OBSTACLES A LA POPULAT. CHEZ LES PEUPLES PASTEURS ACTUELS
CHAPITRE VII. — DES OBSTACLES QUI S'OIM'OSEXT A LA POPIII.ATIOS CHEZ LES PEUPLES PASTEURS ACTUELS.
Comme les diverses tribus des peuples pasteurs d’Asie sont dans l’usage de vivre sous des tentes ou buttes mobiles, et non dans des habitations fixées sur le sol, elles sont encore moins attachées aux lieux qu’elles occupent que ne l’étaient les anciens bergers du nord de l’Europe. C’est le camp et non le sol qui est la patrie du Tartare. Quand le fourrage d’un district est consommé, la tribu dirige sa marche vers d’autres pâturages, l'in été, elle s’avance vers le Nord ; en hiver, elle revient au Sud. Ainsi, au milieu de la plus profonde paix, elle acquiert la pratique et la connaissance familière de l’une des opérations les plus difficiles de la guerre. I)e telles habitudes tendent fortement à répandre, chez ces peuples nomades, l’esprit de conquête et d’émigration. La soif du butin, la crainte d’un voisin puissant, ou l’inconvénient d'habiter des pâturages médiocres, ont suffi de tout temps pour engager les hordes Scythes â s’avancer hardiment dans des régions inconnues, dans l’espérance d’y trouver une subsistance plus abondante ou de moins formidables ennemis
Dans toutes ces invasions des Scythes, surtout lorsqu'elles ont été dirigées contre les empires civilisés du Midi, ces peuples pasteurs ont été constamment animés d’un instinct féroce et destructif. Quand les Mogols eurent subjugué les provinces septentrionales de la Chine, il fut mis en délibération dans leur conseil, d’exterminer tous les habitants de cette contrée populeuse, afin de convertir le pays en pâturages pour leur bétail. La fermeté d’un mandarin chinois prévint l’exécution de cette, funeste mesure’. Mais la simple proposition qui en fut faite montre d’une manière frappante, non-seulement l'inhumanité de ces peuples dans l’abus du droit de conquête, mais la force de l’habitude à laquelle ces bergers sont assujétis , et l’extrême difficulté qui en résulte pour eux de passer de la vie pastorale à la vie agricole.
Il serait beaucoup trop long de suivre, même d’une manière rapide, leurs émigrations et leurs conquêtes en Asie, le prompt accroissement de certaines tribus et l’extinction totale de quelques autres. Au temps des formidables irruptions des Huns, de l’invasion si étendue des Mogols, des sanglantes conquêtes de Tamerlan et d’Aurengzeb, et de la dissolution de leurs empires, les causes qui diminuèrent la population ne sont que trop faciles à apercevoir. En lisant l’histoire de ces dévas-
1 Gibbon, t. IV, ch. XXVI, 'p. 548. — * Ibid., t. VI, rb. XXXIV, p. 54.