‹ Essai sur le principe de populationChapitre 38 sur 368 · LIVRE I. — OIAPITIIE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I. — OIAPITIIE VI

cées de regagner leurs domiciles; mais la vigueur des Germains n’en lut point abattue ; et eetle nation indomptable parut toujours prête à fournir des guerriers pour de nouvelles entreprises. La faiblesse des règnes de Decius, de Gallus, d'Emilius, de Valérien et de Gallien, ouvrit l'Empire aux Barbares. Les Goths, qui en peu d’années s'ctaient répandus, h ce qu’on croit, de la Scandinavie aux bords du Pont-Euxin , séduits par l’appât d'un tribut annuel, consentirent à retirer leurs troupes victorieuses. Mais à peine le secret de la faiblesse et de la richesse des Romains fut-il connu , que de nouveaux essaims sortis du Nord vinrent exercer leurs ravages sur les frontières de l’Empire, et portèrent la terreur jusqu’aux portes de Rome ’. Les Francs, les Allemands, les Goths, et diverses tribus moins considérables, comprises sous ces dénominations , fondirent comme un torrent, et dirigèrent leurs attaques sur divers points. Leurs brigandages et leurs rapines détruisirent les récoltes de l’année et les moyens de préparer celles de l’année suivante. Une famine longue et générale fut suivie d’une peste qui, pendant un espace de quinze années, dépeupla les villes et les provinces romaines. Si l’on peut en juger par quelques perles locales, on est fondé à croire que la moitié de l’espèce humaine fut enlevée par ces trois fléaux réunis de la guerre, de la peste et de la famine*. Cependant, des flots de Barbares continuaient par intervalles à se répandre sur ces provinces épuisées, et les vaillants successeurs des faibles princes que j’ai nommés eurent à soutenir des travaux comparables à ceux d’IIercule, pour résister au choc de ces hordes impétueuses et retarder la chute de l’Empire. En 230, et pendant les années suivantes, les Goths renouvelèrent leurs ravages par mer et par terre, avec des succès variés, et finirent par perdre presqu’en totalité leurs armées aventureuses* : ce qui n’empêcha pas qu’en l’année 269, ils ne fissent sortir de leur sein un peuple immense d’émigrants, hommes, femmes et enfants, cherchant un lieu pour s’établir4. Ce corps formidable, composé d’abord de 320,000 Barbares*, fut finalement détruit et dispersé par la prudence et la vigueur de Claude. Son successeur Aurélien arrêta et battit de nouvelles troupes du même nom, qui sortaient de l’Ukraine. B conclut avec elles une paix, dont une des conditions fut qu’il retirerait les armées romaines de la Dacie, et qu’il céderait cette grande province aux Goths et aux Vandales*. Une nouvelle invasion des Allemands menaça peu après la capitale de l’univers.

* Gibbon, Hist. île la décadence et de la chute de l'empire romain, 1. 1, chap. X p. -107 etsuiv., in-S",cdit. (le 17S5, angl.

* Ibid., p. 4 5 », 436. — 5 Ibid., p. 451. — • Ibid., t. tt, ch. XI, p. 13.

* P. 11. — 4 P. 19. Année de l'èrc, 270.

Diçitized by-CoQ;

OBSTACLES A I.A POPULATION DANS LE NORD I>E L'EUROPE. 65 Trois grandes et sanglantes batailles furent livrées par Aurélien, avant que l’Italie pilt être délivrée et ces Barbares exterminés

La fermeté d’Aurélien contraria de tous côtés les entreprises de ce genre. Après sa mort , elles semblèrent renaître avec une nouvelle fureur; mais l’activité de Produs y mit obstacle. Pour délivrer la Gaule seule des Germains qui l’avaient envahie, il lui fallut, à ce qu’on assure, immoler plus de quatre cent mille Barbares*. L’empereur victorieux, profitant de ses avantages, pénétra dans la Germanie. Les chefs de cette contrée, étonnés par sa présence, découragés et épuisés par le mauvais succès de l’émigration qu’ils avaient tentée, se soumirent à toutes les conditions que Probus voulut leur imposer*. Ce même empereur, et ensuite Dioclétien1 * * 4, adoptèrent le système de repeupler les provinces épuisées de l’Empire, en cédant des terres aux Barbares, ou prisonniers, ou fugitifs ; plaçant ainsi cette population superflue dans les lieux où elle ne pouvait nuire. Mais de semblables colonies ne furent pas suffisantes pour servir d’asile à la population excédante des peuples du Nord. La fougue des Barbares, se montrant toujours indomptée, secoua plus d’une fois le joug, et ne consentit pas toujours à se soumettre aux travaux patients de l’agriculture”. Le règne vigoureux de Dioclétien contint cependant ces peuples et les força h respecter les frontières de l’Empire. Resserrés dans leurs propres limites, les Goths, les Vandales, les Gépides, les Bourguignons et les Allemands tournèrent leur activité contre eux-mêmes, et se battirent constamment entre eux; laissant jouir les provinces romaines d’un long repos , et leur olfrant un sanglant spectacle, dont l’issue, quelle qu’elle pût être, tendait à les défaire d’un redoutable ennemi*.

Sous Constantin, les Goths recommencèrent à se faire craindre. Une longue paix avait renouvelé leurs forces, et la génération nouvelle avait perdu la mémoire des revers que l’ancienne avait essuyés”. Deux guerres successives en firent périr un grand nombre. Vaincus de toutes parts, ils se réfugièrent dans les montagnes. On estime que, dans le cours d’une seule campagne, le froid et la faim en emportèrent plus de cent mille*. Constantin suivit le plan que Probus et ses successeurs avaient adopté. 11 accorda des terres aux Barbares qui , chassés de leur

1 Gibbon, Ilisl. de la décadence et de la chute de l'empire romain, t. II, p. 30.

* Ibid., t. Il, ch. XII, p. 73.

* Ibid.,p. 79, an de J.-C. 277 .—'Ibid., ch. XIII, p. 132, an de J.-C. 296.

* Ibid., t. II, ch. XII, p. 84. — ‘Ibid., t. Il, chap. XIII, p. 130.

’ Ibid., ch. XIV, p. 234, ail de J.-C. 522.

* Ibid., t. III, eh. XVIII, p. 123, an de J.-C. 332.

Page 1