‹ Essai sur le principe de populationChapitre 60 sur 368 · KHI · texte numérisé non relu

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sans fariné, de l’eau et des ognons, font toute leur nourriture. La viande et la graisse, qu’ils recherchent avec avidité, ne sont à leur portée que dans quelques occasions très rares , et seulement chez ceux qui jouissent d’un peu plus d’aisance que les autres. Leurs habitations sont des huttes de terre, où un étranger ne peut entrer sans se sentir suffoqué par la chaleur et la fumée; et où les maladies qu’engendrent la malpropreté, l’humidité, les mauvais aliments, exercent souvent leurs ravages. A ces maux physiques se joint un état d'alarme perpétuelle ; la crainte d’étre pillés par les Arabes, les visites des Mamelouks, les vengeances qui se transmettent dans les familles, tous les maux de la guerre civile1.

En 1783, la peste fut très destructive. En 1784 et 1783, l'insuffisance du débordement du Nil causa une affreuse famine. Volney en fait un tableau qui pénètre d’horreur : les rues du Caire, qui d’abord étaient couvertes de mendiants, en furent bientôt débarrassées par la fuite ou par la mort. Ene multitude de malheureux , pour se dérober à la faim, se répandirent dans les pays voisins. Les Égyptiens remplirent les villes de Syrie; les rues et les places publiques n’offraient que des squelettes exténués et agonisants. Les moyens les plus révoltants d’apaiser la faim furent mis en usage. Les aliments les plus dégoûtants étaient dévorés avec avidité". Volney assure avoir vu, sous les murs de l’ancienne Alexandrie, deux misérables affamés, assis sur le corps d’un chameau, et disputant aux chiens sa chair déjà tombée en pourriture. On estimait qu’en deux ans , ce fléau avait fait périr la sixième partie de la population.

CHANTRE IX. — des obstacles a e» population dans la Sibérie, septentrionale et

MÉIUDIOSALB.

Les habitants des parties les plus septentrionales de l’Asie subsistent principalement par la chasse et par la pêche. On en peut conclure que probablement les obstacles qui s’opposent à leur accroissement sont de même nature que ceux qui agissent chez les peuples indigènes de l’Amérique; avec cette différence que la guerre y cause moins de ravages,

1 Volney, Voy. en Égypte et en Syrie, p. 173. Ce tnble.ni île l’étal des paysans en Égypte, tracé par Volney, parait assez confirmé par tous ceux qui ont écrit sur lis même sujet ; il est en particulier bien conforme aux faits consignés dans un très bon mémoire intitule : Considérations générales sur l'agriculture de l’Égypte , par M. L. Reynier. Mémoires sur l'Égypte , t. IV, p. 1. [Holedc l’auteur.)

* Ibid., 1. 1, ch. XII, sert. II.

et que la famine en cause plus. M. de Lcsseps, qui porta du kamtsebatka h Pétersbourg les papiers de l’infortuné La Pcyrouse, fait un tableau touchant des maux produits par la rareté des aliments dans ces tristes climats. Il observe, à son passage par Bolcheretsk, village du kamtschatka, « que les pluies abondantes sont nuisibles dans ce pays, en ce qu’elles causent des débordements considérables et chassent le poisson ; d’où il résulte que la famine vient allliger les pauvres kamlscbadales, comme il est arrivé l’année dernière dans tous les villages de la cote de l’ouest de la presqu’île. Ce funeste fléau y régna si généralement, qu'il força les habitants d'abandonner leurs demeures, et de se transporter avec leurs familles sur les bords de la kamtsebatka, dans l’espoir d’y trouver plus de ressources, le poisson étant plus commun dans celle rivière. M. kasloff (l’oflieier russe qui conduisait M. de Lcsseps) s’était proposé de reprendre sa route par la côte occidentale, ayant déjà parcouru celle de l’est; mais la nouvelle de cette famine le détermina malgré lui à revenir sur ses pas , plutôt que de s’exposer à être arrêté, et peut-être à périr à moitié chemin, par la difficulté de se procurer des chiens et des vivres sur la côte de l’ouest ’. » Ces voyageurs prirent une autre roule, et néanmoins, dans le cours de ce voyage, presque tous les chiens qui formaient l’attelage de leurs traîneaux périrent faute de nourriture : à mesure qu’un de ces chiens mourait, il était sur-le-champ dévoré par les autres*.

A Okhotsk, ville où il se fait un commerce considérable, les habitants attendent au printemps avec toute l’impatience de la faim, le moment où les glaces de la rivière Okhotska se brisent. Quand M. Lesseps y passa, la provision de poisson sec était presque épuisée. La viandeétait à un prix auquel le peuple ne pouvait atteindre. En tirant la seine, on prit un nombre prodigieux de petits poissons. A cette vue, la joie et les cris redoublèrent. On servit d’abord les plus affamés. Sur quoi M. Lesseps dit, avec un mouvement de sensibilité ; s Je ne pus retenir mes larmes, en considérant l’avidité de ces malheureux; des familles entières sedisputaient le poisson, et ledévorèrent tout cru sous nos yeux \ »

Dans toute la Sibérie septentrionale, la petite vérole cause de grands ravages. Au kamtsebatka, elle a enlevé, selon M. Lcsseps, les trois quarts des naturels *.

Pallas confirme ce rapport : en décrivant les Ostiaks de l’Obi », dont

1 Journal historique du roy. de M. T^esseps, Paris, 1790, t. I, p. KJ. • Ibid., 2S3. — 1 Ibid., t. H, p. 23t. — 4 Ibid., t. J, p. 12S.

4 Finnois des environs de Tolxilsk, petits et faillies. ( Jph . <1.

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