LIVRE I. — CHAPITRE VIII
femmes y sont utiles pour soigner le ménage et les troupeaux , il n’est pas probable que la crainte de manquer des moyens de faire subsister une famille y arrête souvent les mariages Mais comme l’usage est d’aelieter les femmes à leurs parents, les pauvres doivent se trouver quelquefois hors d’état d’en acquérir. Le moine Rubruquis dit, en parlant de cette coutume, que, comme les parents gardent leurs filles jusqu'à ce qu’ils puissent les vendre, celles-ci se marient souvent fort tard’. Chez les Tarlares mabométans, les captives remplacent les femmes*. Mais parmi les païens, qui ont peu d’esclaves, la difficulté d’acheter des femmes doit diminuer le nombre des mariages pour les classes pauvres, d’autant plus que le prix en est maintenu haut par la polygamie des riches *.
On dit que les Kalmouks connaissent peu la jalousie"; et le nombre de ceux qui parmi eux sont attaqués de maladies vénériennes*, doit faire présumer qu'ils ne sont pas exempts de libertinage.
On peut, il ce qu'il semble , inférer de ce qui a été dit dans ce chapitre sur les peuples pasteurs qui en sont l’objet, que les principaux obstacles qui contiennent parmi eux la population au niveau des moyens de subsistance, sont la contrainte que leur impose la difficulté d’acheter une femme, les vices du libertinage, les épidémies, les guerres, la famine, et les maladies qu’engendre la misère. Les trois premiers obstacles et le dernier paraissent avoir agi avec beaucoup moins de force chez les anciens bergers du nord de l’Europe.
CHAPITRE VIII. — des obstacles ql'éfrouve la populatior es diverses contrées
DE L’AERIQUE.
Mungo-Park nous représente les parties de l’Afrique qu’il a visitées comme mal cultivées et mal peuplées. Ce voyageur a trouvé de vastes et beaux déserts entièrement inhabités. En général, les frontières des différents États qu’il a parcourus, étaient ou faiblement peuplées ou entièrement désertes. Les rives marécageuses de la Gambie, du Sénégal,
1 Histoire générale des Tari., t. Il, p. 017.
* Foy. de G. Rubruquis en d253. narris’s Coll., b. I, ch. Il, p. 861.
* Décour, des Russes , t. III, p. 413.
* l’atlas remarque que chez les Kalmouks les femmes sont rares, ou que tes hommes surabondent, quoique eeux-ci. par leur genre de vie, soient exposés à bien plu* d'accidents. Décour. des\Russes , I. lit, p. 320. (Sole de l'auteur.',
‘ Ibid ., p. 233. — “ Ibid., p. 524.
OBSTACLES A LA POPULATION EN AKIllQUE. S»
et (le quelques autres rivières, près de la mer, paraissent abandonnées h cause de leur insalubrité'. Mais il n’en est pas de même de quelques autres parties du pays. En voyant l’admirable fertilité qui y règne, les nombreux troupeaux qui les couvrent, et qu’on pourrait employer également au travail et it la nourriture; en songeant à la facilité d y multiplier les moyens de communication par la navigation intérieure, ou ne peut s’empêcher de gémir, dit M. l'ark , de voir en même temps que tous ces riches présents de la nature demeurent sans emploi, et que l’homme n’a point profité de l’abondance que lui offre cette terre inculte et sauvage’.
Il n’est pas difficile d’indiquer les causes de cette espèce d abandon et d’insouciance. On les trouve dans les habitudes, communes aux nations nègres, que la description de Park nous fait connaître. Dans un pays divisé en une multitude de petits États, presque tous indépendants, et tous jaloux les uns des autres, il est facile de comprendre, remarque ce voyageur, que les guerres naissent souvent des plus frivoles prétextes ou des offenses les plus légères. On distingue en Afrique deux espèces de guerres, l’une appelée killi , qui est une guerre ouverte et avouée , et l’autre tégria , qui consiste dans le vol et le pillage. Cette dernière espèce de guerre est très commune, surtout au commencement de la saison sèche, lorsque les travaux de la moisson sont achevés, cl que les provisions sont abondantes. Ces expéditions, faites eu vue du pillage, produisent toujours de promptes représailles*.
Ces pillages fréquents, et l’incertitude de la propriété, qui en est la suite, ont sur le travail et l’industrie l’effet le plus funeste. La solitude qui règne aux frontières des provinces en est la preuve. D’ailleurs le climat n'invite pas à l’activité. Enfin, il n’y a pas beaucoup de moyens de tirer parti du surplus du produit. Il n’y a donc pas lieu d’être surpris, si ces nations se contentent de cultiver autant de terrain qu’il leur en faut pour vivre*. Ces causes semblent suffisantes pour expliquer l’état inculte des terres d’Afrique.
Dans ces guerres continuelles, et dans ces incursions destinées an pillage, il doit périr un grand nombre d’hommes. Indépendamment de ces moyens violents de destruction, l’ark pense, comme Huffon, que la longévité est rare chez les nègres. A quarante ans, dit-il, la plupart ont les cheveux blancs et le visage couvert de rides. Très peu passent
1 M. Park, Toj. dan t l'intérieur de l'Afrique, ch. XX, p. 2SI, in-<“; anyl. ’ Ibid., ch. XXIII, p. 312. — 3 Ibid., ch. XXII, p. 291 et suiv.
• Ibid., «11. XXI, p. 280.