I. RÉFLEXIONS DU PREMIER TRADUCTEUR SUR I.E PRINCIPE DE POPULATION
L’objet de cet ouvrage est si important et si neuf, que j’ai eu fort à cœur de le présenter tel que l’auteur l’a conçu, et d’assurer à cet ingénieux écrivain auprès des lecteurs attentifs, l'honneur de cette utile conception. J’ai préféré en conséquence ne pas présenter mes réflexions avant les siennes et n'oiïrir même ici qu’un très petit nombre de remarques générales. Quant aux remarques particulières qui m’ont paru indispensables, je les ai mises en marge ou à la suite des chapitres auxquels elles se rapportent.
M. Malthus nomme plus d’une fois M. Townsend, et toujours avec des expressions d’estime; il reconnaît que ses écrits, malgré quelques erreurs et quelques inexactitudes, sont remplis d’excellentes vues sur le sujet de la population. Outre son Voyage d' Espagne, M. Townsend a publié, sur les lois anglaises relatives aux pauvres, une dissertation1 dont M. Malthus parait faire beaucoup de cas, mais où se trouve un projet qu’il réfute au commencement du chapitre XI du livre IV. J’ai extrait dans une note quelques remarques de M. Townsend sur la population de l’Espagne. Mais les remarques que M. Malthus a en vue dans sa préface sont, je pense, plus immédiatement relatives à ses principes. Voici le passage du Voyage d'Espagne de M. Townsend, qui me semble y avoir le plus de rapport, et où cet auteuRs’est exprimé sur ce sujet de la manière la plus pleine et la plus précise. C'est a propos de l’hospice de Cadix, que le voyageur se livre à ses réflexions.
« Les navigateurs ont fait mention d’une ile du Grand-Océan, appelée Juan Fernandez, du nom de celui qui le premier la découvrit. Il plaça dans celte solitude un bouc et une chèvre. Cet heureux couple, trouvant d’abondants pâturages, obéit aisément au premier commandement de croître et de multiplier, jusqu’à ce que, par la suite des
' Nous croyons devoir reproduire ces réflexions , jointes à la première traduc fion de 1SOB. (fiole des traducteurs .)
* Disserlalionen llie poor tocs.,..
<55t NOTES FINALES.
temps, il eût rempli celte petite île1- Avant ce moment, ces animaux avaient été étrangers au besoin et à la misère, et semblaient se gloriiier de leur nombre ; mais depuis cette malheureuse époque , ils commencèrent k souffrir delà faim; cependant, continuant encore h s'accroître, ils auraient craint toutes les extrémités de la famine, s’ils avaient été doués de raison; dans celle nouvelle situation, les plus faibles succombèrent, et l’abondance renaquit. Ces animaux furent ainsi ballotés entre le bonheur et la misère, et souffrirent du besoin ou se réjouirent dans l'abondance, suivant que leur nombre diminuait ou augmentait, car il variait à peu près suivant la quantité de nourriture. Cet équilibre était dérangé de temps en temps, soit par des maladies épidémiques, soit par l'arrivée de quelque vaisseau qui avait besoin de vivres. Dans de pareilles occasions , une grande quantité de chèvres était détruite, mais les chèvres survivantes trouvaient une espèce de consolation de la perte de leurs compagnes dans l’abondance qui les entourait, et elles ne craignaient plus la famine; ainsi tout était compensé, et elles cessaient de se regarder les unes les autres de mauvais œil; toutes avaient de quoi manger, toutes étaient contentes, toutes étaient heureuses. Ainsi, ce qui pouvait paraître un malheur devenait une source de bonheur pour elles; au moins le mal particulier produisait un bien universel.
a Lorsque les Espagnols virent que les armateurs anglais allaient faire leurs provisions dans cette île , ils résolurent d’exterminer entièrement les chèvres, et, dans ce but, ils y débarquèrent un chien et une chienne Ceux-ci, h leur tour, s’accrurent et multiplièrent en proportion de la quantité de nourriture qu’ils trouvèrent; mais aussi, comme les Espagnols l’avaient prévu, la race des chèvres diminua. Si elle avait été totalement détruite , les chiens eux-mêmes auraient péri ; mais comme plusieurs chèvres se retirèrent dans les montagnes, où les chiens ne pouvaient les suivre; qu’elles n’en descendaient que rarement pour chercher leur nourriture, et encore avec crainte et circonspection, il n’y eut que les moins prudentes et les plus téméraires qui devinrent la proie de la voracité des chiens, et il n’y eut que les plus vigilants de ceux-ci, les plus forts et les plus actifs, qui purent se procurer une nourriture suffisante. Ainsi fut établi un nouveau genre d’équilibre; les plus faibles des deux espèces payèrent les premiers le tribut aux circonstances, les plus actifs et les plus vigoureux survécurent. *
' Oampierrc, vol. I, p. 88.
’ l'Iloa, liv. II, ch. IV.
De même la quantité de nourriture règle le nombre des individus de l’espèce humaine.
