‹ Essai sur le principe de populationChapitre 356 sur 368 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

k talent et l'activité humaines reçoivent, dans l'état actuel de la société, la meilleure direction possible pour multiplier ce seul genre de production; et secondement, parce que, comme je l'ai prouvé plus en détail dans une partie précédente de cet ouvrage , la plus grande production de substances alimentaires que puisse donner le soi est impossible a obtenir sous le système de la propriété privée. Mais cette vérité reconnue n'affecte évidemment que la quantité actuelle de nourriture et le nombre actuel ou effectif des habitants , et n’a pas de rapport , même éloigné, avec la tendance naturelle de la population à s'accroître au-delà du pouvoir qu’a la terre de produire de quoi la nourrir.

Ce que je viens de dire suflit pour montrer que les quatre principales propositions de M. Weyland, qui dépendent de la première, ne trouvent aucun appui dans tous les phénomènes que présente l'état de la société humaine, autant que cet état nous est connu. La dernière de ces propositions est énoncée ainsi : * Cette tendance (l'auteur entend la tendance naturelle de la population à se contenir dans les bornes du pouvoir qu'a la terre de lui fournir des moyens de subsistance), cette tendance opérera complètement , de manière à maintenir le peuple dans le bonheur et l’abondance, en proportion de l'influence , plus ou moins parfaites, qu'obtiendront la religion, la moralité, une raisonnable liberté, la sûreté des personnes et des biens ’. »

Dans la moralité , au sens de l'auteur, n’est pas comprise la contrainte morale relative au mariage. D’après cela , je n’hésite point à dire que cette proposition, contredit plus directement les lois de la nature, que celle qui déclarerait la Norwègc capable de fournir de la nourriture à mille millions d’habitants. Je n'attache pas moins de prix à la religion et à la morale, comme moyen de bonheur, que M. Weyland ; mais au nombre des devoirs moraux, je comprends la réserve à contracter des mariages précoces lorsqu'on n’a pas une espérance fondée d’entretenir une nombreuse famille. Si ce vertueux renoncement à soi-méme n’est pas envisagé comme faisant partie de la moralité, je refuse mon assentiment à la proposition de M. Weyland, et j’ose même affirmer que, sous l’empire des lois de la nature actuellement existantes, la religion et la moralité, la liberté et la sûreté, quelque respect qu'on leur porte, ne suffisent point pour maintenir le peuple dans le bonheur et l'abon- ' dance.

Quant à la cinquième et dernière proposition de M. Weyland ’, j'v ai

' Princ. de la pop., chap. III, p. 21. — ’ Ibid., p. 32.

Page 1