I.IYRE ti — CHAPITRE XI
rode, la parfaite chasteté dispense de l’obligation d’avoir des descendants : « Plusieurs milliers de bramines ont évite dès leur jeunesse de se livrer a la sensualité et u’ont point laissé de postérité. Ils n’en sont pas moins montés au ciel. Semblable à ces hommes abstinents, une femme vertueuse monte au ciel, quoiqu’elle n’ait point d'enfants, si, après avoir perdu son mari, elle se voue à une pieuse austérité*. »
La permission accordée à un frère ou à un proche parent de susciter un héritier au mari défunt n’a lieu qu’à l’égard des femmes de condition servile*, (belles des classes plus élevées ne doivent pas même prononcer le nom d’un autre homme : « Elles doivent continuer jusqu'à la mort de pardonner les injures, de pratiquer les devoirs les plus rigoureux, d’éviter les plaisirs sensuels, et de suivre avec empressement les règles sublimes de la vertu ». »
Indépendamment de ces préceptes positifs sur la nécessité de dompter ses passions, d’autres circonstances ont pu contribuer à prévenir l'effet des ordonnances faites pour encourager le mariage.
La division du peuple en castes ou classes séparées, et la continuation du même métier dans chaque famille , ont dû servir à montrer clairement à chaque individu, ses moyens futurs de subsistance; par le gain de son père, il pouvait juger s’il trouverait dans le sien de quoi élever une nouvelle famille. Il est vrai qu’un homme peut passer dans une classe inférieure, lorsque les occupations propres ù la sienne ne lui donnent pas de quoi vivre. Mais ce passage est envisagé comme une sorte de dégradation, et il n’est pas probable qu’un homme se marie avec la perspective certaine de se soumettre à ce déshonneur.
Il parait outre cela que le choix d’une femme est un objet fort difficile, et qu’il peut arriver qu’un homme reste longtemps dans le célibat avant d'avoir trouvé une compagne telle que le législateur la demande. Il faut d’abord éviter dix familles désignées, quelque grandes, quelque riches qu’elles soient en vaches, chèvres, brebis, grains ou or. II faut exclure ensuite les fdles qui ont trop ou trop peu de cheveux, qui sont trop causeuses, qui ont les yeux mauvais, ou un nom désagréable, ou une maladie quelconque; celles qui n’ont point de frère, ou dont le père n’est pas très connu; et plusieurs autres encore. Enfin ce choix paraîtra sans doute assez borné, puisqu’il ne doit pas sortir de l’enceinte tracée par la description suivante : « Une fille dont la ligure soit sans défauts; dont le nom soit agréable; qui marche avec grâce, comme
1 Jonrs't Works, vol. III, ch. V, p. 221. — ’ Ibid., ch. IX, p. 3*5. 1 Ibid., vu!. III, ch. Y,p. 221.
OBSTACLES A LA POPULATION DANS L’LNDOSTAN ET LE TIBET. 117 le phénicoptère 1 * * * ou le jeune éléphant; dont les cheveux soient en quantité convenable, et les dents d’une juste grandeur; dont toute la personne respire la douceur*. »
Or, nulle part, nous dit-on, on ne voit qu’un Brarnine ou un Clia- Iriija ail pris une femme dans la classe servile, lors meme qu’il éprouvait la plus grande dilliculté à faire un mariage assorti. Cela semble supposer que cette dilliculté se fait réellement sentir5.
Un autre obstacle au mariage, résultant des coutumes indiennes, est qu’un frère aine, qui ne se marie pas, semble condamner tous ses frères au célibat. Car un frère cadet qui se marie avant son aîné, s’expose à une sorte de déshonneur, étant mis par le législateur au nombre de ceux qu’il faut éviter*.
La peinture que fait le législateur des mœurs et du caractère des femmes de l’Inde est très défavorable. Parmi plusieurs remarques très sévères, on trouve celle-ci : « Par une suite de leur passion pour les hommes, de leur inconstance, de leur peu d’affection, de leur nature perverse , quelque soin qu'on prenne de les garder, elles conçoivent bientôt de la haine pour leurs maris5. »
Si ce portrait est fidèle, il faut attribuer ces vices b la privation de toute espèce de liberté*, et à l’état de dégradation auquel la polygamie réduit les femmes. Quoi qu’il en soit, les passages de cette espèce font assez voir que, malgré les lois contre l’adultère, le commerce illicite entre les sexes n’était pas dans l’Inde une chose rare. On nous fait observer que ces lois ne s’appliquaient pas aux femmes des danseurs et des chanteurs publics, ni il aucune des basses classes, où souvent des hommes vivent des intrigues de leurs femmes’. On en peut conclure que de tels désordres étaient en quelque sorte tolérés. Ajoutons que la pratique de la polygamie parmi les gens riches augmentait, pour les pauvres, la dilliculté de trouver des femmes , difficulté qui devait s’aggraver encore pour les esclaves.
De toutes ces circonstances combinées, on peut conclure que l’obstacle privatif inlluait daus l'Inde sur la population. Cependant les habitudes et les opinions de ce peuple ont dû tendre à favoriser les mariages précoces, et engager à prendre femme tout homme qui avait la plus faible apparence de pouvoir soutenir une famille. L’effet de ces
1 Oiseau que nous appelons aussi flamant ou becharu (bec de charrue) à cause de
l.i forme de son bec. (Jph. G.)
.* Jonrs't IKorl-i, ch. III, p. 120. — 1 Ibid., p. 121. — * Ibid., p. 141.
* Ibid., ch. IX, p. 537. — • Ibid., ch. V, p. 21b. — ’ Ibid., ch. VIH, p. 323.