« Supposons que, dans un bon climat, où se trouvent une nonrriture abondante et des habitations saines, le nombre moyen des enfants soit de quatre dans chaque famille, et qu’ils parviennent à l’âge de cinquante ans; si les hommes se marient à vingt-un ans, et les femmes à dix-neuf, au bout de trente-trois ans chaque couple laisserait douze descendants. En cinquante-neuf ans il y aurait vingt-quatre individus, et en cent vingt-neuf ans, cent quatre-vingt-huit, ou quatre-vingt-quatorze fois le nombre primitif.
« Le père Feyjoo raconte qu’en 1590, un homme et quatre femmes, qui avaient échappé à un naufrage, abordèrent dans l’ilc des Pins, près de Madagascar, où trouvant une abondance de bons fruits, ils multiplièrent tellement, qu’ils étaient au nombre de douze mille lorsque les Hollandais les découvrirent. Si quelques personnes, comme cela est très probable, jugent que ce lait est mal rapporté, ou croient que ma supposition surpasse de beaucoup le rapport du père Feyjoo, il leur est permis de réduire ce nombre aussi bas qu’elles voudront, pourvu qu’elles me laissent en possession du principe qn’cn ocrlaincs circonstances ou périodes données, les hommes multiplient en proportion de la nourriture qu’ils trouvent. On nous dit que les Israélites, lorsqu’ils vinrent en Égypte, étaient au nombre de soixante-dix; qu’ils restèrent dans le pays de Gossen quatre cent trente ans, et qu’à leur départ, le nombre des individus en état de porter les armes, eu exceptant les lévites, montait à six cent trois mille cinq cent cinquante hommes de vingt ans et audessus. D’après ces données, nous pouvons conclure que les Israélites doublaient leur nombre tous les sept ans ou à peu près.
* La population de l’Amérique sepleutrionale double tous les vingtcinq ans, et même dans quelques parties, tous les quinze ans. Dans l’Europe moderne il faut, suivant le docteur Smith, cinq cents ans pour doubler le nombre des habitants. La raison de cette différence est manifeste, lorsqu’on se rappelle les principes sur lesquels est fondée la propagation des espèces, et les causes qui peuvent retarder ou même limiter ses progrès. Les voici :
« 1° Le manque de subsistance, comme dans les montagnes d’Ecosse, où une femme mettra au monde vingt enfants, et n’en élèvera que deux; comme dans les bois,1 parmi les tribus qui ne vivent que de chasse; et même dans les pays les plus cultivés, lorsque la population a atteint son dernier période ; enfin dans les pays où le sol ne peut nourrir tous ses habitants, comme en Chine, où un nombre inûni d’individus
NOTES FINALES
sont exposes , et périssent dans leur enfance faute de nourriture , et où plusieurs individus sont détournés du mariage par la crainte de manquer de pain.
« 2° Les maladies particulières au climat (comme au Sénégal, à Batavia, h Constantinople et même il Londres) causées par l'infection , le mauvais air, la réclusion et la mauvaise nourriture; maladies qui ne régnent pas seulement dans les bois, et qui ne désolent pas seulement les tribus sauvages, mais qui se répandent avec la violence la plus désastreuse dans les villes grandes, riches et florissantes.
« 3° Le manque de commerce pour l’accroissement de l’industrie, et d’un marché pour le surplus de ses produits.
« 4” La guerre sous toutes ses formes, entre des nations policées ou sauvages, soit qu'elle ait pour but le pillage, ou les conquêtes, ou l’extension du commerce.
« 5° Les vœux superstitieux imposés aux ordres monastiques, et le célibat enjoint aux prêtres.
* 6° L'émigration d’une population féconde; la sortie des capitaux causée par une mauvaise police, par la forme vicieuse du gouvernement, par le manque de cette sécurité pour les personnes et les propriétés dont on ne peut jouir que dans les pays où règne la liberté , où les hommes sont assurés d’être protégés contre l’oppression du pouvoir arbitraire cl ne sont soumis qu'à des lois sages et équitables.
« 7“ Le manque de terre ou d’occasions d’en acquérir par l’industrie.
« 8° Le manque d'habitations.
« A mesure qu’on lèvera ces obstacles , la population augmentera. Lors donc que le but d'un prince sera d’augmenter le nombre de ses sujets, la manière d’v parvenir est évidente. L’entreprise serait aisée en Espagne sous un gouvernement sage : mais s’il est question de bannir la pauvreté et la misère; hoc opus , hic labor est. Cependant nous avons un principe général pour nous guider dans la recherche de celte question :Augmenlez la quantité des moyens de subsistance; ou si elle est limitée, mettez des bornes à la population. Il est absurde de dire que. dans un pays bien peuplé, personne ne souffre du besoin; si on pouvait suppléer à ce qui manque aux indigents, on doublerait leur nombre, et on accroîtrait la population à l'infini, ce qui est contraire à la supposition. Il est à la vérité possible de bannir la faim, et de suppléer à ce besoin aux dépens d’un autre ; ma» alors il faut déterminer le nombre proportionnel de ceuxqgi doivent se marier, car il n’existe pas d’autre moyen de limiter le nombre total des individus. Aucun effort humain ne
peut tirer de cet embarras, et les hommes De pourront jamais trouver une méthode plus naturelle ou meilleure, à tous égards, que de laisser k un appétit le soin de régler l'autre.
