‹ Essai sur le principe de populationChapitre 43 sur 368 · LIVRE i. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE i. — CHAPITRE VI

ne s’abstint de se marier par la crainte de ne pouvoir suffire aux besoins d’une famille. Il en est tout autrement sans doute chez les Scandinaves modernes : cette crainte, juste et bien fondée, y est, comme ailleurs, un continuel obstacle ü la fréquence des mariages. C’est particulièrement le cas où se trouve la Norwège , comme j’aurai occasion de le faire remarquer ailleurs. Mais partout en Europe, cette cause se montre très active. Heureusement, l'état plus tranquille du monde moderne n’exige pas que les générations se succèdent plus rapidement.

Mallet, dans l’excellent précis de l’histoire des peuples du Nord, qu’il a mis en tête de son Histoire du Danemarck , observe que rien ne prouve que leurs émigrations fussent causées par le manque de place dans leur propre pays'. Et à l’appui de cette remarque, il dit, entr’autres, qu’après de grandes émigrations, le pays restait souvent tout-hlait désert et longtemps inhabité*. Cela a pu sans doute arriver; mais je suis [torté à croire que ce n’a été que dans quelques cas rares. L’esprit d’entreprise et d’émigration a pu faire sortir tout un peuple de son pays, pour en chercher un meilleur. En ce cas, sans doute, il a dû laisser un territoire vacant , qui, pendant quelque temps, sera demeuré privé d'habitants. Et si le sol ou la situation avait quelque désavantage, ce qu’une telle résolution semblerait indiquer, on comprend encore que les tribus qui l’entouraient auront pu préférer de conquérir ailleurs de nouvelles terres h la pointe de l’épée, plutôt que de s’emparer de ces terrains abandonnés. Cela parait assez conforme au génie des peuples barbares. Ces émigrations totales prouvent que la société ne voulait pas se diviser. Elles ne prouvent point qu’elle ne se trouvât pas h l'étroit et dans la disette.

L'autre raison que donne Mallet, est qu’en Saxe, aussi bien qu’en Scandinavie, de vastes étendues de terres sont restées incultes et dans leur état primitif, sans avoir été jamais dépouillées ni défrichées ; cl que par les descriptions qui nous sont parvenues de l’état du Danemarck dans ces temps anciens, il parait que les côtes seules étaient peuplées, tandis que l’intérieur n’était qu’une vaste forêt*. II est évident qu’ici cet historien tombe dans l’erreur commune ; et qu’il confond un superflu de population avec une grande population*. Les mœurs

’ Hisl. du Danemarck, t. I, ch. IX. — 1 Ibid., p. 303, 206. — * Ibid., p. 207. * La distinction que .Maillais fait ici, efitrc une grande population et le superflu d'une population, est toujours méconnue. On repond aux craintes que peut inspirer l'excès de population , que le territoire des divers Etats , et, par suite, que le globe est loin d'étre encombre d’habitants , et on oublie que pour se déplacer

Page 1