‹ Essai sur le principe de populationChapitre 57 sur 368 · LIVRE I. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VIII

chaque homme aurait une douzaine de femmes, la population n’y pourrait pas croître d’une manière permanente par cette cause.

Selon Bruce encore, dans l’Arabie-Heureuse, où toutes les espèces de subsistances sont à bas prix; où les fruits qui servent généralement à la nourriture de l’homme sont produits spontanément et sans travail, il n’en coûte pas plus pour entretenir plusieurs femmes, qu’il n’en coûterait pour pareil nombre d’esclaves ou de domestiques. La nourriture est la même pour les unes et pour les autres, ainsi que le vêtement, qui consiste en une simple chemise de coton bleue. En conséquence, dit-il, le célibat des femmes est prévenu, et la population croit, par la polygamie, quatre fois plus qu’elle ne croîtrait sans elle'. Et toutefois, il ne parait pas qu’en Arabie elle soit très considérable.

Que la polygamie tende à prévenir le célibat des femmes c’est ce qui ne peut être révoqué en doute. Mais jusqu’à quel point cette circonstance augmente-t-elle la population? C’est une question différente. Elle peut tendre à élever la population jusqu’aux dernières limites que lui prescrivent les subsistances. Mais en ce cas, il faut remarquer que l'extrême misère qu’elle produit n’est pas favorable à l'industrie. Et dans un climat malsain , elle ne peut manquer d’accroître beaucoup la mortalité.

Au rapport de Bruce, toute la côte de la mer Rouge, depuis Suez jusqu’à Bab-el-mandel, est très malsaine , surtout la partie qui est située entre les tropiques. Des fièvres violentes, appelées nédad, sont les maladies que l'on y redoute le plus ; d’ordinaire elles se terminent au troisième jour par la mort’. La frayeur s’empare des étrangers à la vue de cette étrange mortalité.

Jidda, et toutes les parties de l’Arabie voisines de la mer Rouge, sont également insalubres*.

A Gomlar, capitale de l’Abyssinie, il règne des fièvres perpétuelles. Les habitants ont tous un teint cadavéreux \

Dans le Siré“, l’un des plus beaux pays de l'univers, régnent constamment des fièvres putrides de la plus mauvaise espèce0. Dans les lieux bas de l’Abyssinie, des fièvres tierces et malignes occasionnent une grande mortalité’. Partout, dans ces contrées, la petite vérole est

* Yoy. aux sources du Nil, t. I, ch. XI, p. 2S1. — * Bruce, t. IIÏ , p. 53.

* 5 Ibid., t. I, p. 270. — 4 Ibid., t. III, p. 17S.

fl Des géographes fonl de Siré une ville à 40 lieues de Gondar; à Gondar les maisons sont d'argile. ( Jph. G.)

* Bruce, t. III, p. 133. — 1 Ibid., t. IV, p. 22.

très destructive, surtout parmi les nations limitrophes de l'Abyssinie, où elle détruit quelquefois des tribus entières*.

La mauvaise nourriture, la pauvreté et la malpropreté qui l’accompagne presque toujours, ont sur les maladies des effets bien connus. Or, Bruce nous apprend que les habitants de Tehagassa, près de (iomlar, malgré leurs triples récoltes, sont consumés par la misère ’. A Adowa, capitale du Tigré, il fait la même remarque, et l’applique à tous les fermiers d’Abyssinie. Les terres sont mises à l’enchère chaque année et cédées au plus offrant. En général, le propriétaire fournit les semences, à condition de partager le produit. Mais un maître est réputé très indulgent lorsqu’il ne se fait pas payer tin quart additionnel, à litre d’indemnité, pour le risque que ses avances lui ont fait courir : en sorte que ce qui reste au cultivateur est à peine suffisant pour soutenir misérablement sa famille \

Les Agows *, l’une des nations les plus populeuses de l’Abyssinie, nous sont représentés comme vivant dans un état de besoin et de misère inexprimable. Nous vimes, dit Bruce, une multitude de femmes, ridées et brûlées par le soleil au point d’offrir à peine les traits d’une ligure humaine, qui erraient çà et lit, par un soleil ardent, chacune avec un ou deux enfants sur le dos, pour cueillir des graines de roseaux, dont elles font une sorte de pain*. Les femmes agows deviennent mères dès l’âge de onze ans. C’est généralement à cet âge quelles se marient. Aucune n’est stérile*. A l)ixan , ville frontière de l'Abyssinie, le seul commerce connu est celui de la vente des enfants. On en exporte annuellement cinq cents pour l’Arabie; et en temps de disette, ajoute Bruce, on en exporte quatre fois autant'.

En Abyssinie, la polygamie n’est pas régulièrement établie. Bruce s’exprime à ce sujet d'une manière assez étrange. Quels que soient les rapports des jésuites, dit-il, sur le mariage et la polygamie des Abyssins; c’est une vérité parfaitement constatée, que ces peuples ne connaissent point le mariage*. Mais, sans nous arrêtera discuter cette assertion, il parait au moins bien prouvé, qu’il y a très peu de femmes en Abyssinie qui vivent dans la continence et le célibat : en sorte que leur fécondité n’y éprouve d’autre obstacle que celui qui résulte de leur libertinage.il

’ Bruce, t. lit, ch. Ht, p. 68; ch. Vit, p. 178 ; 1. 1, ch. XIII, p. 333.

’ Ibid., t. III, ch. VII, p. 193. — 1 Ibid., t; III, ch. V, p. 188.

4 Ou Agatnu, selon la Oéog. de Corïamberl. [Jpli. G.)

4 Bruce, ch. XIX, p. 738. — * Ibid., p. 73». — ’ Ibid., t. III, ch. III, p. S8. • Ibid., ch. XI, p. 30S.

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