LIVRE I. — CHAPITRE IX
le genre de vie est à peu près le même, il remarque que cette maladie en détruit un grand nombre et doit être considérée comme le principal obstacle à leur accroissement'. Les ravages de la petite vérole s’expliquent par la chaleur, la saleté, l’air corrompu de leurs habitations souterraines. Trois ou quatre familles ostiakes sont entassées dans la même yourte , et leur manière de vivre est telle qu'on ne saurait imaginer rien de plus dégoûtant. Ils ne se lavent jamais les mains : les restes de poisson corrompu, les excréments des enfants, ne sont jamais enlevés ou nettoyés. Il est facile, d’après celte description, dit l'allas, de se faire une idée de la puanteur, des vapeurs fétides et de l’humidité de leurs yourtes’. Les Ostiaks n’ont pas beaucoup d’enfants. Il est rare d’en voir trois ou quatre dans une môme famille. La raison qu’en donne Pallas serait le grand nombre do ceux que fait périr la mauvaise nourriture ’. Il faut y joindre peut-être l’état misérable de servitude laborieuse auquel les femmes sont réduites*, et qui doit certainement avoir quelqu’inlluencc sur leur fécondité.
Les Samoyèdes n’ont pas paru à Pallas toul-à-fait aussi malpropres que les Ostiaks, et cela vient de ce qu’en hiver ils sortent plus souvent pour leurs chasses. Mais la condition des femmes est pire", en sorte que cet obstacle à la population doit agir avec plus de force.
Les habitants de ces durs climats vivent à peu près tous de la même manière et sont presque tous également misérables. Ce que nous avons dit peut suffire pour se faire une idée des principales causes qui y maintiennent la population au niveau des subsistances.
Il y a, dans les parties méridionales de la Sibérie et dans les districts qui avoisinent le Volga, des pays que les voyageurs russes représentent comme étant d’une fertilité extraordinaire. Le sol est formé en généra! d’un terruau noir excellent, et si riche qu’il n’a pas besoin d’engrais, on plutôt qu’il le repousse. Car si on en fait usage, le blé devient si épais qu’il verse et se gâte. La seule manière utile de rendre à cette terre sa fécondité est de la laisser en jachère une année sur trois. Kn usant de cette précaution, on assure que quelques parties du sol paraissent absolument inépuisables*. Mais, malgré cette apparente facilité de se procurer une abondante nourriture, plusieurs de ces riches districts sont faiblement peuplés , et dans aucun peut-être l'accroissement n'est proportionné à la fertilité du sol.
' Patins. Foÿ.,t. IV, p. 68, in-40, 5 vol. Paris, I7S8. — 3 Ibid., p. 60. 5 Ibid., p. 72. — * Ibid., p. 60. — * Ibid., p. 92. s Ibid., I. IV, p. n.
Ces contrées paraissent être assujélies il l'espèce d’impossibilité morale d’accroissement dont parle J. Stewart'. Si la nature du gouvernement, ou les habitudes du peuple, s’opposent à ce qu’on établisse des fermes nouvelles, ou ii ce que les fermes anciennes se subdivisent, nne partie de la société doit éprouver le besoin au milieu d’une abondance apparente. Ce n’est pas assez qu’un pays ail la faculté de produire beaucoup d’aliments; il faut que l’état social soit tel qu’il engage à les bien distribuer. La raison qui retarde ici la marche de la population est que le travail y est peu demandé. 11 en résulte que les produits du sol ne sont pas répartis de manière à faire partager l’abondance aux classes inférieures, qui n’en peuvent jouir que par ce moyen, aussi longtemps qu’on ne change pas la division des terres. Le genre de culture adopté dans ce pays est si simple qu’il n’exige que peu d’ouvriers. En quelques endroits, on se contente de jeter le grain sur la terre sans aucun travail préalable*. Le blé sarrasin est cultivé généralement; quoiqu’on le sème très clair, la semaille d’une année suffit pour la récolte de cinq ou six ans. et chaque année celte récolte rend douze ou quinze fois la quantité confiée à la terre. Ce qui en tombe pendant qu’on le moissonne suffit pour produire la moisson suivante. Il suffit d’y passer une seule fois la herse au printemps. On continue de récolter de la sorte jusqu’il ce qu’on aperçoive dans la fertilité du sol quelque diminution. On » remarqué avec raison qtt’il n’v a aucune espèce de grain dont la culture soit mieux assortie à l’indolence des habitants des pleines de la Sibérie s.
Avec un tel système d’agriculture, et avec peu ou point de manufactures, la demande de travail doit être vite satisfaite. Le blé doit sans doute être à bon marché, mais le travail doit être à plus bas prix encore. Le fermier sera en état de faire d'amples provisions pour la nourriture de scs enfants , mais les gages du manouvrier ne suffiront pas pour élever sa famille avec aisance.
Supposons que , frappés du défaut de population de ce riche sol, nous tentassions d’v porter remède en donnant une prime pour les enfants naissants et en mettant ainsi le manouvrier en état d’en élever un plus grand nombre; quelle serait la suite de cette opération ? Personne ne demanderait le travail de ces enfants surnuméraires. Quoiqu’il ne fallût peut-être qu’un sou pour payer la nourriture d'un homme
1 Économie politique , liv. I, ch. V, p. 30, in--*0, angl. •Pallflf», Voyage, t. ï, p. ‘230.
'• Drcouv. tics Rusas , !. IV, p. C20, in-4", Cerne.