* Ayant déjà traité ce sujet, je me bornerai ici k retracer les règles qui peuvent nous mettre en état de juger sainement de l'hospice de Cadix.
« Rien n’est plus sage et plus charitable que d’établir des ateliers publics , où les gens industrieux puissent trouver de l’occupation dans tous les temps; il est très politique aussi de leur fournir chez eux des matériaux et des outils, mais il est absurde de prétendre faire un gain sur l’ouvrage d'individus tenus en réclusion. Il convient de fournir k l'indigent sa nourriture et ses vêtements, pourvu toutefois que ce ne soit pas encourager l’indolence, le vice et la prodigalité'. Il est juste et prudent de corriger les fainéants et les dissipateurs, en les enfermant dans des maisons de travail où ils peuvent prendre l’habitude de la sobriété et de l’activité ; mais il n’est pas dans les principes de l'équité, ni d’une sage politique, que dans de semblables établissements ces fainéants et ces dissipateurs soient mieux logés et mieux vêtus que ceux qui n’ont pas leurs défauts.
« Je puis, d’après les principes déjà établis, hasarder de prédire que, nonobstant le zèle et les efforts des personnes qui surveillent la maison de travail de Cadix , et en dépit de tous leurs sages règlements, dans peu d'années la ville sera k peu près aussi remplie de mendiants qu'avant l’établissement de cette maison, k moins que les gens qu’on y retient ne soient forcés k travailler davantage et k manger moins; car tant que les habitations abandonnées depuis peu restent prêles k recevoir de nouveaux habitants aussi misérables que les premiers, et tant qu’un refuge si commode se trouve ainsi k leur portée, l’indolence, la prodigalité et le vice n’auront rien k craindre et auront tout k espérer, et les plus inconsidérés n'hésiteront pas k contracter des liens d’où dépend la propagation de leur race. >
' La charité , considérée relativement à la société en général , est très difficile à bien faire , cl!e devient très vite un encouragement à la paresse , et dès-lors elle nuit à l'industrie, qui a besoin d’un stimulant continuel. C’est un reproche qu’on faisait avec raison à l'établissement des soupes éennomiques à Paris; savoir, d'habituer la classe indigente a se pourvoir trop aisément de sa nourriture. I.cs administrateurs de la Société philanthropique l'ont bien compris; aussi ont ils sagement suspendu, ou au moins fort réduit , la distribution de ces soupes [lendant les années abondantes, afin de les réserver pour celtes de disette et de misère. (Note du traducteur du voyage de Toumtcnd.)
NOTES FINALES
Voici encore un court passage qui me parait mériter d’étre cité ici. Il est tiré du troisième volume du Voyage d'Espagne de M. Townsend, page IU7 de l'original anglais. A propos d’une petite vallée du royaume de Grenade, le voyageur s'exprime ainsi :
« En contemplant ce lieu si riche et si resserré, on comprend surle-champ, et avec une pleine évidence, que la race humaine, après avoir joui de l'abondance lorsqu’elle était peu nombreuse , a dû s’accroître continuellement jusqu'au point auquel la quantité de nourriture h sa portée lui permettait d’atteindre. Depuis celte époque, deux appétits contraires ont, par leur action combinée, réglé le nombre des individus. Si dès-lors ils ont continué h multiplier, après avoir passé la limite naturelle de la population, ils ont dû rcsseulir le besoin. Ils auront vu sans doute un grand nombre de pauvres, nus et mourant de faim. Dans de telles circonstances , s’ils ont légèrement donné l’ordre qu’aucun membre de la communauté ne lut dans le besoin, que tous eussent des aliments, que chaque homme eût un logement, n’est-il pas manifeste qu’ils ont voulu l'impossible, et que leurs efforts pour soulager les malheureux n’ont dû avoir d'autre effet que de propager la misère et les souffrances?
« Ce sujet a un grand intérêt et mérite d’être pleinement discuté. Mais comme je l’ai traité d’uue manière expresse dans une dissertation sur les lois relatives aux pauvres, et que j’ai eu souvent occasion d’y revenir dans le cours de cet ouvrage, je ne m’y étendrai point ici. »
Je ne doute pas qu'en fouillant dans les divers ouvrages où il est question de population, on ne trouvât des expressions conformes à celles que je viens de rapporter. Ces expressions justes ont été le plus souvent suggérées par la contemplation d'un espace limité, tel que l’ile de Juan Fernandez, ou la petite vallée de Grenade, dont il vient d’élre question dans le Voyage de M. Townsend. Il était beaucoup plus difücile de faire l’application générale de ces principes à un grand pays; et je ne crois pas qu'avant VI. Mallhus, cette application ait été faite d'une manière régulière. Dans un espace circonscrit, les effets de la population se présentent d’une manière plus frappante. C’est ce que j’ai éprouvé (ainsi que bien d’autres sans doute) longtemps avant d’avoir eu connaissance de l’ouvrage de M. Mallhus.
