‹ Essai sur le principe de populationChapitre 359 sur 368 · LIVRE V. — APPENDICE · texte numérisé non relu

LIVRE V. — APPENDICE

qui par conséquent ne fait, quant au salaire, aucune différence du célibataire h l'homme charge de famille. Une telle demande offre à une grande masse d’ouvriers les moyens de se pourvoir d’objets de consommation tirés de l'étranger, et de payer une partie assez considérable des impôts mis sur certaines dépenses de luxe. Itien au contraire ne serait plus propre à ôter aux classes ouvrières la faculté d’acheter les produits des manufactures du pays ou les marchandises du dehors, et de payer les impôts sur le luxe, que l’usage étahli de donner à chaque membre d’une famille, sous forme de salaire et d’assistance combinés, la portion qui snflit strictement il sa nourriture, ou fort peu au-delà.

Pour obtenir d'heureux effets de la prudence en fait de mariage, pour que le sort des pauvres en soit sensiblement amélioré, il n’est nullement nécessaire de recourir à des suppositions forcées, et d’admettre des salaires exorbitants, comme M. Weyland semble croire. Je ne veux d’autre autorité sur ce sujet que celle d’un homme qui le connaît à fond et d'une manière pratique. Si la proposition qu’il a faite pouvait se réaliser, ce serait sans doute beaucoup, bien que l'on puisse atteindre le même but par un moyen fort différent.

M. Arthur Young veut que les salaires soient réglés de manière à suffire en tout temps à l'achat d’un peck ' de froment. C’est, dit-il, ce que gagnait un ouvrier à la terre pendant une partie considérable du dernier siècle, alors que la taxe des pauvres était modérée, et n'était pas employée à assister ceux qui étaient en étal de travailler. Il ajoute que « comme en ce cas l’ouvrier recevrait 70 bushcls de froment pour son travail de 47 semaines*, non compris cinq semaines pour la moisson; et comme une famille de six personnes ne consomme pas par an plus de 48 bushels, il est clair que de tels salaires ôteraient tout prétexte de recourir à l'assistance paroissiale, et il s’ensuivrait nécessairement que tout droit à celte assistance aurait disparu pour toujours *.

Un arrangement de celte espèce, soit qu’il lut prescrit par la loi, ou douué comme direction aux assistances paroissiales, serait sujet à des objections insurmontables. Il pourrait, en certains temps, changer les chertés en famines. Et dans sa manière générale d’opérer, si les habitudes des classes ouvrières restaient les mêmes , il équivaudrait à dire

' Le peck , quart (lu bus-ticl , trente-deuxième du quarter ~ 9,3S décimètres cubes, vaut environ 9 litres 1/3. V. p. 432 et 447, noir». (Jph. G.)

* l’ii peck par jour fait pourC jours ouvriers 6 pecks ou 1 1/2 bushel; et par conséquent 70 1 /2 pour 47 semaines. (.Vote des traducteurs.)

* Armais uf Agriculture, n. 270, p. 91, note.

CHAMTItE III.

que, dans toutes les circonstances, avec beaucoup ou peu de ressources, la population doit croître sur le même pied, ce qui est absolument impossible.

Mais si un tel arrangement était obtenu, non par un commandement direct, mais par une augmentation de prudence en fait de mariage, l'effet en serait tout-à-fait différent, et aurait, sur le bonheur social , la plus heureuse influence. Un changement graduel dans les habitudes des classes ouvrières opérerait le retard nécessaire dans le taux d’accroissement de leur nombre , et proportionnerait l'offre du travail à la demande effective, au fur et à mesure des progrès; et ce non-seulement sans détresse, mais avec de nouvelles jouissances, en sorte que l’état des classes inférieures s’améliorerait constamment par le développement de la culture eide la richesse.

Un peck de froment par jour ne peut point être envisagé comme un salaire excessif1. Dans les premiers périodes de la culture, quand le blc a peu de valeur en échange, l'ouvrier gagne souvent beaucoup plus; mais dans un pays tel que l’Angleterre, oit le prix du blé, comparé à celui des ouvrages faits et des marchandises étrangères, est fort élevé, de tels salaires mettraient les classes ouvrières dans un état d’aisance et d’indépendance en comparaison du moins de leur état actuel. Il serait bien à désirer, pour les progrès de la vertu et du bonheur social , qu'on ne mit en culture aucune terre qui ne pourrait pas payer sur ce pied les ouvriers employés à la féconder.

