DE BARTON
MM. Say et Sismondi, le premier dans les dernières éditions de son Traité', et le second dans ses Nouveaux principe», se sont occupés de la population comme d'une branche importante de l’économie politique. Il est à regretter que ce dernier n’cùt pas sous les yeux les éditions de l’ouvrage de M. Malthus qui ont suivi la première. L’opposition apparente qui en résulte n’empécbe pas qu’en réalité ces deux écrivains ne professent au fond la même doctrine , en exceptant quelques points sur lesquels on peut différer en partant du même principe.
Postérieurement encore a paru un écrit de M. Place’ dont nous erovous devoir rendre un compte sommaire. A l’instant où nous livrons ces feuilles à l'impression, cet ouvrage n’a été ni traduit ni (du moins à notre connaissance) annoncé dans aucun journal*. Il est cependant digne de toute l’attention des hommes éclairés.
Nous ne suivrons pas l’auteur dans celte partie de son ouvrage où il oppose M. Godwin à lui-même. Il faut convenir que cette opposition est singulièrement frappante , puisque personne n’a paru plus pleinement adopter les principes de M. Malthus relativement à l’accroissement de la population , à son doublement eD un certain nombre d’années, à sa multiplication selon la série binaire; et que personne ensuite n’a repoussé ces mêmes principes avec plus d'acharnement. Mais c’est là un argument personnel, dont le seul effet utile serait de désabuser ceux que l’autorité de M. Godwin a pu séduire, et nous ne pensons pas qu’en France cette séduction soit fort redoutable. Il s’agit de faits et de raisonnements , et nullement de noms cl d’autorités.
' Et plus tard dans son Court complet, VI* partie, dans lequel il adopte pleinement la doctrine de Malthus.
M. Dcstult de Tracy professe les mêmes principes dans son Traité d'écon. polit., ill-8, 1823. {Jph. G.)
* En voici le titre : Illustrations and pronfs, etc, c’est-à-dire : Éclaircissement» et preuvesdu principe de population, contenant l'examen des remèdes que propose il. Malthus, et une réponse aux objections de il. liodicin et d'autres; par Francis Place. Londres, 1822.
" Nous apprenons trop tard qu'il en cxisle un exlrail fait de main de maître. .Vous espérons que le noire ne paraîtra pas déplace à la suite de l'ouvrage auquel celui de .M. Plai e se rapporte immédiatement. (Note des traducteurs.)
NOTE FINALE DES TItADUCTEURS (18‘i3). <Ui>
M. Place traite en détail le sujet de l'émigration aux États-Unis. Jusqu’en 1783, la guerre et diverses circonstances la prévinrent en grande partie; elles enlevèrent à ce pays plus d’hommes qu’on ne lui en rendit. La révolution française occasionna sans doute une émigration en Amérique, mais elle fut interrompue par la guerre de 1793; depuis cette époque jusqu'à la pais (1814), le continent européen put fournir très peu d’émigrants. L’Angleterre seule en eut la facilité. M. Place établit d’ailleurs sur de bonnes autorités et en partie sur celle des auteurs cités parGodwin, que depuis le milieu du dernier siècle jusqu’en 1781, il n’y eut pas d'émigration considérable.
Suivant M. Godwin pas à pas , il fait voir combien sont erronées les assertions sur lesquelles cet auteur se fonde pour affirmer que la population américaine va doublant par la seule émigration.