En juin 1705, la question des maîtrises fut agitée à Genève, alors république indépendante, mais livrée aux troubles révolutionnaires. Dans un mémoire sur cet objet, que je fus appelé à remettre aux législateurs du moment, après avoir rappelé les principes relatifs au libre exercice de l’industrie nationale, tels qu'ils ont été si clairement exposés par
A. Smith, je présentais quelques considérations locales, propres à modifier l'application de ces principes. La première était relative à In population. En développant cette considération, je m'exprimais ainsi:
« La population progressive, jusqu'à un certain terme, est bien une cause et un symptôme de bouheur. Mais passé ce terme, elle perd tous ses avantages. Il serait donc intéressant de savoir à quelle distance nous sommes de cette époque à laquelle la population croissante devient une surcharge pour l'Ëlat. Car s'il se trouvait que nous l’eussions atteinte, ou même dépassée, toute loi qui tendrait à encourager la population serait inutile ou dangereuse. Il est sans doute impossible de marquer cette limite avec précision, mais diverses raisons me portent à croire que nous l’avons outrepassée : t° Notre territoire ne peut alimenter qu'une très petite portion de ses habitants, et les prohibitions fréquentes ou même habituelles de nos voisins nous avertissent de ne pas augmenter les demandes que nous sommes contraints de leur faire. 2° Les dissensions intestines dans lesquelles nous avons vécu semblent indiquer une population trop entassée. Car il en est des villes comme des maisons : plus elles sont habitées, et plus les querelles de ménage et de voisinage y sont fréquentes. 5“ L’extrême difficulté de vivre à Genève avec quelque aisance, la cherté des denrées, la difficulté de s’y procurer du travail, la nécessité qui s’est fait sentir d’y former des établissements de secours pour diverses classes d’ouvriers , montrent assez qu'on ne peut y augmenter le nombre des habitants que par celui des nécessiteux; et sans doute c’est à ce terme que la population doit s’arrêter. ■i° Enfin si l'on considère que, dans l’espace d’un siècle, celte population a presque doublé, on sentira qu'il est difficile de supposer qu’elle puisse avec avantage recevoir de nouveaux accroissements. »
Indépendamment des vues de ce genre qu'a pu souvent suggérer l’observation d'une population fort circonscrite ou concentrée dans une seule ville, il faut joindre aux noms cités par H. Maltlius ceux d'un petit nombre d'écrivains judicieux qui ont eu , sur ce sujet, des idées justes, et qui l’ont envisagé dans toute sa généralité. De ce nombre sont ceux qui ont traité d’une manière claire des principes généraux de l'économie politique.
Et d'abord A. Smith. « Naturellement, dit-il, toutes les espèces animales multiplient à proportion de leurs moyens de subsistance, et aucune espèce ne peut jamais multiplier au-delà *. » Il fait l’application de ce principe à l’espèce humaine.
’ Richesse des mitions, liv. I, ch. VIII.
NOTES EINAI.ES
MO
M. Garnier, dans son Abrégé élémentaire des principes de F économie politique ', a déterminé fort exactement le rapport de la population à la culture, rapport dépendant de celui qui a lieu entre la population et les subsistances. Et à l’occasion des systèmes \ il établit, entre l’homme et les animaux, une comparaison par laquelle l’auteur de VEssai sur le principe de population débute en cette matière. Mais il abandonne bientôt un sujet qui n’entrait pas dans son plan. Il le traite occasionnellement avec la meme clarté dans la préface de sa traduction de la Richesse des nations.
M. Say établit aussi que la population se proportionne toujours à la quantité des produits, et confirme celte opinion par une multitude d'autorités1. A quoi il ajoute cette remarque, qui touche au principe de population. «C’est que rien ne peut accroître la population que ce qui favorise la production, et que rien ne la peut diminuer, au moins d'une manière permanente, que ce qui attaque les sources de la production *. * Il fait mention de l’imprévoyance des animaux et l’oppose à la prudence humaine. « Chez l'homme, dit-il, la nécessité de satisfaire 11 ses besoins futurs fait entrer la prévoyance pour quelque chose dans l’accomplissement du vœu de la nature1. • Cet auteur entre là-dessus dans des détails très propres à faire voir comment celte prévoyance limite la population. Il nomme dans une note plusieurs auteurs qui ont traité ce sujet*.
Du reste, les erreurs en cette matière sont bien plus fréquentes. On en a vu plusieurs réfutées dans l’ouvrage de M. Malthus; et en ce genre il ne serait pas difficile de multiplier les citations.
Il convenait enfin de faire à neuf la théorie de la population; c’est un travail qui ne peut manquer de produire d’heureux fruits.
Il est vrai que, comme l’auteur le laisse voir dans sa préface, il n’était pas facile de donner à cet ouvrage la forme la plus propre à le faire lire avec facilité. Il est donc probable qu’il ne sera bien lu, et par conséquent bien compris, que par un assez petit nombre de personnes. Mais aussi je présume que ces personnes-là détermineront insensiblement l'opinion et feront fructilier des principes dont elles auront reconnu la vérité et l’importance. Il ne manquera pas ensuite d’hommes
' Paris, 1796. Chez Agasse. Page 22. — * Page 175.
