‹ Essai sur le principe de populationChapitre 6 sur 368 · PRÉFACE MISE EN TÊTE DE LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE MISE EN TÊTE DE LA DEUXIÈME ÉDITION

1 vol. in-4°. 1805.

La première édition de cet ouvrage parut en 1798. Ce fut un écrit de M. Godwin 1 , qui me mit la plume à la main , comme je l’annonçai dès lors dans ma prérace. Je suivis l'impulsion du moment, et j'employai les matériaux que j’avais à ma portée à la campagne où je vivais. Hume, Wallace, Adam Smith, Price, furent ceux qui me servirent de guides. Leurs ouvrages sont les seuls qui aient pu m’aider à développer le principe auquel je me suis attaché. J'avais eu vue de l'appliquer à développer certains systèmes relatifs à la perfectibilité de l'homme et de la société, qui fixaient à cette époque l’attention publique.

Dans le cours de cette discussion, je fus conduit à examiner quels sont les effets de ce même principe sur l’état de la société, telle qu’elle existe réellement. Il me parut que c'était en grande partie à cette cause, que l’on pouvait, en tout pays, attribuer la misère et le malheur * des classes inférieures du peuple , ainsi que l'inutilité des efforts faits jusqu’ici par les classes supérieures pour soulager leurs souffrances. Plus je considérai mon sujet sous ce point de vue, plus il me parut \

acquérir d'importance. Ce sentiment, joint à l’attention que le public avait accordée à mon Essai , m'engagea à inc livrer à quelques recherches historiques, pour reconnaître l'influence du principe de population sur l’état passé et présent de la société.

En jetant ainsi un nouveau jour sur le sujet que j’avais embrassé, en l'envisageant dans toute son étendue, et prenant l’expérience pour guide dans nies applications,

' Inséré dans son Inqutrer ou Explorateur , et intitulé : Essai sur l'avarice ri la prodigalité. Plus tard, en 1820, (îodwin réfuta Maltbus, et publia ses Recherches sur la population. M. Constancio en o donné, en 1821, une traduction en deux volumes, écrite avec raillerie et une grande verve. Il est assez curieux que la première réfutation de la doctrine de Maltbus n’ait été écrite que vingt ans après et par le même publiciste dont les opinions l’avaient fait naître. Les Xouvcllcs Idées sur la Population, de M. Alex. Everett , avec des remarques sur les théories de Maltbus et de ftodwin, sont encore postérieures. \Jph. G.)

% Malheur est le mot par lequel, après mûre réflexion, nous nous sommes déterminés à traduire constamment celui de misent, quoiqu'en quelques occasions le mot misère puisse très bien le rem* placer, comme on en peut juger par la note sur le chapitre ii, du livre i, |>age 15 , où l’auteur dit que le malheur, misenj, e»t en général la suite du vice. Le mot misère déterminerait ici un sens faux. (A o/e des traducteurs.)

PRÉFACES DE L'AUTELIt.

je me flattais d'obtenir des résultats plus utiles dans la pratique et de rendre [dus durable l'impression que de telles vérités pouvaient produire.

En me livrant à ces recherches , je m’aperçus qu’on avait beaucoup plus fait en ce genre , que je ne l'imaginais à l'époque où je publiai la première édition de tnon Essai. La misère et le malheur causés par un accroissement de population trop rapide avaient été vu distinctement ; et de violents remèdes à ces maux avaient été indiqués, dés le temps de Maton et d’Aristote. Très récemment ce sujet a été traité par quelques économistes français ; par Montesquieu occasionnellment , et parmi les écrivains anglais, par Franklin ^ Sir J. Steuart, M. Arthur Young et M. Townsrnd. Cps auteurs eu ont parlé si clairement, qu'on ne saurait dire pourquoi ils n’ont pas réussi à exciter l’attention sur cet objet.

Il restait toutefois beaucoup à faire. Indépendamment de la comparaison entre l’accroissement de la population et celui de la nourriture , qui n’avait pas été exposée peut-être avec assez de force et de précision ; quelques parties du sujet, au nombre des plus intéressantes et des plus curieuses , avaient été totalement négligées ou traitées très superficiellement. On avait bien établi très distinctement, que la population doit toujours être maintenue au niveau des moyens de subsistance., mais on s’était peu occupé des différents moyens par lesquels ce niveau peut être maintenu. Du reste, on ne s’était point attaché à suivre eu détail les conséquences du principe , et en particulier les résultats pratiques qu’on peut en tirer, lorsqu’on examine avec soin l'influence qu’il a sur toute l’existence sociale.

