‹ Essai sur le principe de populationChapitre 50 sur 368 · LIVRE I. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VII

l.'usage de la polygaoiic a peut-être le même effet dans les pays où la guerre fait périr un grand nombre d’hommes. Niebuhr observe, que la polygamie multiplie les familles au point que plusieurs brandies tombent dans la plus affreuse misère'. On trouve dans tout l'Orient, en très grand nombre, les descendants de Mahomet ; et la plupart réduits à une pauvreté extrême. Tout mahomélan est invité b la polygamie par un principe d’obéissance au prophète, qui fait un devoir de procréer des enfants pour glorifier le Créateur. Heureusement l’intérêt particulier corrige en ce cas , comme en d’autres , l’absurdité du précepte; et l’Arabe apprend malgré lui à proportionner l’exactitude de son obéissance a la faiblesse de scs ressources. Il n’en est pas moins vrai qu’il est excité, par des encouragements directs, à accroître la population : et si quelque chose peut faire sentir combien de tels encouragements sont nuisibles, c’est l’état actuel de ces peuples. On convient généralement qu’ils ne sont pas plus nombreux qu’autrefois, d’où l’on peut conclure avec assurance , que l’accroissement considérable survenu à quelques familles a produit l’extinction des autres. Gibbon remarque, à propos de l’Arabie, « que la mesure de la population est déterminée par celle des moyens de subsistance ; et que le nombre des habitants de toute cette vaste presqu’île peut bien être inférieur à celui des habitants d’une seule province fertile cl industrieuse *. » Quels que soient les encouragements par lesquels on porte les hommes au mariage, il est impossible de passer jamais cette mesure de la population. Tant que les Arabes ne changeront point leurs coutumes, et que le pays qu’ils habitent restera au même point de culture auquel il est parvenu , c’est en vain qu’on promettrait le Paradis à tout homme qui aurait dix enfants : la population croîtrait fort peu par ce moyen ; mais la misère et le malheur général seraient fort aggravés. Les encouragements directs donnés à la population ne peuvent nullement changer les mœurs de ces peuples ni contribuer à améliorer la culture de leurs terres. Ils auraient plutôt une tendance toute contraire. Car en augmentant la pauvreté, ils doivent augmenter aussi l’inquiétude, favoriser le goût de la maraude1 * 3 et multiplier les causes de guerre.

Parmi les Tartarcs, qui vivent sur un sol plus fertile et sont plus riches

1 Voy. de Niebuhr , t. Il, ch. V, p. 307, angl.

’ Il est remarquable, qu'une vérité si importante, établie ou reconnue par tant d’écrivains, ait été si rarement envisagée dans scs conséquences. Les peuples ne périssent pas habituellement par la famine. Comment donc la population se rcglct-clle sur les moyens de subsistance ? (.Voie de l'auteur.)

* « Aussi arrive-t-il chaque jour des accidents, des enlèvements de bestiaux; et

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