* Traité d'écon. polit. , t. I, p. 591, prein. édit., et t. lî,p. 187 delà quatrième. 4 Ibid. y p. 592 de la prem. édit., et t. Il, p. 188 de la quatrième.
* p. 588 de la prem. édit., et t. Il, p. 184 de la quatrième.
4 16û/., t. H, p. 188 de la quatr. édit.
RÉFLEXIONS DI PR KM I EH TRADUCTEUR. Gll
capables de reprendre sous œuvre celle matière, de la présenter sous une forme plus adaptée aux besoins du public, de combiner enlin ces principes nouveaux avec d’autres principes plus anciennement reconnus et constatés. C’est, h ce qu'il me semble, le sort qu’a eu sur le continent l'ouvrage immortel d’Adam Smitb, et je ne peux pas en souhaiter un plus honorable h l’ouvrage que je viens de traduire. Plein d’espérance à cet égard , je vais hasarder quelques remarques qui touchent au fond du sujet, et dont l’objet est de préparer en quelque sorte le travail nouveau que je viens d’indiquer et auquel j’aimerais à me livrer.
L’objet principal que s’est proposé M. Maltbus est de fonder le bonheur de la société humaine sur une base solide, et en particulier de mettre les classes inférieures du peuple dans une situation plus douce que celle à laquelle on les voit réduites chez les nations les plus civilisées. C’est un système de bienfaisance active cl raisonnée, qui, secondé par l’exercice d’une charité éclairée , semble devoir produire les plus heureux effets. Je ne m’attacherai pas dans ce qui va suivre h ce point de vue intéressant. Mon dessein est de montrer en peu de mots le rapport de ces nouveaux principes à quelques principes connus et généralement adoptés. En indiquant ces rapports, je ne ferai que marcher sur les traces de l’auteur que j’ai traduit, et je n’ai d’autre prétention, en me chargeant de ce léger travail, que d’en faire entrevoir un plus étendu , qu’il est peut-être nécessaire d’entreprendre.
A. — L’économie politique me semble être cette branche de la politique qui traite des moyens d’existence d’une nation. Ces moyens sont manifestement les individus qui la composent et les ressources qui servent à l’existence de ces individus. La population et la richesse sont donc les deux titres sous lesquels se rangent tous les principes de l’économie politique. Sur quoi il faut remarquer que l’un et l’autre comprennent aussi bien ce qui est relatif à la puissance, que ce qui se rapporte immédiatement à l’existence; parce que, pour les nations, un certain degré de puissance est nécessaire pour exister. De ces deux titres, l’un a été traité savamment et profondément il y a un peu moins d’un demi-siècle’; l’autre est traité dans l’ouvrage dont je publie la traduction. Ce sont ces deux sections dont je voudrais indiquer la déliendance et préparer le rapprochement.
« La demande qui se fait de ceux qui vivent de salaires, dit Smith,
■ Écrit en 1809. (Note det traducteur!.)
ai
NOTES FINALES
augmente nécessairement avec l’accroissement des revenu et des capitaux de chaque pays'.» C’est, je pense, ce qu’on ne peut contester. Peu après ce même auteur ajoute : « Un salaire qui donne au travail une récompense libérale est à la lois l'effet nécessaire et le symptôme naturel de l’accroissement de la richesse nationale*. » Il faut distinguer, à ce qu’il semble , d’après une remarque juste qu’a faite M. Maltlius5, la récompense effective de la récompense nominale. Si un pays quelconque produit d’année en année plus de subsistances, cet accroissement de fonds offrira aux ouvriers une augmentation de récompense réelle. Mais si les produits qui croissent d’année en année sont uniquement des ouvrages de manufactures, la récompense pour les ouvriers ne croîtra que nominalement, parce que bientôt le prix des subsistances haussera en proportion. Il semble cependant que , même en ce cas , la hausse survenue dans le prix du travail donnerait b l’ouvrier quelque loger avantage. Il recevrait sur les subsistances une assignation plus forte qu’auparavant , tandis que ceux qui ne travaillent pas conserveraient leurs titres sans augmentation. Cependant, malgré la hausse des salaires, la classe des ouvriers, toujours inférieure en richesse, ne pourrait pas lutter contre les classes supérieures et suivre, par ses faibles moyens, le prix rapidement croissant des objets de subsistance. Ce sujet, profondément traité par Adam Smith et par M. Malthus, parait demander h être exposé de nouveau sous toutes ses faces.