Avec de tels salaires, les ouvriers non mariés, ou peu chargés de famille, seraient fort à l’aise; ceux dont- la famille serait très nombreuse éprouveraient sans doute quelque géue, mais avec quelques privations, ils pourraient sullirc à leurs besoins sans recourir à la paroisse. De forts salaires bien distribués exciteraient au travail et il l’épargne, et relèveraient les classes inférieures; mais indépendamment de ce grand bienfait, ils les mettraient en état de fafre des demandes effectives if ouvrages faits et de produits étrangers; en sorte qu’en même temps que croîtrait le bonhenrgénéral cl individuel, on verrait prospérer le commerce et les manufactures*. '

Mais M. Weyland trouve impossible de concilier la nécessité de la

1 A 18 francs l'hectolitre, un peck vaut 1 franc 68 centimes, f Jph. O.)

* Les marchands et fabricants, qui demandent à grands cris le blé à bon marche et les salaires a bas prix , ne songent qu'à vendre au-dehors; ils sont sujets à oublier qu'il leur faut au-dedans uimiarché pour leurs retours, et que ce marché ne

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f.SO

contrainte morale avec la nature de l'homme et les préceptes de la religion. Il reste à voir si l’obstacle à la population qu’il y substitue est mieux d’accord avec la nature d’un être doué de raison, avec les dogmes de la révélation et avec la bienveillance divine; c’est ce qui doit être abandonne au jugement du lecteur. L’obstacle substitué n’est autre, comme on l’a vu, que l’insalubrité et la mortalité des villes et des établissements de manufactures '. Je n'ai jamais trouvé aucune difficulté à concilier la nécessite de la contrainte morale avec la bonté divine, dans l'état d'épreuve où, d’un commun accord, l'homme est placé pendant sa vie présente ; mais je dois avouer que je n’entreprendrais pas de raisonner sur ce sujet, si je pensais, comme M. Weyland, qu’une partie considérable de la race humaine est condamnée , par un ordre mystérieux de la Providence, h une mort prématurée dans les grandes villes.

Si véritablement cette insalubrité et cette mortalité étaient l’obstacle naturel et convenable au progrès de la population dans une période avancée de la société, il y aurait lieu de craindre qu’en améliorant l’état sanitaire des manufactures et des villes, comme on l’a fait en Angleterre pendant’ces vinet dernières années, on ne contrariât les plans de la Providence. Mon estftne pour M. Weyland ne me permet pas de supposer qu'il blâme les efforts faits pour diminuer la mortalité des villes et pour affaiblir l'influence pernicieuse des manufactures sur la santé des enfants; c’est cependant une conséquence de ses principes, puisque sa théorie est renversée par les louables efforts qui ont rendu la mortalité en Angleterre , pays abondant en manufactures et en grandes villes , moindre qu'elle ne l’est en Suède, pays presque uniquement agricole.

Dans les deux chapitres sur la contrainte morale (p. 467)), et sur ses effets dans la société (p. 47a), j'ai eu en vue de faire voir que les maux causés par le principe de population sont exactement de même nature que ceux qui naissent d’un abandon sans mesure à nos passions de toute espèce; et que notts n’avions pas plus de raison d'inlêrer

peut s'étendre, si les salaires sont bas, et en général si les revenus en argent manquent. Une des principales causes des difficultés qu'a éprouvées le commerce étranger depuis deux ou trois ans, a été produite par la diminution du marché intérieur |w>ur les marchandises étrangères. ( Note de Couleur.)

1 Quant au penchant au mariage, je ne crois pas qu'il soit moindre dans les villes que dans les ramp.^nes, si ce n'est à raison de la plus grande dépense qu'il y entraine, ou de la plu» grande facilité offerte aux commerces illégitimes1 . (Noie de Ccmieur.)

* O* qui fait rentrer c«*t obstacle dan» celui d« la contrai**.- morale, ou du vire, ('yole des Trnd. „

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