‹ Essai sur le principe de populationChapitre 55 sur 368 · SM · texte numérisé non relu

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l'âge de cinquante-cinq ou soixante ans'. Buffon attribue la brièveté de la vie chez ces peuples , à l’abus des plaisirs de l’amour’. Peut-être y a-t-ii quelque exagération dans ce qu'il dit à cet égard : mais en n’attribuant à cette cause qu’une juste influence, il semble qu’on ne peut s’empêcher de reconnaître que les habitants des climats chauds, arrivant plus tôt à l’époque de la maturité, doivent aussi probablement arriver plus tôt à celle de la mort.

Selon Buffon, les négresses sont singulièrement fécondes. Mais Park nous apprend que leur usage est d’allaiter leurs enfants deux ou trois ans; et comme pendant ce temps-là leurs maris se séparent d’elles et lie vivent plus qu’avec leurs autres femmes, il arrive que la famille de chacune d'elles est |>eu nombreuse4. La polygamie est établie généralement chez les nations nègres’. Ln conséquence, à moins qu’on ne suppose une population en femmes qui excède beaucoup la proportion naturelle , il faut que plusieurs hommes ne se marient point. Ce sont probablement les esclaves qui se voient forcés de vivre dans le célibat; et leur nombre, selon Park, est triple de celui des hommes libres “. Il n’est pas permis à un maitre de vendre les esclaves qu’il emploie au service de sa maison, ni ceux qui y sont nés, à moins qu’il n’y soit contraint par le besoin, c’est-à-dire pour se nourrir lui et sa famille. Il y a donc lieu de croire qu’il tâchera d’empêcher que leur nombre ne s’accroisse au-delà de ce qu’il en peut employer. Les esclaves achetés et les prisonniers de guerre sont entièrement à la disposition de leurs maîtres*, qui les traitent souvent avec la dernière dureté. Il est naturel d’en conclure que si , par une suite de la polygamie, les hommes libres manquent de femmes, ils ne se feront aucun scrupule de s’emparer de celles de leurs esclaves. Sans doute, le nombre des femmes qui vivent

' Totj. dam l'inlér. de l'Afrique , ch. XXI, p. 2S^.

a ' L’usage prématuré des femmes est peut-être la cause de la brièveté de leur vie; les enfants sont si débauchés, et si peu contraints par leurs pères et mères, «pie dès leur plus tendre jeunesse ilsse livrent à tout ce «pie la nature leur suggère. Bien n’est si rare «pie de trouver dans ce peuple quelque fille «pii puisse se souvenir «lu temps auquel elle a cessé d’ètre vierge.» Ilitloire naturelle de l'homme , t. VI, p. 233, 3e édition, in-12, 31 vol. [fiole de V auteur.)

5 Park, Voy. d'Afrique , ch. XX, p. 263. Comme les faits rapportés par M. Park, et ceux sur lesquels Buffon se fonde, sont probablement relalifs ailes nations «lifferrntes, et certainement à «liiférentcs époques, on ne pou! inférer l'inexactitude des uns ni des aulres de leur défaut «le concordance : mais en tout ce que Park a vu et observé, il parait avoir droit à plus de confiance «pi'aunin «les voyageurs qui t'ont précédé, (fiole de l’auteur.)

' Park, ch. XX. p. 287. — ‘ Ibiil., ch. XXII, p. 237. — • //«'«/., ch XXII, p. 28f.

dans le célibat doit être très petit, mais les circonstances ne semblent pas permettre que l’accroissement de la population soit fort grand , en proportion du nombre des mariages.

De tout temps, l’Afrique a été le principal marché d'esclaves. I.es demandes faites à la population de cette partie du monde par cette espèce de commerce ont été grandes et non interrompues, surtout depuis que les esclaves africains ont été introduits dans les colonies européennes. Cependant, comme l’observe Franklin, il est difficile d'apercevoir le vide produit par cette exportation de nègres, dont, pendant plus d’un siècle, on n’a cessé de couvrir le sol de l’Amérique1. En effet, malgré celte constante émigration, malgré les pertes causées par les guerres perpétuelles; enfin, malgré les vices et les obstacles de tout genre qui sembleraient devoir arrêter la population dans son progrès, il parait qu’elle s’élève toujours au-dessus des moyens de subsistance, l’ark nous apprend que les années de disette, et même de famine, sont fréquentes en Afrique. Il compte quatre causes principales de l'esclavage dans cette partie du monde, parmi lesquelles se trouve la famine, qu'il place immédiatement après la guerre’. La permission même de vendre leurs esclaves domestiques, qui n'est accordée aux maîtres que dans un urgent besoin», indique assez que ce besoin se fait sentir. Pendant trois années de disette consécutives, sur les bords de la Gambie , tin grand nombre de personnes tombèrent dans l’esclavage. Plusieurs hommes libres s’offraient au Dr Laidley, elle suppliaient de les joindre à sa chaîne pour être nourris*. Pendant le séjour que Park fit à Manding, il vit les pauvres dans une grande détresse. Chaque soir, cinq ou six femmes venaient à la maisou du Mansa, pour y recevoir une ration de blé. « Voyez-vous ce petit garçon , dit le Mansa au voyageur, en lui montrant un bel enfant de cinq ans; sa mère me l’a vendu pour la nourriture de sa famille et d’elle-même, pendaut quarante jours. J’en ai acheté un antre précisément aux mêmes conditions*.» A Soufita, petit village Jallouka , le maître déclara à M. Park'qu’il ne pouvait lui fournir aucun article de subsistance, parce que la disette régnait dans le pays. Il lui dit qu’avant la dernière récolte , les habitants de Kullo avaient été vingt-neuf jours privés de blé. Pendant tout ce temps, ils s’étaient nourris de la poudre jaune qu’on trouve dans les gousses ou siliques du nitta , espèce de mimeuse , et de semences de bambou, qui, broyées et bien apprêtées, ressemblent assez au riz.

1 Franklin't MiscelUnies, p. 9. — * Park, Voy. d’Afrique, ch. XXII, p. 29S. * Ibid., p. 288, note. — * Ibid., p, 2?S. — * Ibid., ch. XIX, p. 2J8.

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