LIVRE I. — CHAPITRE VI
ait'iit été causées par le défaut de place et de nourriture. Mallet rapporte, à ce qu'il parait, sur de bonnes autorités, que c'était chez ces peuples un usage reçu de tenir, tous les printemps , une assemblée, pour décider de quel côté on irait faire la guerre ’. Un peuple si passionné pour les combats, et à qui le droit du plus fort semblait un droit divin, ne pouvait manquer de trouver des occasions de se satisfaire. Outre ce goût pur et désintéressé pour la guerre et pour les entreprises, leurs dissensions intestines, l’inlluence d’un ennemi supérieur, le désir d’un climat plus doux, et quelques autres causes encore ont pu produire des migrations. Mais en considérant la chose sous un point de vue général , je ne puis m’empêcher de reconnaître, dans la période de l'histoire que nous venons de parcourir, un exemple très propre à jeter du jour sur le principe de population. Ce principe me parait avoir donné la première impulsion, avoir fourni des ressources, et suggéré des prétextes à ces irruptions et à ces émigrations, qui amenèrent la chute de l’empire romain , et à celles qui , sortant des régions mal peuplées de la N'orwège et du Dauemarck, ravagèrent pendant deux siècles la plus grande partie de l’Europe. Si l’on se refuse à supposer chez ces peuples une tendance à s’accroître presqu’égale à celle qu’on a observée en Amérique, je ne vois aucun moyen d'expliquer ces faits’. En accordant au contraire cette supposition, on ne peut être embarrasse1 pour indiquer les obstacles qui ont arrêté chez eux les progrès de la population. 11 sullît pour cela de lire les détails révoltants de leurs éternelles guerres, et d’arrêter un instant sa pensée sur la facilité avec laquelle la vie était prodiguée dans ces âges de barbarie.
D’autres causes agirent sans doute , mais nous pouvons prononcer hardiment que, chez les peuples pasteurs du nord de l’Europe, la guerre et la famine furent les principaux obstacles qui maintinrent la population au niveau de leurs faibles moyens de subsistance.
1 Ilist. de Dnnnnarck, cil. IX, |i. SUS.
1 Gibbon, Robertson cl .Mallet semblent tous parler de l'expression de Jornandés ( vagina nalionum 1, comme étant incorrecte et exagérée, mais elle me parait exactement applicable, quoique son antre expression ( offmna gcnlium ) ou du moins la traduction (le magasin Istorebouse] des nations) ne soit peut-être pas tonl-â-fait exacte '.
* Ex bac igitur Scania iiisula, quasi o/pcina gcnlium, nul rerie relui ragina nalionum, egressi, etc. » Jornandés, De rebus Gelicis, p. 83. { Xolede Couleur.)
' ogicina gcnlium traduit par fabrique des nations, paraîtrait plus exart, et répondrait mieux i l'expression que Jornandés emploie comme étant presque de même seos. (Vote des traducteurs.)
ogicina se traduit quelquefois par oriente, qui n'est pis dans le dictionnaire de l'Académie; il vent dire atelier, boutique, et mieux laboratoire, surtout dans l'acception de Jornandés. Quant au vagina nalionum de ret historien, r'eal un mot inexact. (Jph. G.)