‹ Essai sur le principe de populationChapitre 70 sur 368 · LIVRE I. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE XII

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voinc , de fèves ou de turncps , h l’usage des animaux. On dérobe fort peu de terres à la culture pour les chemins, qui sont rares et étroits, parce que les principales communications se font par eau. On ne souffre ni communes incultes , ni terres hors de rapport par la négligence du propriétaire, ou par pur caprice ou pour le plaisir de la chasse. Jamais les terres arables ne sout mises en jachères. Sous l’inlluence fécondante d'un climat chaud, le sol donne le plus souvent deux récoltes par an, parce qu’on connait l’art d’adapter la culture à la nature de chaque terrain, et de suppléer aux défauts qu’on y remarque par quelques mélanges de terres, par les engrais, les arrosements et des moyens de tout genre. Le travail , dirigé vers ce but , en est rarement détourné par la nécessité de satisfaire aux demandes du luxe. Les soldats meme, à l’exception de quelques gardes et de quelques exercices , sont presque toujours occupés des travaux de la culture. On augmente même les moyens de subsistance, en faisant servir à la nourriture quelques espèces d'animaux et de végétaux qu'on n’emploie pas ailleurs à cet usage '.

Ces faits rapportés par Staunton sont d’accord avec ce que Duhalde et les autres jésuites avaient dit précédemment. Tous décrivent de même l’industrie persévérante des Chinois dans l’art des engrais, de la culture et de l’arrosement. Tous remarquent qu’ils réussissent il faire produire à la terre une prodigieuse quantité d’aliments destinés à la nourriture de l’homme’. L’effet qu’un tel système doit avoir sur la population est très évident.

Enfin, les encouragements extraordinaires donnés au mariage ont eu beaucoup d’influence. Ils ont engagé à diviser le produit immense de ce vaste empire en portions très jtelites. Et il en est résulté que la Chine est devenue peut-être plus populeuse, par rapport à ses moyens de subsistance, que ne l’est aucun autre pays au monde.

Les Chinois disent que le mariage a deux objets’: le premier, de perpétuer les sacrifices dans le temple de leurs pères ; le second, la multiplication de l’espèce. Duhalde dit que le respect et l’obéissance des enfants, sentiments qui sont le principe de ce gouvernement, continuent après la mort des parents, auxquels ils rendent les mêmes hommages que s’ils vivaient encore. Par une suite de ces maximes, un père éprouve un sentiment de honte et d’inquiétude s'il ne marie pas tous

1 Staunton, Embasiy lo China, toi. II, p. STS.

1 Duhalde, au ch. de l’agriculture, 1. 1, p. 27ïi, et au ch. de l'abondance, p. 3U. * f.rlirts tiiif., t. XXIII, p. -US.

OBSTACLES A LA POPULATION A LA CHINE ET AU JAPON. 127 ses enfants. Un aîné, quoique sans patrimoine, s’empresse de marier ses cadets, de peur que la famille venant h s’éteindre, ses ancêtres ne soient privés des honneurs qui leur sont dus1.

Staunton fait observer que, comme tout ce qui est fortement recommandé et généralement pratiqué finit par être considéré comme un devoir sacré, le mariage s’oiïre h la Chine sous ce point de vue, et que personne ne s’y refuse, pour peu qu'il ait d’es|>érance de pouvoir subsister. Mais trop souvent cette espérance ne se réalise pas. Les parents en ce cas se regardent comme dispensés d’élever leurs enfants*. La permission de les exposer tend à faciliter le mariage, et produit ainsi un accroissement de population. La perspective de cette dernière ressource diminue la crainte de se mettre en ménage, et la tendresse maternelle et paternelle agit ensuite ellicacement pour réduire l’emploi de cette ressource aux cas de la plus dure nécessité. De plus le mariage est pour les pauvres une mesure de prudence, parce que les enfants, surtout les fils, sont tenus d'entretenir leurs parents’.

L'effet de ces encouragements au mariage est parmi les riches de subdiviser la propriété, ce qui de soi-même contribue beaucoup à encourager la population. Il y a bien moins d’inégalité à la Chine entre les fortunes qu'entre les rangs. La propriété y est divisée en portions peu considérables, par une suite de la répartition égale que les pères en ont faite à leurs lils. Il est très rare qu’un seul fils hérite de toute la fortune de son père. Et l’usage si général de se marier de bonne heure rend aussi fort rares les successions collatérales*. L’action constante de ces causes tend h niveler les fortunes, eu sorte qu’il y a bien peu de personnes qui puissent vivre sans travail. C’est une maxime des Chinois, que les fortunes durent rarement jusqu'à la troisième génération5.

L’effet des encouragements donnés au mariage est, par rapport aux pauvres, de réduire le prix du travail au taux le plus bas, et par conséquent de les condamner à la plus extrême misère. Staunton observe qu’on ne paie le travail qu’autant qu’il faut pour qu’à la rigueur l’ouvrier puisse vivre; et que, malgré la réunion des familles, qui mangent en commun comme les soldats à la gamelle, malgré l'épargne qui en résulte et l’austérité qui préside à ces repas , le peuple est réduit à la nourriture végétale, et peut très rarement goûter de la viande*.

Duhalde, après avoir décrit les pénibles travaux des Chinois, leur adresse et leurs inventions pour gagner de quoi vivre, convient que.

’ Duhalde, t. I, p. 303. — * Embaisy la China, vol. H, p. 1S7. — ‘ Ibid. ' Ibid., vol. Il, p. 181. — * Ibid., p. 182. — * Ibid., p. 184.

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