A cette occasion, Smith fait la remarque suivante : « Si la récompense libérale du travail est l’effet de l’accroissement de la richesse nationale, elle devient aussi la cause de l’accroissement de la population. Se plaindre de la libéralité de cette récompense, c’est se plaiudre de ce qui est à la fois l'effet et la cause de la plus grande prospérité publique \ » La distinction précédente se présente ici de nouveau. Si la récompense libérale est réelle; c’est-à-dire, si la richesse nationale qui s’est accrue est la partie de cette richesse qui consiste en subsistances, et si la population ne s’accroît qu’en proportion de cette augmentation de richesse, c’est en effet ce dont on ne peut sc plaindre, sans s’affliger de la prospérité nationale. Mais si la récompense est nominale; c’est-àdire, si les subsistances n’ont pas augmenté, et si malgré cela la population s’est accrue, il faudra bientôt que le prix réel ou la subsistance
' Rich. des nal., liv. I, chap. VIII, 1. 1; trad. de G. Garnier. ’ Ibid., p. ISS.
* Liv. lit, chap. -XIII.
* Rich. des nal., liv. 1, chap. VIII ; trad. de G. Garnier t. I.
de l’ouvrier diminue et se réduise, comme h la Chine, au plus étroit nécessaire , avec toutes les malheureuses chances qui dépendent de l'inconstance des saisons.
R — Indépendamment des vérités générales sur lesquelles repose toute la science de l’économie politique, on rencontre souvent des questions particulières dont la solution dépend de la considération du principe de population. J’en trouve un exemple dans le chapitre de cet ouvrage, qui traite de la prime ou gratification accordée pour encourager l’exportation des grains.
Adam Smith observe que la gratification à l’exportation du blé établit deux impôts sur le peuple; l’un, celui au moyen duquel le gouvernement paye la gratification ; l’autre, la hausse produite dans le prix du blé en conséquence de cette mesure. Si ces deux impôts, dit-il, dans l’état actuel de la récolte, n’ont pas l’effet d’élever le prix du travail, de manière que l’impôt retombe par le fait sur le fermier, ils ne peuvent manquer du moins de diminuer chez le pauvre ouvrier les moyens qu’il peut avoir d’élever des enfants. Arrêtant ainsi l’iudustrie et la population, ils s’opposent à l'extension du marché intérieur , et par-là même, ils doivent à la longue tendre à restreindre le marché général et à diminuer la consommation du blé plutôt qu’à l’augmenter'. Sur quoi M. Mallhus fait l’observation suivante :
« J’ai fait voir, et on peut bien tenir pour certain, que le système d’exportation, occasionné par la gratification, tend à augmenter, dans les années de disette, la provision de blé; ou, ce qui revient au même, empêche que cette provision ne soit autant diminuée qu’elle l’aurait été sans cela. Par conséquent, le pauvre ouvrier sera en état de vivre, pendant ces années-là, avec plus d’aisance, et la population sera moins arrêtée qu’elle ne l’aurait été si le système d’exportation que la gratification détermine n’avait point eu lieu. Mais si , à cet égard , l’effet de la gratification se réduit à arrêter un peu la population dans les années d’abondance, tandis qu’elle le soutient dans les années de disette, on peut dire que cet effet consiste à régler la population avec plus d’égalité sur la quantité de subsistances que le pays peut fournir d’une manière permanente et sans aucune déduction. Un tel effet est , sans aucun doute, un des plus précieux avantages qu’une société d’hommes puisse obtenir. Il contribue au bonheur des pauvres ouvriers, plus que ne peuvent le croire ceux qui n’ont pas beaucoup médité sur ce sujet. Parmi tant de circonstances variées qui troublent la vie humaiue, il n’en est
' Ri eh. d ri mit., liv. IV, chap. V.
NOTES K1NALESS
point (|ni soit plus féconde en maux de tout genre et qui entraîne plus sûrement de funestes suites, qu’un accroissement subit de population produit par deux ou trois années d’une abondance trompeuse, qui disparait h la première récolte mauvaise ou simplement médiocre1. »
C. — Des différents systèmes qui ont été soutenus relativement au fondement de la richesse nationale , il y en a peu qui s'accorde mieux avec la théorie du principe de population , que celui des philosophes connus en France sous le nom d’économistes', qui, au milieu du siècle dernier, ont fait une espèce de secte. Comme le principe fondamental de leur doctrine était que la richesse consiste dans le produit net de la terre ; comme ils réservaient au seul travail de la terre l'épithète de productif; comme ils excitaient à sacrifier tout h la culture, à se mettre en état d’exporter les aliments, en particulier le blé, ils préparaient la voie à toute espèce d'administration qui voudrait s’occuper de répandre l’abondance et de mettre les peuples en état de subsister avec aisance, sans leur procurer cet avantage par le ministère des fléaux destructeurs. Il faut convenir néanmoins que ccs philosophes, dont plusieurs ont été si estimables et dont quelques-uns ont eu des vues si profondes, n’ont point aperçu nettement le grand obstacle qui s’opposait h leurs projets d'amélioration. Ils ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour engager les gouvernements h diriger leurs vues vers la production des subsistances. Mais ils n’ont pas songé à engager les peuples à ne point multiplier au-delà des moyens de subsistance que pouvait leur offrir le pays le mieux gouverné *.