En 1818 fut publié à Philadelphie un ouvrage sous ce litre : Annales statistiques des Etats-Unis , fondées sur des documents officiels, de 1789 à 1818, par Adam Seyberl, D. M. Dans la 2 section, qui traite de l’émigration, l’auteur déclare qu’il n’a en vue que les laits et non aucun système sur la population; après quoi il s’exprime ainsi : * On croit que la population des États-Unis a été fort augmentée par les émigrants d’Europe. Nous n'avons sur ce sujet aucun document authentique , il faut nous contenter de simples estimations. Les émigrants arrivent principalement de la Grande-Bretagne, de l’Irlande et d’Allemagne. 11 en vient peu d’autres pays. En 1794, M. Cooper estimait le nombre des émigrants de 10,000. En 1806, M. Blodget disait que, d’après les registres et les estimations les plus dignes de foi , ce nombre ne s’élevait pas annuellement au-dessus de -1,000 pendant les dix dernières années. En 1794, il y avait dans la Grande-Bretagne beaucoup de tendance à émigrer aux États-Unis, mais les actes du gouvernement britannique la continrent. — En admettant qu’en 1794, il arriva aux États-Unis 10,000 étrangers, nous ne saurions accorder qu’il en arriva un aussi grand nombre dans aucune des années précédentes ou subséquentes jusqu’à 1817. » Le docteur Scybert, après avoir fait l’exposé des faits qui fondent son opinion, arrive à cette conclusion, que < le nombre annuel de 6,000 émigrants établis aux États-Unis de 1790 à 1810 est le plus grand que l'on puisse supposer. »
Les comptes officiels publiés en Angleterre des passagers partis de ses ports pour l’Amérique donnent des résultats conformes, ou inférieurs. Mais lors même que l’on supposerait 10,000 émigrants annuels s’établissant aux États-Unis, on serait encore à une distance immense du nombre nécessaire pour expliquer le rapide progrèsde leur population.
NOTES FINALES
M. Place, en un mot, conclut de toutes ses recherches, que le ternie de vingt-cinq ans assigné parM. Malilius au doublement de la population par la seule voie de procréation, est fort éloigné d’être exagéré.
Cet auteur, au reste, n’est pas suspect de faveur pour celui qu’il défend, car, d’un côté, il déclare avoir puisé dans les précédents écrits de Godwin ses premières notions sur ce sujet et il professe pour lui beaucoup d'estime; de l’autre, il ne ménage pas M. Malthus et ne s’abstient pas de lui adresser quelques reproches. Il en fait à son style et à la forme de son ouvrage, dont ce n’est pas la peine de nous occuper. Il en fait un autre à sa doctrine politique et en particulier à son plan relatif a la loi des pauvres. Il trouve que M. Malthus a quelque faiblesse pour les riches, et il présume que c’est h ce défaut qu’il faut attribuer la violence de quelques critiques.
Nous n’avions aucune raison de dissimuler cette attaque, et nous ne nous croyons pas appelés à la repousser. Un plan sur la loi anglaise des pauvres est un objet d’un grand intérêt , mais trop particulier pour que nous devions en suivre la discussion dans tous scs détails et aller audelà de ce qu’en a dit notre auteur lui-même. Nos lecteurs , par ce simple exposé , sont à même de l’apprécier sons un point de vue général. Il en est à peu près de même du jugement à porter sur le penchant, réel ou prétendu, de l’auteur du Principe de population , à favoriser la classe des riches.
Quant à nous, l’impression que nous avons reçue de cet ouvrage est fort différente; sans nous attacher à quelques opinions de détail , susceptibles de discussion et de doute, nous croyons la théorie générale du principe de population et ses conséquences immédiates à l’abri de toute attaque sérieuse. El quel que soit le jugement qu’on en porte, il nous semble du moins qu’on ne peut s’empêcher de reconnaître dans l'auteur de cette théorie le plus sincère désir de soulager le pauvre, en remontant à la source de ses souffrances, en la lui faisant reconnaître à lui-même pour qu’il cherche a s’y soustraire , et en indiquant la cause du mal à ceux qui cherchent à le soulager, afin de donner à leur bienfaisante activité une direction vraiment utile1.
Ce sentiment domine dans tout l’ouvrage que nous avons cru devoir traduire, et fait excuser aisément quelques défauts de rédaction, nés de
1 Certains partis politiques, l'aristocratie anglaise, par exemple, ont pu invoquer la doctrine de Malthus; mais c'est en en abusant , en la tronquant. En feuilletant çà et là sans ordre , on peut croire que Y lissai sur le principe de population est un Uavail à l'usage des riches; mais si on le lit avec soin, si on l’étudie, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il a etc écrit pour les pauvres. (Jph. G.)