‹ Essai sur le principe de populationChapitre 69 sur 368 · LIVRE I. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE XII

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de qualité, tandis qu’il était à Tichou-Loumbou. Cette famille était composée de cinq frères, qui vivaient avec la même femme en parfaite harmonie. Cette réunion ne se borne pas aux classes inférieures ; elle est fréquemment pratiquée dans les familles les plus opulentes'.

Ou sent qu’une telle coutume, jointe au célibat d’un corps nombreux d’ecclésiastiques, doit agir comme un obstacle privatif d’une manière très cllicace. Et toutefois, il parait, par la relation de Turner, que la population du Tibet, à cause de la stérilité du sol, atteint le niveau des subsistances. Cela semble également prouvé par le grand nombre de mendiants qu’on voit à Tichou-Loumbou. A l’occasion de ces mendiants et de la charité qui les alimente, M. Turner fait une remarque, qui , quoique commune , est si vraie et si importante , qu’on ne peut trop la répéter.

< Ainsi je découvris d'une manière inattendue, dans un lieu où la vie m’avait paru si tranquille et si régulière, une masse de paresse et d'indigence, dont jusque-là je ne m’étais point fait d'idée. Mais je n’en fus pas surpris, lorsque je vins à considérer, que partout où règne la charité sans discernement, elle ne peut jamais manquer d’objets avides de l’exercer, et doit attirer constamment plus de nécessiteux qu’elle n’a de moyens pour les secourir. 11 est impossible qu’à Tichou-Loumbou aucune créature humaine éprouve jamais le besoin. Celte disposition bienveillante y fait accourir une multitude d’hommes, même de musulmans, les plus forts et les mieux portants que l’on puisse voir, qui se contentent de recevoir à titre d’aumônes ce qui leur suivit strictement pour vivre. Outre cela, j’ai appris qu’il n’y a pas moins de trois cents Indous, Goscins et Sunniasses dans cette ville, qui y reçoivent journellement leur nourriture de la libéralité du Lama’.»

CHAPITRE XII. — DES OBSTACLES A LA POTCLATIOS A LA CRISE ET A'J J.U'OX.

Le rapport fait en dernier lieu de la population de la Chine est si extraordinaire, que plusieurs lecteurs ont refusé d’y ajouter foi. Ils ont cru qu’il s’y était glissé des erreurs de calcul , provenant de quelque équivoque de langage; ou que le mandarin, de qui le chevalier G. Stauntou a reçu celte information, a cédé au désir de présenter la puissance

' Turner' s F m lut s'y, elc., p. 349. Ce qu’il y a de curieux dans ces mtcurs, c'est qu’elles seniblenl avoir été copiées par Fourrier: ce socialiste si fameux de nos jouis admet un mari, des gCuitcux, des amants, de simples possesseurs ! [Jph. G.)

1 Ibid., part. Il, ch. IX, p. 330.

OBSTACLES A LA POPULATION A LA CHINE ET AU JAPON. 125 de sa patrie sous un aspect exagéré. Il est certain que cette espèce d’orgueil national est de tous les pays, et commun surtout b la Chine. On ne peut donc nier que l’une et l'autre de ces conjectures ne soit assez probable. Il faut remarquer cependant que le rapport de Staunton ne diffère pas essentiellement d’autres rapports fondés sur de bonnes autorités. Et loin qu’en lui-même il offre rien de contradictoire, il est au contraire confirmé par ce que disent les voyageurs de la fertilité de cette contrée.

Suivant Duhalde, le dénombrement fait au commencement du règne de kang-hi donna 11,0X2,872 familles, et .'>9,788,3(34 hommes en état de porter les armes. Dans ce nombre toutefois ne sont pas compris les princes, les officiers de la cour, les mandarins, les soldats congédiés, les lettrés, les licenciés, les docteurs, les bonzes ', les jeunes gens au-dessous de vingt ans, ni la multitude d’hommes vivant dans des barques sur la mer et sur les rivières".

Un estime communément, que le nombre des hommes d’Age militaire est, b toute la population, dans le rapport de 1 a i. Si l’on multiplie 39,788,301 par 4, le produit sera 239,153,450. Mais dans l’appréciation générale de ce rapport, on suppose un jeune homme capable de porter les armes avant l'Age de vingt ans. Il aurait donc fallu prendre un multiplicateur plus grand que quatre". Outre cela, les exceptions semblent exclure presque toutes les classes supérieures et une grande partie des inférieures. Si l’on pèse toutes ces considérations, on verra que le calcul de Duhalde ne s’éloigne pas beaucoup de celui de Staunton, qui porte la population entière de la Chine b 533 millions*.

Dans cet état donné par Duhalde, le nombre des familles parait fort petit en comparaison du nombre des hommes en état de porter les armes. Mais ce fait s’explique par une coutume que Staunton dit être générale b la Chine : on trouve souvent dans l’enceinte d'une même habitation1, une famille composée de trois générations réunies, avec leurs femmes et leurs enfants. Chaque génération, formant une petite famille dans la

1 Les bonzes soin les prêtres (le la Chine et du Japon. Les mandarins sont des espèces de préfets. Ce sont les Portugais qui leur ont donné ce nom du verbe mandore, commander. Leur nom est, dit. on, en Chine, ko-luin , ministre. (Jph. G.)

* Duhalde, Hisl.de la Chine, 2 vol. in-folio, 175S, 1. 1, p. 2-14, angl.

* Pour la Chine où, comme on vient de le dire, il n’y a point de jeunes gens audessous de vingt ans compris dans le dénombrement des hommes en état rie porter les armes. (Soir des traducteurs.)

