vice et la misère; mais les conséquences morales et politiques, applicables à l’état actuel de presque tous les pays, sont essentiellement différentes. Dans l'une, la contrainte morale est une des vertus les plus utiles, les plus nécessaires, à l’exception d’un petit nombre de cas très rares; dans l’autre, elle est une des moins utiles et des moins nécessaires.

Celte question peut être décidée par un appel à l’expérience. M. Weyland se montre toujours disposé à porter ses regards sur l’Angleterre, et an fait semble avoir fondé un système sur la police particulière d'un seul État. Cet aspect du sujet suffit pour contredire sa théorie. Il a fait divers calculs pour montrer que les naissances suffisent très difficilement aux demandes des villes et des établissements de manufactures. En jetant les yeux sur ces calculs, le lecteur qui n’aurait point d’autres informations serait prêt à concevoir l’alarme et à redouter, pour le pays, une prompte dépopulation; il croirait du moins que nous touchons à ce moment de non-reproduction où, selon M. Weyland, la population s’arrête naturellement tout court, avant que les moyens de subsistance cessent de suivre une marche progressive.

Tous ces calculs étaient certainement aussi applicables il y a vingt aus qu'ils le sont aujourd’hui, et ils sont en effet fondés sur des observations faites à une époque qui est encore plus loin de nous. Mais qu’esl-il arrivé? Malgré l’agrandissement des villes, le rapide progrès des mannfactures et de la partie proportionnelle de la population qu'elles emploient; malgré des demandes d'hommes, extraordinaires et tout-à-fait inusitées, pour l'armée et pour la marine; en un mot, malgré cet état de choses, qui, d’après la théorie de M. Weyland, aurait dû dès longtemps porter l’Angleterre au point de la non-reproduction. la population s’est accrue dans une proportion plus rapide, qu'à aucune

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