‹ Essai sur le principe de populationChapitre 52 sur 368 · LIVRE I. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VII

sonnes; ils ne craignent nullement d’avouer leurs contraventions a cette loi. Ils s’en vantent, au contraire, comme d’une honorable entreprise. Tantôt ils passent la frontière seuls pour tenter fortune , tantôt ils se réunissent en troupes sous la conduite d’un chef et pillent des caravanes entières. Il périt beaucoup de Kirgbiz dans ces expéditions, et un granil nombre sont réduits en esclavage; mais c’est ce dont la nation se met peu en peine. Les particuliers qui exercent ces rapines pour leur propre compte , jouissent des fruits de leurs brigandages, et gardent en pure propriété les femmes et les bestiaux qu’ils ont pris. Quant aux esclaves mâles et aux marchandises, ils les vendent aux riches ou aux marchands étrangers '.

De telles coutumes, jointes à de fréquentes guerres, qu’attire à cette tribu son humeur légère et turbulente’, doivent donner tant d’influence aux causes violentes par lesquelles la population est détruite, qu’on peut aisément concevoir qu’elles rendent les autres inactives. Il peut bien arriver que la famine naisse quelquefois de leurs guerres de dévastation1 ou de leurs incursions fatigantes, ou des longues sécheresses et de la mortalité du bétail. Mais dans les temps ordinaires , l’approche de la pauvreté est le signal d'une expédition de pillage; et le Kirghiz qui l’entreprend en revient bien pourvu , ou il y perd la liberté ou la vie. Celui qui a résolu de vivre riche ou de mourir, et qui est indifférent sur les moyens, ne peut vivre longtemps pauvre.

I.es Kalmouks, qui, avant leur émigration de 1771 , habitaient les fertiles steppes du Volga, sous la protection de la Russie, menaient un genre de vie différent. Ils avaient rarement de sanglantes guerres*; le pouvoir du Khan était absolu1, et l’administration plus régulière que chez les Kirghiz; en sorte que les maraudeurs particuliers étaient eflicacement contenus. les femmes kalmoukes sont très fécondes. Les mariages stériles sont rares, et on voit communément trois ou quatre enfants jouant devant chaque hutte. De là, dit Pallas, on peut naturellement conclure qu’ils doivent avoir beaucoup multiplié pendant les cent cinquante ans qu'ils ont habité au sein de la tranquillité les steppes

• Découverte des Russes, t. lit, 396, 397, 598. — 1 Ibid., p. 378.

* "Cette multitude dévaste tout ce qui se trouve sur son passage; ils emmènent avec eux tout le liètail qu'ils ne consomment pas , cl réduisent à l’esclavage les femmes, les enfants et les hommes qu'ils n’ont pas massacrés. » (76irf., p. 59u.)

1 Déco ut), des Russes, t. III, p. *221. Cette tribu est décrite ici sous le nom de ’orgols, qui est leur véritable nom, Les Russes les appellent du nom plus général de Kalmouks.

“ Ibid., p. 327.

OBSTACLES A LA POPULAT. CHEZ LES PEUPLES PASTEURS ACTUELS. SS «lu Volga. Les raisons qui lui paraissent les avoir empêchés de s’accroître autant qu’on aurait pu s’y attendre, sont les accidents occasionnés par leurs chutes fréquentes de cheval, les petites guerres que leurs princes ont entr'eux et avec leurs voisins, mais surtout le grand nombre de ceux qui, dans les classes inférieures, meurent de faim, de misère, de maux de tout genre, dont les enfants sont toujours les premières victimes'.

Lorsque cette tribu vint se mettre sous la protection de la Russie, il parait qu’elle s'était séparée des Soongares , et qu’elle était alors très peu nombreuse. La possession des fertiles steppes du Volga, et une vie plus tranquille que celle qu’elle pvait menée jusque-là, l’accrurent en peu de temps, tellement qu’en 1(562 elle comptait cinquante mille familles*. Depuis cette époque jusqu’à 1771 , année de sa migration, il parait que la population de cette tribu a crû fort lentement. Il est probable que l’étendue de leurs pâturages ne permettait pas à ces Tartares d’élever leur population fort au-dessus de la limite qu’ils avaient atteinte ; car quand ils les quittèrent, l'irritation du Kban contre la Russie lut secondée par le mécontentement du peuple, qui se plaignait de manquer de pâturages pour ses nombreux troupeaux. A celle époque, la tribu était cotnposée de cinquante-cinq ou soixante mille familles. Le sort qu’elle éprouva dans sa migration est celui qu’ont du éprouver souvent les tribus errantes, qui, par une cause ou par une autre, ont cherché un nouveau séjour. C'est en hiver qu’elle se mil en marche. Mlle perdit beaucoup de monde par le froid , la faim , les maux de tout genre. Un grand nombre de ceux qui la composaient furent pris ou 'tués par les Kirghiz. Ceux qui purent parvenir au lieu de leur destination lurent d’abord reçus amicalement par les Chinois , mais traités cusuile * par eux avec la plus grande dureté*.

Avant cette émigration, les bassesclasses parmi les Kalmouks vivaient dans la misère. Elles étaient habituellement réduites à faire usage de toutes les espèces d’animaux, de plantes et de racines, qui pouvaient leur fournir quelque aliment *. Il était rare que ces hommes pauvres

' Dêcnuv. des Russes, p. 519, MO, 5*21.

1 Dccouv. des Russes , t. III , p 221 , Tooke's View of lhe Rus*ian empire , vol. II, b. Il, p. 50. Un autre exemple de rapide accroissement est celui d'une colonie de Raltnmiks baptisés, qui ont reçu de la Russie un district fertile pour s’y -établir. De K, 695 qu’ils étaient en 1754, leur nombre en 1771 s’était accru jusqua 14,000, Tooke's View of lhe R. emp vol. Il, b. Il, p. 52, 55. (Noie de Tauleur.)

5 Tooke's View of lhe Russ. emp., t. Il, b. Il, p. 29, 50, 51. Dccouv des Russes , t. III, p. 521. — * Jiiid., p. 275, 27G.

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