* Embauy lo China, vol. Il, Append., p. Glë, iu 4”.

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grande, occupe une petite chambre et des lits, séparés des autres par des nattes suspendues au plafond. Tous mangent dans une chambre commune 11 y a en outre en Chine un nombre prodigieux d’esclaves*, qui doivent naturellement être imputés à la famille à laquelle ils appartiennent. Ces deux circonstances lèvent l’apparente contradiction du rapport que nous discutons.

Pour expliquer cette excessive population, il n’est nullement nécessaire de supposer, avec Montesquieu, que le climat de la Chine est singulièrement favorable h la production des individus de l’espèce humaine, et que les femmes y sont plus fécondes qu’en aucune autre contrée de l’univers*. Les causes qui ont produit cet effet paraissent se réduire aux suivantes.

Premièrement, la fertilité du sol et sa situation dans la partie la plus chaude de la zone tempérée, qui est la plus favorable aux productions de la terre. Duhalde traite au long, dans un chapitre particulier, de l’abondance qui règne à la Chine. Il dit qu’on y trouve presque tout ce que les autres pays peuvent produire, et une inimité d’autres choses qu’on ne trouve point ailleurs. Celte abondance, ajoute-t-il, doit être attribuée à la profondeur du sol productif, au travail assidu du cultivateur, et au grand nombre de lacs, de rivières , de ruisseaux et de canaux dont le pays est arrosé*.

Secondement, le grand encouragement donné à l'agriculture, dès l’origine de la monarchie. Cette faveur constante a dirigé les travaux du peuple vers la plus grande production possible des articles de subsistance. Duhalde assure que ce qui soutient le cultivateur dans les travaux pénibles auxquels il se livre, n’est pas uniquement sou intérêt, mais plus encore le respect dont il est pénétré pour l’art qu’il professe, et le cas qu’en ont toujours fait les empereurs. Un de ceux-ci, dont la réputation a le plus d’éclat, fut pris à la charrue pour être placé sur le trône. Un autre inventa l’art de dessécher les terrains bas, d’en faire écouler l'eau dans la mer, et de fertiliser le sol par ces canaux d’écoulement*. Le même fit plusieurs traités d’agriculture, sur les engrais, le labour et l’arrosement. Plusieurs autres empereurs ont manifesté leur zèle pour cet art et ont fait des lois en sa faveur. Mais aucun n’a montré son estime d’une manière plus éclatante que l’empereur Ven-ti, qui régnait 179 ans avant Jésus-Christ. Ce prince, trouvant le pays ruiné

1 Embasstj In China , t. Il, p. 1S3.

' Duhalde, lit st. lie la Chine, t. I, p. 27S.

* Esprit des lois , liv. VIII, eh. XXI. — * Duhalde, 1. 1, p. 3i4. — ‘Ibid., p. 27-4.

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OBSTACLES A LA POPLLATIO.T A LA CUISE ET AL JAPON. 123 par la guerre, résolut d’exciter ses sujets a la culture, en menant luimême la cliarrue et cultivant de ses propres mains les terres appartenant à la couronne, ce qui engagea tous les ministres et les grands de sa cour à se livrer au même travail

C’est, il ce qu’on croit, l’origine de la grande fête qu’on célèbre annuellement à la Chine le jour oit le soleil entre au quinzième degré du verseau, époque que les Chinois envisagent comme le commencement du printemps. L’empereur, ce jour-là, trace lui-même quelques sillons avec beaucoup de solennité, afin d’animer les laboureurs par son exemple, et dans chaque ville, les mandarins s’acquittent de la même cérémonie*. Les princes du sang et les autres personnages illustres manient la charrue après que l’empereur a rempli cette fonction. La cérémonie est précédée parle sacrifice du printemps, que l’empereur, en qualité de souverain pontife, offre à Kang-ti , dans le but d’obtenir l'abondance pour le peuple.

L’empereur régnant au temps de Duhalde, célébra cette fête avec une solennité extraordinaire, et montra d’ailleurs en toute occasion son respect pour l’agriculture. Pour l’encourager, il donna ordre aux gouverneurs de toutes les villes de lui faire connaître, chaque année, le cultivateur qui, dans leurs districts respectifs, se serait le plus distingué par son application à l’agriculture, par sa bonne réputation, par l’union maintenue dans sa famille , par le bon accord entre lui et ses voisins, par sa frugalité et son aversion pour toute espèce de prodigalité1. Les mandarins , dans leurs diverses provinces , honorent publiquement le cultivateur vigilant, et imprimeul une sorte de flétrissure à celui dont les terres sont négligées \

Dans un pays dont le gouvernement est patriarchal, où l'empereur est vénéré comme le père du peuple et la source de toute instruction, il est naturel de croire que de telles institutions doivent avoir beaucoup d’effet. Klles ont placé, pour le rang, le laboureur au-dessus du marchand et du fabricant*. En conséquence, l’ambition des basses classes est de posséder quelque portion de terre. I,e nombre des manufacturiers est petit à la Chine, en comparaison de celui des laboureurs*; et à très peu d’exceptions près, la surface entière du sol y est exclusivement consacrée à la production de ce qui fait la nourriture de l’homme. On n’v voit point de prés, très peu de pâturages , point de champs d’a-

1 Duhalde, 1. 1, p. 273. — 1 Ibid. — * Ibid., p. 27fi.

' l.rllrrt edif ,, t. XIX, p. J52. — * Duhalde, 1. 1, p. 272. 1 Stalinien, Embaaty to China, vol. Il, p. 3J4.

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