Ces points sont ceux sur lesquels je me suis le plus étendu dans cet Essai. La forme que je lui ai donnée en fait un nouvel ouvrage. Et je l’aurais probablement publié comme tel, en en détachant le petit nombre de chapitres de la première édition qui s'y trouvent textuellement répétés , si je n'avais désiré qu’il contint l’ensemble de mes raisonnements , et que l’on pût lire ce second écrit sans être obligé de recourir sans cesse ail premier.

Ceux qui connaissent dès longtemps ce sujet , ou qui ont lu avec attention la première édition de cet Essai, trouveront peut-être que je suis entré dans trop de détails sur quelques points, et que j’ai fait des répétitions inutiles. J’ai commis des fautes de ce genre , en partie parce que je n’ai pas su les éviter, et en partie parce que je ne l'ai pas voulu. Quand j’ai considéré l’état de la société en différents pays, et que j'ai tiré de cette contemplation des conséquences toujours semblables, j’ai trouvé fort difficile de les énoncer sans commettre des répétitions. Et dans la partie de mes recherches où je me suis vu conduit à des résultats qui s’écartent beaucoup de fa manière de penser commune et habituelle, il m’a semblé que, pour parveuir à oi»érer la conviction, pour eu concevoir même la plus légère espérance, il était indispensable de présenter ces résultats à l’esprit de mes lecteurs à différentes reprises, en les reproduisant chaque fois que l'occasion pouvait m’y inviter. C’est volontairement que je renonce à toute prétention d'auteur, relativement à la forme de la composition. Je sacrifie sans regret cet avantage à l'espérance de faire quelque impression sur un plus grand nombre de lecteurs.

Le principe général que j'ai posé est si incontestable , que, si je m’en étais tenu à l'exposer d’une manière abstraite , et à présenter quelques vues rapides, je me serais retranché dans une forteresse imprenable, et mon ouvrage , sous cette forme, aurait eu une apparence plus respectable. Mais quoique les vues générales soient ufiles aux progrès de la vérité, elles ont rarement sur la pratique beaucoup d’influence. Il m'a donc parti que je ne pouvais bien traiter un tel sujet, en suivant

PRÉFACES DE I.’ ACTEUR, mutes les conséquences de mes principes, et en les déduisant clairement, quelle» qu'elles puissent être. Je ne me dissimule point que cette méthode ouvre la p ute aux objections , et m'expose moi même à la critique. Mais je me console, en pensant que les erreurs mêmes dans lesquelles je serai tombé deviendront utiles eu répandant de plus en plus, par la réfutation qui en sera faite , un sujet si intimement lié au bonheur de la société.

bans celte nouvelle édition, j’ai admis un obstacle à la population qui ne peut être compris sous les notas de vice et de malheur. J’ai aussi adouci quelques traits tic la première édition. Je l'ai fait pour des raisons qui m’ont paru justes et solides. Quant à ce que j'ai dit des progrès futurs de la société, j'espère n’étre pas démenti par l'expérience du passé. Si quelques personnes persistent à croire que tout obstacle a la population est un mal pire que les maux auxquels il remédie, elles adopteront sans doute dans toute leur force les conséquences que j’en tirais dans la première publication de cet Essai. Lorsqu’on embrasse cette opinion, on est forcé d'envisager la misère et le malheur, auxquels sont en butte les classes inférieures du peuple, comme des maux irrémédiables.

J'ai taché d’éviter avec soin les erreurs de fait et de calcul. S’il m'en est échappé, quelques-unes, elles sont de nature à ne pas affecter essentiellement le fond de mes raisonnements.

bans l’abondance des matériaux qui s’olfraicnt à moi en exposant la première partie de mon sujet , je n'ose me flatter d'avoir fait toujours le meilleur choix , ni d'avoir suivi l'ordre le plus clair. J'espère que ceux de mes lecteurs pour qui les questions morales et politiques ont de l'intérêt, excuseront l'imperfection de l'ouvrage en faveur de la nouveauté et de l'importance du sujet.

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