‹ Essai sur le principe de populationChapitre 40 sur 368 · S U VUE I. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

S U VUE I. — CHAPITRE VI

parait probable que cette description est assez tidèle : et je présume que c’était en conséquence de ces dispositions prévues, que les Germains avaient défendu, par une loi expresse, dont César et Tacite font mention, que les terres cultivées fussent possédées plus d’un an par les mêmes propriétaires1. Les motifs de cette loi qu’allègue César semblent insuffisants', mais si on y ajoute celui dont je parle, c’est-à-dire, la perspective d’une émigration ordonnée selon les formes décrites par Machiavel, la loi sera pleinement justifiée, et l’une des raisons données par César acquerra une nouvelle force. Cette raison est la crainte qu’avaient ces peuples, que quelques-uns d’entr’eux, en vivant longtemps sur le même sol , ne Unissent par échanger les travaux de la guerre contre ceux de l’agriculture».

Gibbon, d'accord en cela avec, llume et Robertson, rejette avec raison la supposition, si peu probable, que les habitants du nord de l’Europe fussent autrefois beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui5 : mais il se croit obligé en même temps de nier la forte tendance à s’accroître chez ces nations septentrionales', comment ces deux faits étaient nécessairement liés. Cependant il conviendrait de distinguer toujours soigneusement une population excédante d’une population très grande. Les montagnes d’Écosse ne sont probablement pas moins surchargées d’un excès de population, que ne peut l’être toute autre partie de la Grande- Bretagne. Ce serait sans doute une absurdité palpable de soutenir que le nord de l’Europe, couvert, comme il l’était autrefois, d’immenses forêts, habité par une race de bergers qui vivaient principalement du

a emprunté cette description, s'exprime ainsi :'« Scptenlrionalis plaga quant» magis ab œslu solis remota est , et nivati frigorr gelida , tanlo salubrior corporibus liominum et propagandes gnilibus magis coaptata. Sicut e contrario omnis meridiana regio, quo solis est fervori vicinior , eo morbis est abundatior et edu-

candis minus apla morlalibus àlultaque quoque ex ea,eo quod tardas morta-

lium lurmas germinal , quanlas alere vix suflicit, sape gentes egressœ sunl, qua non sotum partes Asiee, sed etiam maxime sibi conliguam Europam afftixere . » ( De gestis Ijongobardorum , liv . I, ch. I.)

« Jntra liane ergo constitua popu/i , dura in tantum muttitudinem pullulassent , ut jam simul hahitare non ratèrent y in 1res {ut fertur) partes omnrrh calcrvam dividenles , quart a m ex illis patriam esset relictura , ut nnvas sedrs exquirerent , sorte disquirunl. lgilur ea part , eu» sors dederil génitale solum excedere , exterraquearra seelari, constilutis supra seduobus ducibus , Hui re scilicet etAgionr , qui etgermani errant etjuvenili œtaie floridi , cetcrisque prastantiores, ad exquirendas quas possint incolcre terras , sedes slaluerc, ralcdtccnles suis simul et palriœ , iter arripiunl.» (cap. It.)

' De bello Gallico , VI, 22. De Moribus Gcrmanorum, sect. XXVI.

5 De belloGallico, VI, 22. — * Gibbon, t. !, ch. IX, p. 56t. — 4 Ibid., p. MS.

OBSTACLES A LA POPULATION DANS LE NORD DE L’EUROPE. f,7

produit de leurs troupeaux fût alors plus peuplé cju’il ne l’est dans l’état auquel il est parvenu aujourd’hui. Toutefois, les faits exposés en détail dans l’ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, la simple esquisse même que j’en ai tracée, nous forcent il reconnaître chez ces peuples la tendance la plus manifeste h s’accroitre, et une grande facilité h réparer les pertes qu’éprouvait leur population.

Depuis la première irruption des Cimbres, jusqu’à la ruine finale de l’empire d’Occident, les efforts des nations germaines pour fonder des colonies, et pour exercer le pillage autour d’elles, ne furent jamais suspendus*. Le nombre de ceux qui, pendant cette période, périrent par la guerre et par la famine, est presque incalculable, et tel, qu’il n'est pas possible de concevoir qu’une nation faiblement peuplée ait supporté de telles pertes, à moins qu’un pouvoir supérieur n’ait pu les réparer.

Gibbon décrit les travaux de Valentinien , pour assurer contre les Germains la frontière des Gaules. Les Germains, dit-il, étaient un ennemi dont les forces se renouvelaient constamment par un torrent d’intrépides volontaires , qui descendait des régions les plus reculées du Nord*. One facile adoption des étrangers était probablement, ajoutet-il, la méthode employée par quelques nations de la Germanie pour se recruter si promptement après de sanglantes défaites*. Mais cette, explication ne fait que reculer la difficulté. Elle place la terre sur une tortue, sans nous apprendre sur quoi la tortue repose. Nous pouvons toujours demander quel était cet intarissable réservoir du Nord, d’où sortait sans cesse un torrent d’intrépides guerriers? Je ne pense pas qu’on puisse admettre la solution que Montesquieu a donnée de ce grand problème. « Ces essaims de Barbares, dit-il, qui sortirent autrefois du Nord, ne paraissent plus aujourd’hui. • Voici la raison qu’il en donne : « Les violences des Domains avaient fait retirer les peuples du Midi au Nord : tandis que la force qui les contenait subsista, ils y restèrent; quand elle fut affaiblie, ils se répandirent de toutes paris.

« La même chose arriva quelques siècles après. Les conquêtes de Charlemagne et ses tyrannies avaient une seconde fois fait reculer les peuples du Midi au Nord : sitôt que cet empire fut affaibli, ils se por-

1 Tacitu», De Mvnljus Grrmanorurn, S. V. Catar , De bello Galiico, VI, £2. •César trouva dans la Gaule une colonie formidable, dont le chef était Arioviste; il y remarqua aussi une crainte, généralement répandue, de voir en peu d'années tous les Germains passer le Rhin. De bello Galt. J, 31. (Sole de l'auteur.)

1 Gibbon, G IV, ch. XXV, p. 2S5. — * Ibid., note.

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