LIVRE I. — CHAPITRE VI
propre pays, vinrent en suppliants lui en demander. Vers la Gn de son règne, il en Gt assigner, dans les provinces de Pannonie, deThrace, de Macédoine et d’Italie , autant qu'il en fallait pour la demeure et la subsistance d’un corps de trois cent mille Sarmates'.
De nouveaux essaims de Francs et d’Allemands vinrent exercer la valeur de Julien. Ces peuples avaient proüté des guerres civiles qui troublèrent le règne de Constantin , et étaient sortis des forêts de la Germanie pour se répandre dans la Gaule, où leurs dévastations s’étendirent beaucoup plus loin que leurs conquêtes*. Détruits ou repoussés partout, ils furent poursuivis, dans le cours de cinq expéditions successives, jusques dans leur patrie1. Julien n’eut qu’à se présenter pour vaincre. Et dans la Germanie, au sein de cette ruche, dont les nombreux essaims étaient depuis si longtemps la terreur de l’univers, les plus grands obstacles qu’il rencontra furent des routes impraticables et de vastes forêts désertes *.
Quoiqu’ainsi subjuguée et abattue par les armes victorieuses de Julien, cette hydre, en peu d’années, montra de nouvelles têtes. Il ne fallut pas moins que le génie de Valentinien , son courage et sa vigilance, pour protéger les peuples soumis à sa domination, contre les diverses irruptions des Allemands, des Bourguignons, des Saxons, des Gotlis, des Quades et des Sarmates*.
Enfin le sort de Rome fut décidé par une irrésistible émigration des Huns , venant de l’Est et du Nord , qui précipita sur l’Empire la masse entière des Goths*. Ce poids énorme, pressant les nations de la Germanie, les engagea, à ce qu’il semble, à céder leurs forêts et leurs terres marécageuses aux fugitifs deSarmatie, ou du moins à répandre leur population excédante sur les provinces romaines’. Quatre cent mille émigrants sortirent de ces mêmes côtes de la Baltique , qui , au temps de la république , avaient fourni les innombrables armées de Cimbres et de Teutons, auxquelles elle eut peine à résister*. Lorsque la guerre et la famine eurent détruit cette troupe entreprenante, d'autres lui succédèrent. Les Suèves, les Vandales, les Alains, les Bourguignons, passèrent le Rhin sans retour*, l^es premiers conquérants furent chas-
1 Cibbon, ibid., p. 127. — * Ibid., ch. XIX, p. 21», an de J.-C. 336. 1 Ibid., p. 228, et t. IV, eh. XXII, p. 17 de l'an de .l.-C. 537 à 339.
* Ibid., t. IV, ch. XXII, p. 17, clt. III, chap. XIX, p. 229.
* Ibid., t. IV, ch. XXV, de l’an de J.-C. 564 à 373.
* Ibid., t. IV, ch. XXVI, p. 582 et suiv., an de J.-C. 376.
1 Ibid., t. V, ch. XXX, p. 213.
* Ibid., p. 214, au de J.-C. 406. — * Ibid., p. 224.
OBSTACLES A LA POPULATION DANS LE NORD DE L’EUROPE. 63 sés ou exterminés par ceux qui vinrent après eux. Des nuées de lîarbares parurent s’amasser dans toute la partie septentrionale de notre hémisphère. Portant avec elles les ténèbres et l’épouvante, elles se répandirent sous le beau ciel de l’Italie , et plongèrent tout l’Occident dans la plus profonde obscurité.
Deux siècles après que les Goths eurent passé le Danube, des Barbares de noms divers avaient pris et pillé la Tlirace , la Pannonie , la Gaule, la Bretagne, l’Espagne, l’Afrique et l’Italie '. Les plus horribles dévastations et une incroyable destruction de l’espèce humaine accompagnèrent ces rapides conquêtes. La famine et la peste , qui marchent toujours à la suite de ces guerres furieuses, dévastèrent l’Europe entière. Les historiens du temps, témoins de ces scènes de désolation, ne trouvent point d’expressions pour les décrire. Mais à défaut du langage, les faits, et les changements survenus dans celte partie du monde, peuvent nous en donner une idée’. Tant de tragiques évènements , ces maux si longs et si profondément sentis, dans les plus beaux pays de la terre, tous ces bouleversements, tous ces grands elfels qui nous frappent et qui étonnent l’imagination, peuvent être rapportés à une cause fort simple, la supériorité du principe de population sur les moyens de subsistance.
Machiavel, au commencement de son Histoire de Florence, s'exprime ainsi : a Les peuples qui habitent les parties septentrionales entre le Rhin et le Danube, vivant dans un climat sain et favorable à la multiplication de l’espèce, s’accroissent souvent au point de forcer des troupes nombreuses à sortir de leur sein et à quitter leur pays natal, pour chercher de nouvelles habitations. Lorsqu’une de ces provinces est devenue trop peuplée, et tend à se soulager du fardeau qui la presse, voici la manière dont la chose s’exécute. On commence par diviser toute la nation en trois parties , entre lesquelles on répartit également la noblesse et le peuple, les pauvres et les riches. Ensuite ils tirent au sort, et la portion à qui le lot est échu sort du pays et va chercher fortune , laissant les deux autres plus à l’aise et en liberté de vivre commodément chez eux. Ce furent ces migrations qui causèrent la chute de l’empire romain’. » Gibbon pense que Machiavel a représenté ces migrations comme plus régulièrement concertées qu’elles ne l’étaient réellement*; mais il me
1 Robcrston, Histoire de Charles-Quint , t. I, sect. I, p. 7, iu-8°, 1783, angt.
* Ibid., p. 10, il, 13.
* Islorie Florentine Machiavelli , lit. I, p. 1, 3.
4 Gibboa, t. !, eh. IX, p. 5HO,aot«. Paul Diacre, de qui l'on suppose que Machiavel