' M. Mallhus est disposé à croire que le changement opéré dans les lois anglaises sur les grains en 1775 a nui essentiellement à la production de ce premier article de subsistance. Cette opinion est parfaitement conforme à celle de M. Diront, dont l’ouvrage posthume sur ce sujet (Inquiry into Iht corn latcs and corne traie, etc.) a été publié en 1796 ; par conséquent avant l'époque de la grande disette de 1800, 1801, qui a fait naître beaucoup d’écrits de mémo genre. ( Pierre Prévost.)
' Ce nom est désormais non pas celui d’une secte , mais de tous les savants qui s’occuperont de la source des richesses. II faudra donc , pour s’entendre, appeler les économistes du dix-huitième siècle, disciples de Quesnay, de leur second nom de physiocrates. [Jph . G.)
1 II v a peu de passages où celle assertiou se vérifie mieux que celui-ci, qui termine le chapitre 53 du Traité de l’ordre naturel et essentiel des sociétés poli tiques'. «Quanti un gouvernement est organisé de manière que la culture tics terres tend perpétuellement vers son meilleur état possible , l'abondance progrès-
* Cfl ouvrage de Mercier de b Rivière, I un des principau* vulgarisateurs de la doctrine de Qucs- *wy» sc trouve dans le II» volume de la Collection des principaux Economistes de CsiiiUauntin.
(Jph G.)
i;f:ri.E\iONs iiu ihemier traducteur.
I .es plus sages écrivains de cetlc secte ont bien senti néanmoins que le bonheur des peuples dé|>endait moins de quelques formes de gouvernement que de la facilité de vivre. C’est un rapport intéressant cntr’eux et l’auteur de l’ouvrage dont je publie la traduction. Ils n’ont point été disposés h rejeter sur les gouvernements tous les malheurs des peuples. Ils ont cm devoir tourner presque exclusivement leurs regards vers les moyens d’obtenir une nourriture abondante. C’est pour assurer ces moyens, qu'ayant constamment en vue les grandes nations agricoles, ils n’ont point cessé de recotnmander fortement les formes monarchiques, et la paix tant intérieure qu’extérieure1. Ce sont là des traits
sive des productions précède toujours l'accroissement progressif de la population ; tous les hommes alors ne naissent que ponrt'lre heureux; et par la raison que le dernier degré possible do la multiplication des productions nous sera toujours inconnu , ou (>eut dire que le dernier degre possible auquel l'ordre peut porter la prospérité d'une nation est une mesure que personne ne peut concevoir. .Mais, dans un gouvernement contraire à l'ordre ; dans un gouvernement où la culture est dans un état progressif de dégradation, il doit toujours et nécessairement se trouver plus d'hommes que de productions , parce que c'est la dimiuution de la masse des productions qui précède et entraîne celle de la population : la terre alors doit être couverte d'un grand nombre de malheureux, etc.» Cet auteur, qu'Adam Smith distingue dans la foule des écrivains de la secte économique , a posé bien nettement le principe sur lequel M. .Malthus insiste eu plusieurs endroits; savoir, que les subsistances doivent précéder la population. Mais il n'a pas pris garde que, sans aucune dégradation des subsistances , et même avec, le plus grand accroissement de productions que l’on puisse concevoir, la population , si elle n'est contenue , doit véritablement être en excès et couvrir la terre de malheureux. (Pierre Prévost.)
‘ .M. .Malthus réfute, et A mon gré victorieusement , les systèmes d'égalité de Wallace, Condorcet, Godwin. Et sa réfutation peut s’appliquer aisément A d’autres. Mais d'où naissent de tels systèmes, si ce n’est du spectacle de la misère? Qu'il est facile de s'endurcir A ce spectacle et de louer sans réserve toutes les institutions sociales, lorsqu'on occupe une place qui met A l'abri de l'oppression et qu'on est résolu A ne courir aucun hasard pour lui dérober scs victimes ! Mais où sont les cœurs généreux qui voient ces maux sans gémir, les esprits élevés qui n'en recherchent la cause , les Aines libres qui ne projettent d'attaquer le mal dans sa source? Cet instinct aveugle de la vertu s’est spontanément développe dans tous les siècles, et a produit presque toujours des efforts très mal diriges. L'un des plus anciens systèmes qu'ait enfantés , chez les modernes , ce noble mouvement du cœur, est celui que Th. Moins a exposé dans son Ulopie'. On y retrouve plusieurs principes reproduits dans ces derniers temps , et qui , bien que souverainement dangereux, sont les élans du plus pur patriotisme. Combien donc n'est-il pas con-
1 Thomas Mores, chancelier d'Angleterre, a intitulé son livre : De oplimo reipublica statu, de que novd ingnhl tttopuî. Ce livre a puni en IStOa Louvain. Il a été traduit plus. vers fois eu anglais ri en français sous le ülre : Description de l’ile d'Ulopie. (J pli G.)
