LIVRE I. — CHAPITRE XI
liS
dispositions fut naturellement de réduire les classes inférieures à la plus extrême indigence, cl de les accoutumer à se contenter de la nourriture la plus frugale et la moins abondante. Cette frugalité fut encore augmentée, et répandue jusques dans les classes supérieures, par l’opinion qui la mit aux rangs des plus éminentes vertus C’est ainsi que la population pressa la limite des subsistances, et que les aliments que tout ce pays pouvait produire vinrent insensiblement à être distribués à la majeure partie du peuple en portions aussi petites quo put le permettre le besoin d'être nourri. Dans cet état de choses, une mauvaise récolte ne peut manquerd’être fortement sentie; aussi de tout temps l'Inde a-t-elle été, comme on devait s’y attendre, sujette aux plus affreuses famines.
Une partie des ordonnances de Menou est expressément consacrée à la considération des temps de détresse. On y donne des instructions aux différentes classes sur la conduite qu’elles doivent tenir durant ces tristes périodes. Il y est souvent question de Bramines tourmentés par la faim cl de quelques hommes vertueux de l’antiquité, que les extrémités auxquelles ils ont été réduits ont absous de certains actes impurs et illégitimes: tÂjigarla, mourant de faim, fut sur le point de vendre son (ils pour acheter du bétail; il ne fut pas coupable, parce qu’il cherchait un remède à la faim. Vamadcva , qui connaissait bien le juste et l’injuste, ne contracta aucune souillure, quoique, dans l'angoisse de la faim, il conçut le désir de manger de la chair de chien. Vtsicamilra, mieux instruit que personne à distinguer le bien du mal, étant près de mourir de faim, résolut démanger la hanche d’un chien, qu’il avait reçue de Chaudala ’. » Puisque ces hommes, grands et vertueux, de la classe la plus élevée, que toute personne était tenue de secourir, ont dû être réduites à de telles extrémités, on peut aisément en inférer quelles ont dû être les souffrances des classes inférieures.
De tels passages prouvent clairement, qu’aux temps où ces ordonnances furent rédigées, on éprouvait quelquefois d’affreuses disettes ; et il y a lieu de croire que, depuis, elles ont eu toujours lieu à des époques irrégulières. Un jésuite dit, qu’il lui est impossible de décrire en détail les souffrances dont il a été témoin pendant les années de famine de 1757 et 1758 *; mais tout ce qu’il rapporte de la mortalité causée par ce fléau, suflit bien pour inspirer l’horreur. Un autre
' Jnnet'i Work*, ch. lit, p.155.
* Ibid., vol. III, dl. IV, p. Ifiï ; cil. X, p. 397.
5 Ibid ., ch. X, p. 897, 39S. — ‘ LeUrcf tdi/lanlrs, t. XIV, p. 17S.