NOTES FINALES
caractéristiques de la secte des économistes , qui s’accordent assez bien avec les sentiments que l’on a pu voir dominer dans cet ouvrage. Quelque opinion qu’on embrasse sur les divers points qui forment l'ensemble d'un tel système, on ne peut s’empêcher de reconnaître beaucoup de vérité dans les principes sur lesquels il repose. Mais , sans parler de l’enthousiasme qui s’y est mêlé quelquefois, les hommes judicieux sentaient qu’il y manquait quelques moyens d’exécution. Et en effet, c’est en vain qu’un peuple se livrera presque exclusivement à l’agriculture, si les lois, les mœurs, d'autres causes, y favorisent un excès de population. L'abondance n’y régnera point. On peut au contraire s’attendre à y voir régner les maux qu’entraîne la misère. 11 était donc bien nécessaire d’ajouter, comme l’a fait M. Maltbus, cette grande maxime h toutes celles des économistes:
Abstenez-vous de multiplier au-dela de vos moyens de subsistance.
C'est donc un pas, un perfectionnement, un progrès relatif!» la constitution de la société , qui me semble fort remarquable , et sur lequel j’ose appeler l’attention des philosophes. On sait assez que la secte des économistes tenait plus qu’aucune autre au dogme de la perfectibilité': et quoiqu’en ce genre il y ait eu des exagérations choquantes, quoiqu’on conséquence le dogme même ait été traduit dans le monde comme une opinion vainc et ridicule, tous les hommes d’un esprit élevé, tous les observateurs attentifs, tous les vrais philosophes, ont reconnu que l’espèce humaine est susceptible de quelque degré d’amélioration ; tous ont conçu de ses progrès futurs d’honorables espérances. Mais ces espérances avaient besoin de quelque appui, soit pour résister il l'atteinte que leur ont portée les illusions qu’elles ont fait naître, soit pour prévenir le dangereux enthousiasme qu’elles inspirent. Ces illusions, cet enthousiasme, sont sans contredit ce qui rebute les bons esprits et qui
venablc de sonder une plaie à laquelle on n'a jusqu'ici applique que de si funestes remèdes ! Au lieu de nous répandre en vaines clameurs, ou en inutiles reproches, observons le mal dans ses différents périodes ; et si nous découvrons qu’il a s* source dans la nature et non dans les institutions, cessons d’accuser celles-ci, et appliquons-nous A reconnaître les lois que la nature elle-même nous impose. En propageant ces maximes, il est loin de la pensée de M. Maldius de méconnaître le» avantages d’une sage liberté. Cet auteur indique peut-être le seul et vrai moyen d’obtenir tous ces avantages sans aucune fâcheuse suite. (Pierre Prévost.)
1 Voyez eutr’aulres l’exposition de ees vues de perfectibilité, faite par M. Dugaltl Stewart, Klein, de ta phil. de l’esprit humain , 1. 1, p. 577 de ma traduction. Cher J.-J. Paselioud, à Genève. ( Pierre Prévost.)
D . djjy Ceogili
en a repoussé plusieurs. Mais maintenant il semble que ces espérances doivent se présenter sous un aspect plus favorable. On donne un but plus déterminé aux vues d’amélioration, et on fournit pour atteindre ce but un moyen qui n’a rien de vague, rien de propre b exciter un enthousiasme dangereux. Le but est de faire en sorte que fout ce qui nait puisse vivre. Le moyen est de laisser croître les subsistances, avant de faire croître la population.
Tel est, à ce qu’il semble , relativement à l’ordre social , le premier degré de perfectionnement auquel il est permis d'aspirer. On doit louer ces philosophes qui ont bien espéré de l’esprit humain, et qui, témoins du progrès des lumières, ont présagé leur influence. Mais on doit plus de reconnaissance encore h celui qui a indiqué la voie d’amélioration qu'il faut suivre.
L). — Il reste un ouvrage à entreprendre, qui , pour être bien exécuté, demande autant de sagesse que de lumières. Les principes de l’économie politique sont posés. Mais ils sont encore isolés. Il faut réunir en un seul corps de doctrine les deux sections de celle vaste et belle science. Les recherches d’Adam Smith sur la richesse, présentées sous une nouvelle forme peut-être, mais avec la même clarté, la même liberté et la même profondeur, doivent être combinées avec celles de M. Malthus sur le principe de population. Il en résultera un système solide et bien lié de vérités importantes et d’une application facile. En se livrant à ce travail, on sentira bientôt que c'est aux classes inférieures du peuple qu’il doit être principalement utile. Il doit tendre à fournir h l’ouvrier laborieux un aliment assuré, et préparer tous les pauvres h aimer cette activité salutaire qui seule peut assurer leur subsistance. Tel est l’ouvrage que je me permets d'indiquer aux hommes éclairés et bienveillants, dont quelques-uns sans doute liront celui de M. Malthus. Je m’applaudirais d’avoir contribué à faire connaître celuici, si je pouvais espérer qu’il excitât de nouvelles recherches sur un sujet aussi intéressant.
NOTES FINALES
CTS
II. NOTE DES TRADUCTEURS (1823), SUR LES OUVRAGES DE PLACE ET DE SEYBERT, SUR L'iMMIGRATION, ET Sl'P. LE PROGRÈS DE LA POPULATION